Censure d'une campagne contre le sida : "La visibilité entraîne des réactions de repli"

Plusieurs maires ont demandé le retrait d'une campagne gouvernementale de prévention du Sida, montrant des couples enlacés. Pour le sociologue Philippe Liotard, "la visibilité entraîne des réactions de repli".

Une des affiches de la campagne gouvernementale de prévention du Sida.
Une des affiches de la campagne gouvernementale de prévention du Sida. (BORIS HORVAT / AFP)

La minsitre de la Santé, Marisol Touraine, a saisi la justice après qu'une dizaine de maires aient demandé le retrait de cette campagne d'affichage. Pour le sociologue Philippe Liotard, "la visibilité entraîne des réactions de repli"

Une campagne d'affiche "impossible il y a dix ans"

"Il y a un repli qui est clair", a réagi mercredi sur franceinto le sociologue Philippe Liotard. "Mais ce repli est lié au fait qu'il y a des avancées. Ces affiches, je ne pense pas qu'elles étaient possibles d'être produites il y a dix ans. Elles sont possibles aujourd'hui parce que l'on considère que c'est nécessaire et que cela ne pose plus de problème en termes de visibilité sociale. La visibilité entraine des réactions de repli."

Le sociologue souligne qu'une campagne de prévention est toujours ciblée par rapport au public concerné. "Ces campagnes ont une fonction sociale et sanitaire. On ne peut pas faire comme si une réalité n'existait pas. Ce n'est pas en la masquant que cette réalité va disparaitre."

Mouvement de rejet

Philippe Liotard fait remarquer que l'homophobie n'a jamais cessé d'être présente en France. Des "vigilances se sont construites collectivement", mais dès qu'il y a des polémiques autour de la famille ou du Sida, "les propos qui reviennent sont souvent des propos extrêmement violents", selon lui.

Pour Philippe Liotard, "la famille se transforme". "Ces transformations génèrent des mouvements de rejet. Cette question des mœurs et cette vision associée à une forme de décadence est utilisée politiquement" et permet d'éviter de penser à autre chose." Il fait remarquer que ces choix de société "permettent à des hommes politiques de faire leur lit avec ces propos."