Espace : "Pour l'instant, il n'y a aucun astéroïde de taille importante qui a une orbite de collision avec notre planète", rassure un journaliste spécialisé

Après le passage d'un astéroïde à proximité de la Terre, Olivier Sanguy, rédacteur en chef de l'actualité spatiale à la Cité de l'espace de Toulouse, fait le point sur les menaces que représentent ces objets célestes.

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Radio France
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L'astéroïde Bennu, à 321 millions de kilomètres de la Terre, en octobre 2020. (HANDOUT / AFP)

Un gros astéroïde est passé à proximité de la Terre dimanche 21 mars à une distance équivalente à cinq fois celle entre la Terre et la Lune. Olivier Sanguy, rédacteur en chef de l'actualité spatiale à la Cité de l'espace de Toulouse, a expliqué sur franceinfo que "pour l'instant, il n'y a aucun astéroïde de taille importante qui a une orbite de collision avec notre planète". Mais la NASA notamment "réfléchit sérieusement au scénario qu'on pourrait appliquer si jamais" un gros astéroïde se dirigeait vers la Terre, comme il y a 66 millions d'années. La conséquence "peut-être une destruction totale, la fin de notre civilisation", souligne-t-il.

franceinfo : L'astéroïde de dimanche est passé à deux millions de kilomètres. Il n'était pas si dangereux ?

Olivier Sanguy : 2 millions de kilomètres, c'est environ un peu plus de 4 à 5 fois la distance Terre-Lune. C'est assez large. Maintenant, en astronomie, les dimensions sont un peu relatives. La NASA, par exemple, a un service qui cherche les astéroïdes potentiellement dangereux. Et dès qu'ils passent à moins de 7 millions et demi de kilomètres, ils rentrent dans la catégorie potentiellement dangereux. Plus ils sont gros, plus on les voit venir de loin. C'est cela qui est rassurant. Normalement, les orbites sont relativement stables. Pour l'instant, il n'y a aucun astéroïde de taille importante qui a une orbite de collision avec notre planète.

Que peut-on faire pour éviter une collision ?

La bonne nouvelle, c'est qu'on y réfléchit sérieusement, puisqu'à la fin de l'année, il y a une mission de la NASA qui va décoller. Le but, c'est de percuter, non pas un astéroïde directement, mais la petite lune d'un autre astéroïde et de voir ce que cela va donner au niveau perturbation de l'orbite. On ne risque rien. Cela ne va pas envoyer cette lune vers chez nous. Mais on va mesurer précisément l'altération orbitale. On va avoir des données pour se dire si demain un astéroïde nous menace, qu'est-ce qu'on peut faire pour le dévier ? L'idée, notamment, c'est peut-être tout simplement de l'impacter avec un engin spatial. La toute petite correction, des décennies plus tard, deviendra une correction suffisamment grande pour que l'objet passe confortablement loin de notre planète. En fait, les plus dangereux, bizarrement, pourraient être des astéroïdes autour de la centaine de mètres qu'on verrait venir trop tard et qui peuvent faire des dégâts. En anglais, on appelle cela des "City Killers" (Tueur de villes).

Il faut rappeler que c'est un astéroïde qui anéantit 75 % de toute forme de vie terrestre, il y a 66 millions d'années.

En effet, vous avez raison de le souligner. C'est la potentialité de destruction. Ce n'est pas tellement le nombre de fois que cela arrive parce que c'est, fort heureusement, plutôt rare. Mais en revanche, quand cela arrive, le potentiel peut être une destruction totale, la fin de notre civilisation. C'est pour cela que les agences spatiales se disent : première étape, on surveille et on identifie la menace. Deuxième étape, on est en train de la faire, on réfléchit au scénario qu'on pourrait appliquer si jamais on a une mauvaise nouvelle.

80 à 100 tonnes de poussières ou de petites météorites tombent chaque jour sur Terre. Cela paraît énorme.

On est bombardé en permanence. Heureusement, elles sont petites, donc elles brûlent dans l'atmosphère. En gros, tout astéroïde de 7 mètres de large et en dessous brûle totalement dans l'atmosphère. En fait, on a un bouclier naturel qui est l'atmosphère. Au-delà de 7 mètres, cela commence à passer et à pouvoir impacter le sol. L'astéroïde qui est passé dimanche faisait 1 km de large. On est dans des destructions d'ordre régional, voire même à l'échelle d'un pays. Pour les dinosaures, on était plutôt dans 10 ou 15 km de diamètre. C'est heureusement très, très rare. Mais un kilomètre, par exemple, on estime que cela peut arriver tous les 300 000 à 500 000 ans.

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