Abattage rituel : une sénatrice UDI, menacée de mort, porte plainte

Après avoir été qualifiée d'antisémite, la sénatrice UDI  Sylvie Goy-Chavent, a reçu cette semaine des menaces de mort. Elle souhaitait que soit imposé un étiquetage des viandes abattues sans étourdissement comme c'est le cas dans les rites casher et halal . Excédée, elle a décidé cette semaine de porter plainte.

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Rapporteure de la mission sénatoriale d'information sur la filière viandes, Sylvie
Goy-Chavent a proposé en juillet dernier l'instauration d'un "étiquetage obligatoire du
mode d'abattage selon des modalités non stigmatisantes
".

Visant ainsi les
modes d'abattage sans étourdissement prescrits par les rituels casher et halal,
elle avait alors été accusée d'antisémitisme. Depuis, elle a été menacée de mort... Cette semaine, elle a décidé porter plainte.

Des menaces inquiétantes

Lundi dernier, la sénatrice de l'Ain s'est adressée par courrier au président de la République. Elle explique avoir été "victime d'insultes graves à
caractère raciste, de diffamations publiques et de menaces de mort sur internet
".

Plus grave, elle affirme également qu'"un message à peine voilé appelant à la guerre
civile et demandant explicitement au gouvernement Israélien de mener des
attaques contre la France (avait) également été publié sur un site internet
".
La lettre se terminait par une demande claire : "Alors que la
France et ses valeurs semblent aujourd'hui menacées et que l'élue que je suis
fait l'objet de graves menaces, j'en appelle au président de la République pour
faire respecter le droit et me permettre d'exercer mon mandat librement et en
toute sécurité
".

Si Sylvie Goy-Chavent avait
annoncé que "l es auditions avec les représentants des communautés
musulmane et juive (s'étaient) toutes très bien passées
" pendant la mission,
elle s'est ensuite dit "triste, déçue et très choquée par des propos
violents
" qui lui ont été adressés, allant jusqu'aux menaces de mort. Sur Internet, la parole est très violente, et se libère depuis plusieurs jours.

Une proposition
dite "stigmatisante "

Réagissant à la proposition de la sénatrice, des responsables juifs et musulmans ont jugé cette mission "stigmatisante ".
Prescrite dans les rites casher et halal, la méthode d'abattage sans
étourdissement est largement critiquée par les défenseurs des animaux. "Un
marquage spécifique est stigmatisant et accréditerait le préjugé que 
les
Juifs seraient cruels
", a notamment déclaré le président du Consistoire central,
Joël Mergui.
Selon lui, le rapport de la mission sénatoriale d'information sur la filière
viande "vient fragiliser un consensus européen autour de la liberté de
culte de plus 
en
plus attaqué
 ".

De
son côté, le président du Conseil français du culte musulman Dalil Boubakeur a
estimé que l'étiquetage risquerait "de stigmatiser les communautés
musulmanes et juives
" et qu'il vaudrait mieux "poursuivre le
travail engagé avec les autorités pour former les sacrificateurs à des techniques
minimisant la souffrance
".

En 2010, 14 % de la viande produite en France avait été abattue de façon
rituelle. Le sujet avait déjà fait polémique en 2011, lorsque François Fillon,
premier ministre à l'époque, avait remis en question des "traditions
ancestrales qui ne correspondent plus à grand-chose
" dans "un pays
moderne
". Il avait par la suite été critiqué par le Conseil représentatif des institutions juives de France.