Il y a 176 500 ans, l'homme de Néandertal explorait déjà des grottes

Des traces de son passage ont été découvertes dans la grotte de Bruniquel, où des structures circulaires en stalagmites ont été analysées. 

Un archéologue fait des repérages dans la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne), le 17 janvier 1996. 
Un archéologue fait des repérages dans la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne), le 17 janvier 1996.  (REUTERS)

Avec ses arcades sourcilières proéminentes et son allure courbée, il n'avait rien d'un architecte. Et pourtant. L'homme de Néandertal construisait des structures au fond des grottes. C'est ce que révèle une étude, publiée mercredi 25 mai dans la revue Nature (en anglais). Les chercheurs y affirment que d'étranges structures circulaires en stalagmites, repérées dans la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne), ont très probablement été construites par lui, il y a 176 500 ans.

L'histoire a commencée en 1990, avec la découverte de la grotte de Bruniquel, qui surplombe la vallée de l'Aveyron. Très difficile d'accès, elle conserve à plus de 330 mètres de l'entrée d'étonnantes structures composées d'environ 400 stalagmites ou tronçons de stalagmites accumulés et agencés, pour deux d'entre elles, de façon circulaire. Elle recèle aussi des preuves de l'utilisation du feu (calcite rougie, noircie par la suie) et des vestiges d'os calcinés.

"Cela change notre vision de l'homme de Néandertal"

En 2013, un trio de chercheurs a décidé d'entreprendre une série d'études pour cartographier les structures. Ils ont fait dater les stalagmites par la méthode uranium-thorium qui permet de remonter à des périodes très anciennes. Verdict : les agencements ont environ 176 500 ans. Un vestige d'os brûlé date lui aussi de cette période. 

Les scientifiques ont vérifié que ces structures ne pouvaient pas être d'origine naturelle ou bien être liées à la circulation des ours dans la caverne. "Nous avons démontré de manière incontestable que ces structures sont bien d'origine humaine", affirme Jacques Jaubert, professeur de préhistoire à l'Université de Bordeaux. A l'époque, l'Homo Sapiens (l'homme moderne) n'était pas encore arrivé en Europe. Il ne peut donc s'agir que de l'homme de Néandertal, explique-t-il.

"Cela recule considérablement la date de fréquentation des grottes" par le genre Homo, estime le CNRS, dont l'un des chercheurs a participé à l'étude. Jusqu'ici, la plus ancienne preuve formelle, la grotte Chauvet en Ardèche, datait de 38 000 ans. "Cela change également notre vision de l'homme de Néandertal", poursuit le centre.