Compter, cuisiner, mentir... Six choses que les singes savent faire comme nous

Des éthologues ont notamment appris la langue des signes à des grands primates. Certains ont même montré un certain sens de l'humour.

Koko, une femelle gorille, avec la primatologue Penny Patterson, dans le film \"Koko, le gorille qui parle\" (1978).
Koko, une femelle gorille, avec la primatologue Penny Patterson, dans le film "Koko, le gorille qui parle" (1978). (KOBAL / AFP)

Contrairement à ce qu'affirme l'adage, l'homme ne descend pas du singe. Ils sont cousins. Les grands primates sont d'ailleurs des animaux capables de réaliser de nombreuses actions semblables à celles des humains, les homo sapiens. Francetv info détaille six choses que les singes peuvent faire comme nous.

1Compter

Une équipe de chercheurs de Harvard a appris à trois macaques en captivité à faire des additions en manipulant des symboles. Ils ont publié leurs travaux dans la revue Comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences (en anglais), le 17 avril.

L'expérience comprend trois étapes. Dans un premier temps, les chercheurs ont montré à ces singes, sur un écran tactile, un système de neuf chiffres et de seize lettres, établissant une échelle de valeurs allant de 0 à 25. Pour que les macaques intègrent la valeur de chaque élément, ils leur donnaient un nombre de gouttes de jus de fruit correspondant à la valeur de l'élément affiché sur un écran. Lorsque le singe désignait le chiffre 3, il recevait trois gouttes de jus de fruit.

Dans un deuxième temps, une fois le système acquis, les chercheurs ont montré aux singes un écran tactile divisé en deux. D'un côté, il n'y avait qu'un symbole. De l'autre, il y avait deux symboles. La récompense associée à chaque demi-écran correspondait à la somme des valeurs qu'il contenait. Après quatre mois d'exercice, les macaques sont parvenus à désigner la moitié d'écran avec la valeur la plus élevée neuf fois sur dix.

Enfin, la performance a été reproduite avec un autre système de valeurs mêlant des formes géométriques. Avec succès. Ils ont "transposé le savoir acquis pendant leur premier entraînement pour faire des choix éclairés : ils faisaient des maths", résume Le Figaro.

2Apprendre un nouveau langage

Plusieurs primates ont appris la langue des signes utilisée par les sourds et malentendants. Washoe, une femelle chimpanzé, est la première à l'avoir apprise. A l'âge de 4 ans, elle connaissait 130 mots, était capable d'en assembler quelques-uns, et distinguait "fleur" et "sentir". Elle a ensuite appris à signer à son fils adoptif Loulis, racontait Libération, en 1997.

Koko, pensionnaire de l'Université d'état de Georgie (Etats-Unis), est une femelle gorille mondialement connue pour comprendre 2 000 mots anglais et maîtriser 1 000 gestes de la langue des signes américaine, grâce à l'enseignement de la spécialiste Penny Patterson.

Mais il n'y a pas que la langue des signes. La primatologue américaine Sue Savage-Rumbaugh a initié deux bonobos au Yerkish, un langage artificiel basé un système de symboles appelés lexigrammes. Il s'agit de Panbanisha, une femelle morte en 2012, et de Kanzi, un mâle toujours en vie. "Kanzi et Panbanisha comprennent des milliers de mots. Ils utilisent des phrases, et aiment commérer. Bref, ils utilisent le langage de manières parfois semblables à celles des humains", écrivait, en 2006, la radio américaine NPR. Voici Kanzi qui utilise les lexigrammes.

3Mentir

Dans les années 1970, "les primatologues démontrent que les grands singes sont capables de mettre au point des stratégies variées, de manipuler, de mentir, de tricher, de ruser ou de tromper volontairement leurs congénères", a écrit le spécialiste Chris Herzfeld dans son livre Petite histoire des grands singes, en 2012.

Le bonobo Kanzi est à l'origine de nombreuses observations étonnantes chez les singes. La chercheuse Sue Savage-Rumbaugh a montré qu'il était capable de mentir. Concrètement, elle a offert une clé de son enclos à Kanzi. Il est allé la chercher après le départ de Sue. La spécialiste lui a ensuite demandé de redonner la clé. Kanzi a fait mine de l'avoir perdue. Ils l'ont cherchée ensemble, sans la trouver. Une fois seul, le singe a ressorti la clé et l'a utilisée pour sortir.

4Plaisanter

Il existe de nombreux exemples de ce genre à travers le monde. L'un d'eux met en scène Koko, la gorille femelle. Un jour, on lui demande de décrire ce qu'elle trouve dur. Elle répond "roche" et "travail", jouant avec le sens des mots, raconte Slate.com (en anglais).

Le magazine Sciences Humaines a parlé, en 2011, des observations du primatologue néerlandais Frans de Waal. Ce dernier a détaillé le cas d'un chimpanzé qui, dans un zoo, remplit sa bouche d'eau, s'installe devant la grille de son enclos et recrache l'eau en pleine figure des visiteurs qui s'approchent. "Les cris et mimiques des autres chimpanzés se roulant sur eux-mêmes et se tapant le front ne lui laissaient guère de doute sur leur réaction", écrit la publication spécialisée.

5Cuisiner

Rassembler du bois, craquer des allumettes pour allumer un feu et faire cuire des aliments, dont des chamallows, afin de les savourer. Autant d'actions que Kanzi est capable de réaliser. Sue Savage-Rumbaugh a expliqué que tout cela n'était pas improvisé. "Kanzi fait du feu parce qu'il le souhaite. Très jeune, il a regardé le film La Guerre du feu qui met en scène le premier homme qui lutte pour faire du feu. Il était fasciné par ce film, il l'a regardé des centaines de fois", a-t-elle raconté, rapportait le Daily Mail (en anglais).

6Ressentir l'injustice

Ou peut-être de l'iniquité voire de la jalousie. Cette expérience a été présentée, en 2011, par le primatologue Frans de Waal lors d'une conférence pour la plateforme de conférences TED (en anglais). Un caillou est posé dans la cage d'un capucin. Il doit le redonner pour obtenir une récompense. Dans la cage de gauche, sa rétribution est un bout de concombre, dans celle de droite, un raisin, un mets bien plus sucré. Lorsque le singe de gauche constate que son voisin a une récompense meilleure que la sienne, il fait part de son mécontentement et jette le bout de concombre sur l'expérimentateur.

Reste que les singes ne sont pas les seuls animaux à avoir des capacités cognitives impressionnantes. Concernant l'apprentissage du langage, "on aurait pu tenter les mêmes expériences avec des mammifères marins ou des oiseaux­", a souligné le primatologue Dominique Lestel, à Libération. "Cela a d'ailleurs été mené avec succès sur un perroquet ­ puisque ce sont eux qui, dans la nature, usent des moyens de communication les plus complexes. Avec des chants sophistiqués et des dialectes."

Des chercheurs de l'université d'Otago (Nouvelle-Zélande) ont montré, en 2009, que les pigeons ont une capacité à compter similaire à celle des primates, dans une étude parue dans la très réputée revue Science (en anglais). Fin avril, des scientifiques autrichiens ont publié, dans la revue Nature (en anglais), une étude montrant que les corbeaux avaient des capacités similaires, et peut-être même supérieures, à celles des grands singes.