"Je ne veux plus prendre de risques inutiles" : la gendarmerie présente une application dédiée aux maires en cas d’agression

Au Congrès des maires de France, qui se tient à Paris depuis lundi, nombreux sont les élus qui rapportent avoir été agressés dans le cadre de leurs fonctions. Et la tendance ne fléchit pas.

Article rédigé par
Margaux Stive - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
L'application permet à un élu de joindre un gendarme 24h/24h, tous les jours de la semaine. (MARGAUX STIVE / RADIO FRANCE)

Les maires au bord de la rupture. Dans les rangs du Congrès des maires de France qui se tient depuis lundi 21 novembre à Paris, des voix s'élèvent de plus en plus : les élus dénoncent de plus en plus d'agressions, aussi bien physiques que et verbales depuis deux ans. Et la tendance se poursuit : d'après les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur que franceinfo vous révèle mardi 22 novembre,  plus de de 1 800 procédures judiciaires pour atteintes aux élus ont été enregistrées depuis le début de l'année (1 835 entre le 1er janvier et le 31 octobre 2022).

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Un après son agression, le maire de Plouégat-Moysan, dans le Finistère, 730 habitants, est par exemple encore capable de raconter la scène dans le moindre détail. Le 5 novembre 2021, François Girotto est pris à partie par des adolescents qu’il tente de déloger du toit d’un bâtiment communal. "Je suis allé voir ce qu’il se passait, raconte-t-il. Au bout d’un certain temps ils sont descendus, ils m’ont suivi puis ils se sont sauvés. J’ai essayé de les rattraper mais je n’ai plus 20 ans !"

"L’un des jeunes a fait tomber un flacon avec des produits stupéfiants. Il est revenu, très près de moi donc je l’ai attrapé par la capuche, et c’est là qu’il m’a mordu."

François Girotto

à franceinfo

Une morsure superficielle à la main, "rien de dramatique" tempère l’élu. Mais quand on pousse un peu plus loin l’entretien, le maire finit par reconnaître avoir, depuis, changé ses habitudes. "A chaque fois qu’on me prévenait de tapage nocturne, par exemple, j’y allais seul. Depuis cette agression, je me fais accompagner par un adjoint ou un conseiller municipal, soupire-t-il. Et puis maintenant, dès que j’interviens, j’ai toujours mon téléphone et je filme en même temps. Je ne veux plus prendre de risques inutiles."

Une ambiance tendue et décourageante

Une ambiance de plus en plus tendue que regrette François Girotto, et qui risque de décourager ceux qui seraient tentés par la fonction d’élu. "J’ai entendu à plusieurs reprises des jeunes qui seraient intéressés par la vie municipale, mais qui ont une mise en garde de leurs familles. Ils se posent la question : compte tenu de ce qu’il se passe, de ces agressions physiques ou même sur les réseaux sociaux, est-ce que c’est un engagement qui vaut le coup ?"

Un constat partagé par une immense majorité d’élus. Dans un rapport d’information rendu en 2019 par le Sénat, 32% des élus interrogés affirmaient avoir déjà subi des incivilités, des injures, des menaces ou des agressions physiques. Dans 83% des cas, cela s’est passé dans une commune de moins de 3 500 habitants, où les élus sont en contact direct avec leurs administrés. Des élus qui pourtant portent rarement plainte. Dans ce même rapport, ils n’étaient que 30% à l’avoir fait après avoir subi une agression physique ou verbale. 

En deux clics, un gendarme répond 24h/24h

Pour aider les élus à faire face à ces incivilités, et pour les inciter à déposer plainte, la gendarmerie a commencé en décembre dernier à développer une application destinée notamment aux maires et aux conseillers municipaux des petites communes. Sa version test a déjà été téléchargée 27 000 fois. Une nouvelle version, finalisée et enrichie est présentée cette semaine au Congrès des maires de France.

"Les élus sont en première ligne et encore plus en zone rurale où quand un citoyen n’est pas content il va solliciter directement le maire", explique la lieutenant colonelle Marie-Laure Pezant, porte-parole de la gendarmerie nationale. "Ça peut être une agression verbale, physique mais on a de plus en plus d’agressions sur les réseaux sociaux ou d’agressions privées, par exemple au domicile de l’élu. Il fallait donc essayer d’accompagner les élus le mieux possible en mettant un gendarme dans la poche du maire, au quotidien."

Baptisée "Gend’élus" cette application permet entre autre de contacter, via un tchat en ligne, la gendarmerie en cas d’agression. "En deux clics on offre la possibilité à chaque élu de pouvoir accéder à un gendarme 24h/24 et 7j/j", indique l’adjudant-chef Pierre-Yves Le Roch, chargée de mission numérique à la gendarmerie. "Les gendarmes de la brigade numérique peuvent ensuite saisir directement une brigade et envoyer une patrouille au domicile de l’élu ou à l’endroit où il est agressé", précise-t-il. L’application permet aussi d’accéder à des fiches de renseignements sur les sujets sensibles, comme les rodéos urbains ou les déchèteries sauvages, pour que les élus sachent quoi répondre et calmer le jeu quand la situation se tend.

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