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Cazeneuve dans la Silicon Valley pour parler terrorisme

Bernard Cazeneuve est en Californie ce vendredi à la rencontre des représentants de Twitter, Facebook, Google et Apple. Objectifs : que les Américains aillent plus loin dans la lutte contre la propagande djihadiste sur le web.
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Radio France
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 (Bernard Cazeneuve lors du sommet contre "la violence extrémiste" à Washington jeudi © Reuters-Joshua Roberts)

 Après Washington jeudi, et des rencontres avec ses homologues américains, Bernard Cazeneuve se rend ce vendredi en Californie dans la Silicon Valley, le temple des nouvelles technologies.

Le ministre veut interpeller les représentants de Twitter, Facebook, Google et Apple. En résumé, la France estime que les opérateurs américains ne vont pas assez loin dans leur coopération contre la propagande djihadiste sur le web.

 

Exemple concret

Avant de partir aux Etats-Unis, la délégation française s’est armée d’un exemple concret à présenter aux opérateurs du web américains : une vidéo en haute définition qui montre le pilote jordanien brûlé vif par l’Etat islamique. Elle a été diffusée le 3 février sur YouTube, la filiale de Google.

 

Elle a été retirée un moment par YouTube mais des copies ont circulé sans réaction apparente de l’américain. De plus, un média influent, la télé Foxnews, a décidé de mettre l’intégralité de cette vidéo de propagande en ligne sur son site, précédée d’une simple mise en garde. Ce n’est pas acceptable pour Bernard Cazeneuve qui va tenter d’expliquer aux géants américains du net que "90% de ceux qui basculent dans le terrorisme le font par la fréquentation de sites ". Il faut donc, pour le ministre de l’Intérieur, "faire en sorte que les appels au crime et au meurtre ne soient pas véhiculés sans que chacun " ait conscience de l’importance d’Internet.

 

"Je ne vais pas en Californie avec l'ambition d'administrer une ordonnance aux géants de l'Internet. Non. Il faut convaincre" (Bernard Cazeneuve)
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La France plus responsable que les USA ?

Sur ce sujet, la France estime être plus responsable que les Américains. En France quand une vidéo de propagande terroriste apparait, la communauté du web (les internautes) ou la police (avec la plateforme Pharos) font un signalement. Ils tirent la sonnette d’alarme auprès des représentants en France de Facebook, YouTube, etc. La plupart du temps, le contenu signalé est supprimé, ce qui n’empêche pas les copies sur d’autres plateformes moins connues.

 

La nouvelle loi antiterroriste en France prévoit que si le site ne supprime pas le contenu terroriste sous 24h, il peut être bloqué administrativement. La France reproche deux choses aux opérateurs américains : ne pas supprimer en profondeur les contenus djihadistes sur leurs sites et ne pas transmettre assez vite les données utilisateurs (les fameuses adresses IP des ordinateurs utilisés par les djihadistes) quand les autorités françaises en font la demande.

 

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Pour Giuseppe Di Martino, le directeur général de Dailymotion Europe, le retrait des contenus djihadistes n’est pas encore une priorité des opérateurs américains aujourd’hui. "Aux Etats-Unis, les plateformes américaines peuvent avoir tendance à sous-traiter les demandes à des personnes qui sont dans des Etats éloignés, avec des sensibilités différentes ".

Ennemi commun mais doctrines différentes

Ce qui divise aussi Américains et Français, c'est la façon de lutter contre les cyberdjihadistes et les recruteurs. Aux Etats-Unis, Bernard Cazeneuve est dans son rôle. Pour protéger les jeunes Français, il réclame plus de contrôle du web, le blocage systématique des sites et des comptes Twitter des émirs et des propagandistes de l'Etat islamique. Les services anti-terroristes américains préfèrent des sites djihadistes "actifs " et "bavards " pour récupérer de l'information. Par le passé la CIA (alliée aux Saoudiens) a déjà créé des faux forums djihadistes pour piéger des combattants étrangers.

Le "blocage des comptes djihadistes" ne sert pas à grand-chose, c'est même contre-productif affirme Ségolène Ogée, ingénieur pour Co-décision, une société française spécialisée dans le Cybertracking, la surveillance du net. Elle travaille avec le ministère de l'Intérieur. Elle donne l’exemple de la fermeture des comptes Twitter. "Ces fermetures sont des mesures complètement caduques. D’une part, on n’a plus accès au compte et d’autre part, le compte est recréer ". C’était le cas de Maxime Hauchard, le djihadiste français qui est apparu sur une vidéo en novembre 2014. "Si vous regardez ses comptes Twitter ", explique Ségolène Ogée, "c’était Abu 1,2,3,4 et à chaque fois que Twitter bloquait son compte, deux minutes après il en avait un nouveau ".

 

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