Comment la pilule contraceptive perturbe la vie sexuelle des crapauds

L'impact des rejets d'hormones liés aux contraceptifs sur l'environnement est depuis longtemps sujet à débat. Des scientifiques allemands se sont penchés sur la question.

Deux xénopes du Cap immergés.
Deux xénopes du Cap immergés. (HEIDI ET HANS JURGEN KOCH / MINDEN PICTURES RM / GETTY IMAGES)

Les femmes n'y pensent sans doute pas en prenant leur pilule quotidienne mais leur organisme n'est pas le seul exposé aux hormones qu'elles contiennent. La faune marine est bien involontairement touchée. Une étude de deux biologistes allemands publiée mercredi 15 février dans la revue PLoS montre que l'exposition à l'un des œstrogènes présents dans de nombreuses pilules perturbe l'activité sexuelle de certains crapauds.

C'est via les urines et autres rejets qu'une partie de ce type de composants, présents dans les eaux usées, se retrouve dans l'écosystème marin. Car les stations d'épuration ne les filtrent pas.

Frauke Hoffmann, de l'institut Leibniz d'écologie marine en eau douce, et Werner Kloas, de l'institut de biologie de l'université Humboldt de Berlin, ont étudié l'impact d'un œstrogène sur un crapaud d'Afrique australe, le xénope du Cap. Les deux chercheurs ont constaté que les amphibiens mâles exposés poussaient moins de cris susceptibles d'attirer les femelles, échouant ainsi à trouver une partenaire. Une abstinence bien involontaire qui "pourrait réduire le succès reproductif des animaux". Selon les scientifiques, ces effets pourraient ainsi "contribuer au problème global de déclin de la population amphibienne".

La pilule, pas la seule fautive

L'impact des contraceptifs sur l'environnement fait depuis longtemps débat : il a même été invoqué en 2009 par le Vatican pour souligner les effets néfastes de la contraception. 

Il faut cependant le mettre en perspective : le problème est davantage celui des rejets hormonaux en général que des contraceptifs, comme le rappelait en 2009 le journaliste scientifique Denis Delbecq, citant une étude d'Environmental Science and Technology : "Une partie sont des molécules rejetées naturellement par tous les individus, les hommes comme les femmes. D’autres proviennent de sources médicamenteuses. (...) [Mais] il ne faut pas oublier non plus les produits vétérinaires, qui mettent en jeu huit fois plus d’hormones que les contraceptifs oraux, et les hormones rejetées naturellement par les animaux d’élevage…"