Un Français va simuler les conditions de vie sur Mars : "Le plus dur sera sans doute de ne jamais être exposé à l'air libre"

En prévision d'une future mission sur la planète rouge, six scientifiques vont être coupés du monde pendant un an. Parmi eux, un Français. Francetv info l'a interrogé quelques heures avant le début l'expérience.

Une photo de Cyprien Vasseur, le Français qui participe à l\'expérience de la Nasa, postée sur le site de l\'école d\'ingénieurs Sup\'Biotech. 
Une photo de Cyprien Vasseur, le Français qui participe à l'expérience de la Nasa, postée sur le site de l'école d'ingénieurs Sup'Biotech.  (SUP-BIOTECH)

Vivre un an dans un dôme de 11 m de diamètre sur un volcan à Hawaï (Etats-Unis). Ne sortir à l'air libre qu'en combinaison d'astronaute et ne se nourrir que d'aliments déshydratés. C'est la folle aventure dans laquelle se lance Cyprien Verseux.

A seulement 25 ans, cet étudiant français en astrobiologie est l'un des six participants à une mission de la Nasa, dont le but est de simuler ce que serait la vie sur Mars. L'agence américaine prévoit une première mission habitée sur la planète rouge à l'horizon 2030. Mais la durée du trajet jusqu'à la voisine de la Terre est estimée à trois ans. 

Le programme Hi-Seas (en anglais), qui débute dans la nuit du samedi au dimanche 30 août, doit ainsi permettre de mieux appréhender les conditions psychologiques et physiques des astronautes lors d'un tel voyage. Cyprien Verseux est le plus jeune participant. "C'est une situation originale", concède le Français. Francetv info s'est entretenu avec lui, quelques heures avant le début de cette expérience inédite.

Francetv info : Comment vous sentez-vous ?

Cypryen Verseux : Je suis excité et impatient à l’idée de commencer. Depuis aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé en regardant les étoiles. Je suis juste un peu fatigué à cause de tous les préparatifs. Depuis ma sélection, j’ai des journées de 15 heures. On a dû être formés aux expériences que nous allons mener sur place.

Certaines sont liées aux aspects psychologiques et cognitifs. Notre niveau de stress sera étudié, comme la façon dont nous interagissons avec les autres. Nous serons équipés de capteurs pour observer nos paramètres vitaux. Nous avons aussi des expériences sur le terrain : de la recherche géologique en conditions, c’est-à-dire dans des combinaisons spatiales.

Comment avez-vous été sélectionné ?

Je pense qu'on m'a d'abord choisi pour mon parcours scientifique. Depuis quelques années, je travaille sur les moyens de faire pousser des systèmes biologiques sur Mars. Pour cela, il faut utiliser ce dont on dispose : des métaux dans les roches, des gaz dans l'atmosphère et de l'eau sous différentes formes. C'est l'objet de mon doctorat, que je fais avec la Nasa.

Pour intégrer la mission, j'ai aussi suivi des tests psychologiques. J'ai enfin été sélectionné lors d'une finale, où nous devions survivre pendant une semaine dans le Wyoming (Etats-Unis). L'épreuve consistait à se rendre d'un point à l'autre de l'Etat par nos propres moyens. Et pour ça, nous disposions de cartes, de tentes, de nourriture et d'équipements pour purifier l'eau. Le but était d'évaluer notre capacité à gérer un groupe. On a passé une très bonne semaine.

Vous ne craignez pas trop l'isolement ?

A priori non. J'ai déjà passé deux semaines en isolement dans le désert, mais là, c'est ma première mission aussi longue. Nous verrons si je suis fait pour cela, mais je suis optimiste.

Si tout se passe bien, je rejoindrai après l'expérience une autre mission d'isolation dans l'Utah aux Etats-Unis. J'ai aussi été sélectionné pour partir un an dans l'Arctique pour une mission en 2017. Toujours en isolement.

Le plus dur sera sans doute de ne jamais être exposé à l'air libre. J'ai l'habitude de courir, de nager, de sauter en parachute, de camper. Là-bas, nous aurons seulement un tapis de course et une barre de traction. 

Pourrez-vous rester en contact avec votre entourage ?

Les conditions seront comme sur Mars. Nous n'aurons donc pas de téléphone, pas de réseaux sociaux, ni aucune communication directe avec le monde extérieur pendant un an.

Nous pourrons par contre envoyer des e-mails avec un délai d'une vingtaine de minutes entre l'envoi et la réception. Je vais pouvoir rester en contact avec ma famille et mes amis, mais je me suis séparé de ma copine à cause de la mission.

Et comment allez-vous vous occuper ?

Nous serons déjà bien occupés par toutes les expériences que nous allons mener. Mais en plus, avec l'équipe, nous avons prévu d'apprendre le russe, à dessiner et à danser la salsa. Pour ma part, je vais aussi tenter d'apprendre à jouer du ukulélé ou de l'harmonica. 

Une dernière chose : que vous comptez faire avant d'entrer dans la capsule ?

Régler quelques courses. Puis, si j'ai le temps, me baigner une dernière fois dans l'océan.