La Nasa s'inspire de "Star Trek" pour inventer l'escalator des étoiles

Comme dans la célèbre série de science-fiction, l'agence spatiale américaine élabore un moteur qui permettrait d’explorer d'autres systèmes solaires.

Monsieur Spoke (D), le capitaine Kirk (C) et deux membres d\'équipage de l\'\"USS Enterprise\" dans le film \"Star Trek\" de 1979.
Monsieur Spoke (D), le capitaine Kirk (C) et deux membres d'équipage de l'"USS Enterprise" dans le film "Star Trek" de 1979. (KOBAL / AFP)

"Une expérience de voyage à la Star Trek n'est pas inenvisageable de notre vivant." Harold White, ingénieur à la Nasa, explique ainsi son objectif, dans une interview accordée au site américain Gizmodo (en anglais)

Depuis quatre ans, la Nasa investit dans la création d'un moteur à distorsion. S'il était monté sur un vaisseau, ce procédé pourrait réduire des voyages spatiaux de plusieurs milliers d'années à quelques jours. Un projet qui laisse rêveur, alors qu'on estime aujourd'hui à sept mois un aller simple pour Mars

Pour cela, l'agence américaine s'inspire de Star Trek. Dans la série télé des années 1960, le capitaine Kirk grille tous ses concurrents au feu rouge grâce à son vaisseau : l'USS Enterprise, capable de se déplacer plus rapidement que la lumière en compressant l'espace-temps. Au lieu de se déplacer à toute vitesse entre deux points, le vaisseau réduit la distance entre ces points en "pliant" le tissu spatial.

Rallier Proxima du Centaure "en deux semaines"

Proxima du Centaure. L'étoile la plus proche de notre système solaire est tout de même située à 4,2 années-lumière de la Terre. Quelque 40 000 milliards de kilomètres qu'Harold White souhaite parcourir "en deux semaines", explique-t-il à Gizmodo. Dans son bureau de Houston (Texas), l'homme travaille depuis quatre ans à l'élaboration de ce moteur qui permettrait de voyager quasi-instantanément dans l'espace.

Mais Harold White n'en est qu'à l'étape théorique. En novembre dernier, lors d'une conférence à Phoenix (vidéo en anglais), l'ingénieur présente son concept devant une assemblée de scientifiques. Le but immédiat est de créer une "bulle de distorsion" à petite - et même très petite - échelle. "D'abord autour de masses microscopiques", puis, si les tests sont concluants, "de petits objets". L'homme n'est donc pas près de créer l'USS Enterprise. Pourtant, il y pense déjà.

En mai dernier, l'artiste numérique hollandais Mark Rademaker publie les images du vaisseau spatial plus rapide que la lumière qu'il a imaginé avec Harold White. Les deux hommes ont travaillé à une modélisation 3D de cet appareil composé de deux anneaux prévus pour compresser l'espace-temps, selon le blog américain io9 (en anglais). La Nasa met-elle la charrue avant les bœufs ? Peut-être, mais pour battre la vitesse de la lumière, il ne faut pas perdre de temps.

Aller plus vite que la lumière, c'est possible ?

Le problème, c'est qu'il y a maintenant un siècle, un certain physicien incontesté dans le monde scientifique a démontré qu'il n'était pas possible de dépasser la vitesse de la lumière. Son nom ? Albert Einstein. Avec sa théorie de la relativité (célèbre par son équation E=mc2), il fixe un principe devenu parole d'évangile. Pour propulser un objet aussi rapidement que la lumière, sa masse et son énergie devraient être infinies.

Mais pour défendre son projet sans obliger Einstein à se retourner dans sa tombe, la Nasa décide de prendre le problème à l'envers. Et pour cela, Harold White et son équipe s'appuient sur les recherches du physicien mexicain Miguel Alcubierre, explique Le Nouvel Obs. En 1994, il affirme qu'il est possible de tordre l'espace. Si l'on compresse celui-ci devant un hypothétique vaisseau spatial, le prochain point se rapproche et les distances se réduisent. Le vaisseau naviguerait alors sur cette bulle d'espace compressé, comme un surfeur sur une vague. Et la loi d'Einstein reste indemne. 

Représentation de la bulle de distorsion.
Représentation de la bulle de distorsion. (TREKKY0623 / WIKIPEDIA)

Le concept est similaire à celui d'un escalator, d'après CNN (en anglais). En marchant sur un escalator horizontal, l'individu pressé avance plus vite que ses pieds ne le permettent. Parce que l'escalator amène le marcheur vers son but, le point d'arrivée se rapproche plus rapidement de lui. La "bulle de distorsion" n'est rien d'autre qu'un escalator stellaire.

Le seul moyen d'explorer d'autres systèmes solaires ?

A l'heure actuelle, l'engin spatial le plus rapide que l'homme puisse créer est à des années-lumière de l'USS Enterprise du capitaine Kirk. Le satellite Helios, prévu pour 2018, devrait atteindre les 720 000 km/h, selon Le Nouvel Obs. Une vitesse record, mais loin de nous permettre de quelconques explorations au-delà de notre système solaire. A ce rythme, il nous faudrait près de 7 000 ans pour atteindre l'étoile voisine, Proxima du Centaure. Impossible, en somme.

Si elles aboutissent, les recherches de la Nasa offriront de nouveaux horizons à l'exploration spatiale. Mais, sur le papier, cette compression de l'espace-temps reste problématique, car elle est extrêmement gourmande en énergie. Un point sur lequel la Nasa concentre justement ses efforts, explique Harold White lors de sa conférence.

Enfin, d'autres théories scientifiques affirment que même si on arrivait à créer une telle bulle, elle produirait tant d'énergie qu'elle détruirait tout sur son passage, d'après le site scientifique Phys.org (en anglais). Pour partir en vacances sur Kepler, la sœur de la Terre, il va falloir attendre un peu.