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Le collectif Santé en danger réclame "la réouverture immédiate" du Ségur de la santé pour que tous les métiers soient inclus

"Le signal envoyé n'est absolument pas assez fort au regard de la souffrance des patients", a indiqué Arnaud Chiche, anesthésiste-réanimateur à l'hôpital d'Hénin-Beaumont, invité dimanche 16 août sur franceinfo.

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Journée d'action nationale du personnel soignant, le 14 juillet 2020 à Paris, qui réclame de meilleures conditions de travail au lendemain de la signature des "accords de Ségur" promettant plus de 8 milliards d'euros d'augmentations salariales. (S?BASTIEN MUYLAERT / MAXPPP)

"Les conclusions du Ségur sont nettement insuffisantes, nous demandons la réouverture du Ségur immédiatement pour lui donner une portée beaucoup plus large", en incluant tous les métiers de soignants, a déclaré dimanche 16 août sur franceinfo Arnaud Chiche, anesthésiste-réanimateur à l'hôpital d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Il a créé "Santé en danger", un groupe Facebook réunissant 99 000 personnes, devenu un collectif rassemblant notamment des syndicats. Un mois après le Ségur et à l'approche d'une possible deuxième vague du coronavirus, Arnaud Chiche décrit des soignants "à genoux" qui utilisent des sacs poubelles comme surblouses.

franceinfo : Peut-on dire qu'il y a un ras-le-bol général chez les soignants aujourd'hui ?

C'est plus qu'un ras-le-bol, car il y en avait déjà un avant la première crise sanitaire du Covid-19, parce que structurellement l'hôpital et le système de soins n'allaient pas bien, mais aujourd'hui les soignants sont à genoux, à bout. Ils n'ont pas de matériel, on travaille avec des sacs poubelles, vous trouvez ça normal en août 2020 ? Il y a une pénurie annoncée sur les gants et on n'a pas de surblouses, on travaille avec des sacs poubelles préformés. C'est une médecine tiers-mondiste ! J'affirme avec beaucoup de force que les conclusions du Ségur sont nettement insuffisantes et en tout cas, le signal envoyé n'est absolument pas assez fort au regard de la souffrance des patients. Ils n'ont pas été entendus, ils n'ont pas été compris. 

Les sages-femmes, par exemple, n'étaient pas là. Rendez-vous compte, les professionnels dépositaires de la sécurité de prise en charge des mamans et des bébés de France n'étaient pas autour de la table, c'est ahurissant !

Arnaud Chiche, anesthésiste-réanimateur à l'hôpital d'Hénin-Beaumont

sur franceinfo

Je peux vous parler des agences de régulation médicale, la liste est tellement longue. Non seulement cela ne concerne pas tout le milieu hospitalier, mais dans le milieu hospitalier, il y a des grands oubliés. Le Ségur 1 voudrait faire penser aux Français que la santé se limite à l'hôpital, ce n'est pas possible. Nous saluons la démarche d'ouverture de négociations, elle est bonne mais nettement insuffisante, surtout dans le contexte actuel. La crise sanitaire, c'est actuel.

Qu'est-ce que vous réclamez aujourd'hui au gouvernement ?

On veut être reçus et écoutés par le Premier ministre. Nous lui avons écrit et il a donné des réponses à une sénatrice du Pas-de-Calais, disant que ça allait se faire, mais sans aucune précision. Nous demandons également la réouverture du Ségur immédiatement et pour lui donner une portée beaucoup plus large, à toute la santé pour tous les partenaires de la santé : l'ambulancier privé, l'orthophoniste, l'éducateur spécialisé, les sages-femmes, l'infirmière de puériculture, l'aide-soignante, l'ASH (agent de service hospitalier), tout le monde. Et on demande aussi de participer activement à la reconstruction totale de la santé. 

Il ne faut pas penser qu'on ne réclame qu'une augmentation de salaire. Ce qu'on veut surtout, c'est un système de soins opérationnel.

Arnaud Chiche, anesthésiste-réanimateur à l'hôpital d'Hénin-Beaumont

sur franceinfo

Il y a une lassitude énorme et ça ne fonctionne plus. Il faut faciliter la médecine de ville, il faut un choc capacitaire. Les 4 000 lits d'Olivier Véran, c'est gentil, mais ils ne sont pas armés. Quand vous mettez un lit dans un service, il faut du personnel pour s'en occuper. On a quasiment besoin d'une réserve sanitaire comme dans l'armée, d'une réserve de personnel prête à venir. Si l'infirmière n'est pas épaulée par des collègues infirmières, comment vous voulez qu'on soigne bien ? Ce n'est pas possible.

Le Ségur de la santé avait abouti à huit milliards d'euros de revalorisation salariale, six milliards pour l'investissement, 15 000 recrutements supplémentaires. Qu'est-ce que le gouvernement peut faire de plus ?

Je ne dis pas que le gouvernement n'a rien fait, il a fait quelque chose. Mais les paramédicaux, ce n'est pas 180 euros qu'ils devaient avoir, c'est 300 euros pour se remettre à peu près d'aplomb au niveau européen. Pour les médecins, la permanence des soins n'est absolument pas valorisée à sa juste pénibilité, ça ne va pas. Et puis surtout, on accélère un peu la carrière des médecins et on leur donne la place qu'il mérite dans la gouvernance. Vous avez quand même compris que pendant le Covid-19 les médecins organisaient les hôpitaux ! Ce qui marche bien, c'est quand on marche ensemble.

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