Maltraitance : des parents accusés à tort créent une association

Une centaine de parents affirment avoir été accusés à tort de maltraitance sur leurs enfants, alors que ces derniers souffrent de maladies rares. Ils ont créé l'association Adikia pour se faire entendre.

Il y a 4 ans, Vanessa décide de partir aux urgences avec Hylann. Son bébé de six semaines a de la fièvre. En l’examinant, les médecins détectent du liquide anormalement présent autour du cerveau, ce qui pourrait être la cause d'hématomes. Mais pour les médecins, Hylann a peut-être été secoué. Vanessa est alors suspectée de maltraitance. On lui retire son fils. "C’est la pire chose qu’on puisse faire à un parent. Je n’ai pas réagi. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Je l’ai supplié de me laisser mon bébé. Le ciel nous tombe sur la tête. Notre vie est détruite en deux minutes. On se dit comment on va faire pour sortir de là…".

Tout s’enchaîne alors très vite : perquisition, garde à vue, placement en famille d’accueil... Vanessa et Hylann sont séparés trois mois. Pourtant, le petit garçon n’a aucune séquelle d’une présumée maltraitance. Quelques semaines plus tard, des médecins extérieurs à l’hôpital diagnostiquent à Hylann une hydrocéphalie, une maladie rare qui peut expliquer une partie de ses symptômes. "Il y a des rapports, des tests qui existent sur l’hydrocéphalie et ses conséquences sur le cerveau, donc notamment la survenue fortuite d’hématomes sous-duraux. Ça peut arriver. Ça peut créer des hématomes spontanés. C’est écrit. C’est prouvé. Maintenant, ce n’est pas forcément diagnostiqué comme il le faut, la preuve."

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Une consultation pédiatrique spécialisée au CHU de Rennes

Comme Vanessa, une cinquantaine de familles se considèrent accusées à tort de maltraitance. Pour éviter ces situations, les urgences pédiatriques de Rennes se sont spécialisées dans ce type de détection. En cas de doute sur l’état d’un enfant, il est hospitalisé, le temps de faire des examens approfondis et de trouver une explication médicale aux problèmes.

Si les médecins ne sont pas convaincus, un signalement à la justice doit être fait. Le Dr Marie-Aline Guitteny, chef du service, explique : "Ce qui est difficile, c’est qu’il ne faut pas passer à coté d’une maltraitance. Si on passe à côté du premier signe, l’enfant va retourner chez lui et ça va continuer. Ce qui est important, c’est de se dire que ces éléments-là doivent nous faire tiquer et doivent nous faire protéger l’enfant en hospitalisation. Donc après, ça peut induire un climat de suspicion dans la famille qui est compliqué à gérer. Il faut arriver à faire le tri entre, je fais des soins, je prends soin de l’enfant et j’essaye de savoir ce qu’il s’est passé".

Ces urgences pédiatriques sont épaulées par la CASED, une cellule spécialisée dans la protection de l’enfance. Une équipe de pédiatres, puéricultrices et pédopsychiatres assure des consultations pluridisciplinaires pour améliorer la détection des maltraitances. "Il faut que les médecins fassent rentrer la violence dans l’origine possible des maux qu’ils voient aux urgences et c’est ça qui est important en fait, détaille le Dr Martine Balençon, pédiatre de la CASED. A ce titre-là, on a besoin d’être plusieurs, de bien se connaître, de travailler ensemble et d’avoir l’aide de nos collègues dans des disciplines comme la radiologie, la génétique, la gynécologie aussi".

Pour ces médecins, la priorité est et restera toujours la sécurité de l’enfant. Le moindre doute peut donc suffire pour faire un signalement pour maltraitance.

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