Défaillance de Soyouz : l'enquête doit se terminer "d'ici le 12 décembre" sinon l'ISS "pourrait ne plus être habitée"

Frédéric Castel, journaliste spécialisé en astronautique, estime sur franceinfo que ce genre d'incident est rarissime.

La fusée Soyouz après son décollage, le 11 octobre 2018. 
La fusée Soyouz après son décollage, le 11 octobre 2018.  (BILL INGALLS / MAXPPP)

La Russie a ouvert une enquête pénale pour découvrir les raisons de l'échec jeudi 11 octobre du lancement d'une fusée Soyouz qui devait rejoindre la Station spatiale internationale (ISS) avec deux spationautes à bord. "Il faut que l'enquête se termine d'ici le 12 décembre car il y a un prochain équipage qui devrait prendre la suite", a expliqué jeudi soir sur franceinfo Frédéric Castel, journaliste spécialisé en astronautique. Selon lui, si les Russes, "n'arrivent pas à terminer l'enquête, il y aura un problème réel de la station qui pourrait ne plus être habitée à un moment donné".

Le journaliste souligne également que la défaillance a été bien gérée. "Tout s'est extrêmement bien déroulé à un moment extrêmement dangereux", précise-t-il. "Cela montre la robustesse du système russe".


franceinfo : Ce genre d'incident est-il rare ?

Frédéric Castel : C'est rarissime, parce que dans l'histoire de plus d'un demi-siècle des lanceurs russes, particulièrement des lanceurs Soyouz, ce n'est que la troisième fois qu'il y a un problème au niveau d'un lancement habité. Le Soyouz a été lancé plus de 1 700 fois avec très peu d'accidents et de de défaillances.

Qu'est-ce qui a pu se passer ?

Ce qui est sûr c'est que c'est arrivé à deux minutes, au moment de la séparation avec le deuxième étage. C'est un moment très critique. Là, au lieu d'avoir l'accélération du deuxième étage qui allait reprendre, d'une façon assez ironique, le commandant tout à fait calme a dit, 'tiens c'est un vol très rapide'. Alexeï Ovtchinine n'a pas paniqué et a vu qu'il était obligé d'être dans un mode de retour balistique vers la terre en étant simplement à 500 kilomètres du cosmodrome de Baïkonour. Tout s'est bien passé. Selon l'agence Interfax, il y aurait eu une collision d'un élément du premier étage qui aurait percuté le deuxième étage et éteint le moteur qui aurait dû prendre la suite. La capsule s'est détachée avec un angle d'incidence très rapide et de très fortes décélérations. C'est un mode automatique. Cela montre la robustesse du système russe. Tout s'est extrêmement bien déroulé à un moment extrêmement dangereux. La capsule était déjà à des vitesses de l'ordre de 7 500 km/h, selon la Nasa, mais pas assez pour arriver à l'orbite et rejoindre la station quelques heures plus tard. L'enquête va commencer au plus haut niveau. Et même le président Poutine est extrêmement sensible au succès du programme spatial russe.

Quelles sont les conséquences pour l'ISS, la station spatiale internationale ?

Extrêmes. La semaine dernière, un équipage de trois personnes est rentré. Cet équipage qui partait, un Américain et un Russe, devait rester six mois. À bord de la station, commandée par un Allemand de l'Agence spatiale européenne, ils vont faire leur six mois. Ils doivent rentrer le 12 décembre. À bord, il n'y a que trois astronautes. Il faut que l'enquête se termine d'ici le 12 décembre car il y a un prochain équipage qui devrait prendre la suite. S'ils n'arrivent pas à terminer l'enquête, il y aura un problème réel de la station qui pourrait ne plus être habitée à un moment donné.