Comment un agneau-méduse s'est retrouvé dans l'assiette d'un particulier

Un agneau génétiquement modifié par l'Inra s'est retrouvé commercialisé en novembre 2014. La justice a été saisie de l'affaire. 

En novembre 2014, un agneau génétiquement modifié par l\'Inra s\'est retrouvé à l\'abattoir, avec d\'autres animaux non modifiés (photo d\'illustration).
En novembre 2014, un agneau génétiquement modifié par l'Inra s'est retrouvé à l'abattoir, avec d'autres animaux non modifiés (photo d'illustration). (HANNEKE LUIJTING / FLICKR RF / GETTY IMAGES)
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Elle a peut-être fini en gigot. Une agnelle génétiquement modifiée avec une protéine de méduse s'est retrouvée dans la chaîne alimentaire fin 2014, raconte Le Parisien (accès abonnés) dans son édition du mardi 23 juin. La viande de Rubis (c'est son nom), animal modifié par une équipe de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), a ensuite été vendue et sans doute consommée par un particulier. Comment cela a-t-il pu se produire ? Explications.  

Un conflit entre deux hommes à l'origine de l'erreur

L'affaire remonte à la fin octobre 2014, mais n'a été apprise par la direction de l'Inra que le 5 novembre, soit une semaine plus tard. Un employé de l'Unité commune d'expérimentation animale (UCEA), responsable du suivi des animaux non-génétiquement modifiés et destinés à l'abattoir, aurait laissé Rubis partir avec d'autres animaux normaux. L'agneau-méduse s'est retrouvé commercialisé et acheté par un particulier en Ile-de-France, poursuit Le Parisien, citant des sources de l'Inra et judiciaires.

Selon les premiers éléments de l'enquête interne diligentée par l'Inra, l'employé aurait agi ainsi afin de piéger son chef d'équipe avec lequel il entretenait des relations conflictuelles. C'est d'ailleurs son supérieur qui a signé le bon de livraison envoyant l'ensemble du cheptel, dont Rubis, à l'abattoir.

Selon Le Parisien, le chef d'équipe s'est inquiété, quelques jours plus tard, de ne plus voir Rubis, mais n'a rien dit à la direction "dans l'attente de sa titularisation définitive". C'est son employé qui a finalement vendu la mèche auprès du directeur de l'UCEA, lequel a déclenché une alerte. 

Un animal modifié à des fins thérapeutiques

Rubis est née au printemps 2014 dans le cadre du programme "Mouton vert" de l'Inra, spécialisé dans la mise en œuvre de protocoles expérimentaux sur les animaux "à des fins de recherches thérapeutiques pour l'homme". Ce programme est né en 2009 au sein de l'UCEA.

La mère de Rubis, une agnelle nommée Emeraude, avait été génétiquement modifiée avec une protéine de méduse dans le cadre de recherches sur les greffons liées aux insuffisances cardiaques. La protéine de méduse, appelée GFP (Green fluorescent protein), donne une coloration fluorescente à l'organisme porteur et rend sa peau plus transparente, note Le Parisien. Tous ses petits, dont Rubis, sont donc porteurs de la protéine. Mais selon l'Inra, "bien qu'elle n'aurait jamais dû être mise sur le marché, Rubis ne présente pas de risques sanitaires à la consommation".

Une enquête interne dévoilant des dysfonctionnements

L'Inra a immédiatement diligenté une enquête interne pour faire la lumière sur les faits, avant de saisir la justice, en juin 2015, pour "mise sur le marché d'un produit consistant en organismes génétiquement modifiés ou contenant de tels organismes", précise Le Parisien. Le parquet de Meaux a transmis l'affaire au pôle santé publique du tribunal de grande instance de Paris.

L'enquête a mis en évidence des "actes de malveillance" de la part de deux employés de l'UCEA. Elle a aussi démontré de nombreux dysfonctionnements sur les sites de Jouy-en-Josas (Yvelines) et Bressonvilliers (Essonne), comme "l'absence de confinement de la brebis OGM logée dans un haras avec des béliers" ou "l'absence d'identification spécifique des animaux OGM"

"Les faits sont inadmissibles et appellent la plus grande sévérité, réagit Benoît Malpaux, directeur du site de Jouy-en-Josas, dans les colonnes du quotidien. Nous sommes un institut de renommée mondiale, nous ne pouvons tolérer de tels agissements." Les responsables de cette erreur encourent un an de prison et 75 000 euros d'amende.