Sept questions sur la dengue, qui a débarqué dans le Var

Pour la première fois, un "cas autochtone" de cette maladie tropicale a été signalé dans le Var.

Des moustiques tigres en Espagne, photographiés le 21 janvier 2014.
Des moustiques tigres en Espagne, photographiés le 21 janvier 2014. (ROGER ERITJA / BIOSPHOTO / AFP)

La dengue prend pied dans le sud de la France. Pour la première fois, un "cas autochtone" de cette maladie tropicale a été signalé dans le Var, jeudi 21 août. Francetv info vous explique l'essentiel.

1Qu'est-ce qu'un "cas autochtone" ?

Si la nouvelle est importante, c'est que le malade n'est pas un voyageur de retour d'une destination exotique. Ici, il s'agit d'un "cas autochtone". L'Agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte d'Azur explique dans un communiqué qu'on "parle de cas autochtone quand une personne a contracté la maladie sur le territoire national et n'a pas voyagé dans une zone où circule le virus dans les quinze jours précédents". En clair, il a attrapé le virus de la dengue en France.

2Comment l'attrape-t-on ?

Par une simple piqûre de moustique, lorsque l'insecte injecte sa salive anticoagulante, explique Futura Sciences. Mais un moustique spécial : l'Aedes albopictus, plus connu sous le nom de moustique tigre. En plus d'être rayé, l'insecte a ses horaires. Il pique principalement quand la lumière change, au crépuscule ou au petit matin.

3Quels sont les symptômes ?

La dengue est un virus. Selon une fiche de l'Organisation mondiale de la santé, "les symptômes se manifestent au bout de 3 à 14 jours (en moyenne 4 à 7 jours) après la piqûre infectante. On observe alors un syndrome grippal touchant les nourrissons, les jeunes enfants et les adultes." D'ailleurs, la dengue était autrefois appelée "grippe tropicale".

Le Figaro précise que, dans le cas d'une dengue classique, "le malade présente brutalement une fièvre élevée avec des frissons, des céphalées au niveau du front, des douleurs rétro-orbitaires (derrière les orbites), des douleurs musculaires (myalgies) et articulaires (arthralgies), des nausées, des vomissements". On peut détecter le virus par une prise de sang.

Représentation de la protéine qui enveloppe le virus de la dengue. Ce dernier est un Flavivirus, proche de celui de la fièvre jaune et du virus du Nil occidental.
Représentation de la protéine qui enveloppe le virus de la dengue. Ce dernier est un Flavivirus, proche de celui de la fièvre jaune et du virus du Nil occidental. (NSP / AFP)

4C'est grave ?

Oui, surtout en cas de complication. On parle alors de dengue hémorragique. "La dengue hémorragique (fièvre, douleurs abdominales, vomissements, hémorragie) est une complication potentiellement mortelle qui touche principalement les enfants. Un diagnostic clinique précoce et une prise en charge attentive par des médecins et des infirmières expérimentés augmentent les chances de survie", écrit l'OMS. Dans le pire des cas, c'est le choc cardiovasculaire et la mort.

5Ça se soigne ?

Non, pas encore. "Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique de la dengue", écrit l'OMS. Les médecins peuvent traiter les symptômes, mais pas s'attaquer au virus. Dans ces circonstances, "il est important de maintenir l'hydratation. L'utilisation d'acide acétylsalicylique (aspirine par exemple) et de médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens (Ibuprofène par exemple) n’est pas recommandée."

L'Inserm insiste sur ce dernier point : il ne faut surtout pas utiliser d'aspirine et d'anti-inflammatoires, "en raison du risque hémorragique". L'aspirine fluidifie en effet le sang.

6Va-t-on tous attraper la dengue ?

Pas de panique. Le "cas autochtone" est "pour l'instant un cas unique et géographiquement isolé. La personne contaminée a consulté un médecin traitant et son état n'inspire aucune inquiétude", souligne l'ARS. En France métropolitaine, deux cas de transmission autochtone de dengue avaient déjà été recensés en 2010 à Nice, dans les Alpes-Maritimes. La même année, on avait aussi observé deux cas de transmission autochtone du chikungunya à Fréjus, dans le Var.

Si ces cas sont aujourd'hui marginaux, la progression du moustique tigre inquiète les autorités. En mai, Le Monde écrivait que ce moustique originaire d'Asie avait conquis 18 départements (on peut le signaler au Centre national d'expertise sur les vecteurs ici) en dix ans. De plus, du tigre, le moustique n'a pas hérité que des rayures. Il est aussi agressif pour l'homme : il préférerait les humains aux autres espèces. La progression de ce moustique vorace laisse donc penser que les observations de "cas autochtones" de la dengue ou du chikungunya pourraient se multiplier.
 
De plus, la France n'est pas seule concernée. Selon l'OMS, la dengue est en pleine expansion et plus de 40 % de la population mondiale y est exposée. Il y aurait chaque année 50 millions de cas. "Longtemps limitée à l’Asie du Sud-Est, la dengue n’a cessé de s’étendre à l’océan Indien, au Pacifique sud, aux Antilles françaises et à l’Amérique latine", écrit l'Inserm, qui explique cette expansion par "la dissémination du moustique Aedes favorisée par ses capacités d’adaptation et par le développement des échanges internationaux". Et ce phénomène pourrait encore être accéléré par le changement climatique, selon une étude conduite par une université britannique.

7Comment lutter contre ce moustique ?

Après la confirmation de ce premier cas de contamination dans le Var, le département a été officiellement placé en niveau 2 du plan national anti-dissémination du chikungunya et de la dengue. Des actions de démoustication sont en cours autour de la zone de résidence de la personne contaminée.

Des chercheurs argentins fondent des espoirs sur un petit champignon aquatique, selon Sciences et Avenir. Il est capable de détruire les larves du moustique tigre spécifiquement.

Mais ce n'est pas tout. Chacun peut prendre quelques précautions. "Des mesures simples permettent de se protéger des piqûres : vêtements longs, répulsifs cutanés, diffuseurs électriques, etc.", selon l'Inserm. Par ailleurs, "les personnes résidant dans le sud de la France doivent se protéger si elles rentrent d’un pays contaminé afin de prévenir l'introduction de la maladie en métropole".