"Il manque au moins un millier de sages-femmes dans les hôpitaux publics" en France, assure l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes

Willy Belhassen, sage-femme et vice-président de l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes, affirme mercredi sur franceinfo que le métier de sage-femme subit "une triple peine" liée au genre.

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Radio France
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Une sage-femme rend visite à une femme enceinte à la maternité à Caen, le 17 février 2009. (MYCHELE DANIAU / AFP)

Les sages-femmes se mobilisent mercredi 24 février en France pour leurs salaires et la reconnaissance de leur métier. Invité de franceinfo, Willy Belhassen, sage-femme et vice-président de l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF) estime qu'il "manque au moins un millier" de professionnels en France. Il affirme que le métier de sage-femme subit "une triple peine" liée au genre.

franceinfo : Quelle est la raison de cette mobilisation qui dure ?

Willy Belhassen : Les raisons sont multiples. On a une vraie problématique d'effectif, notamment dans les hôpitaux, avec des normes qui datent de 1998 et qui ne sont pas du tout adaptées à la réalité de l'activité aujourd'hui. Il manque au moins aux alentours d'un millier de sages-femmes dans les hôpitaux publics. La situation est différente suivant les établissements, mais aujourd'hui, des collègues à l'hôpital sont en surcharge en permanence. Elles gèrent de l'urgence et uniquement de l'urgence, ce qui ne leur laisse pas le temps d'accompagner plus humainement ce temps particulier de la naissance et de l'accouchement. Cela a des conséquences très délétères avec certaines femmes qui vivent des violences qui ne sont pas volontaires de la part du corps médical, mais qui sont quand même vécues de cette manière-là. Ce sont des violences institutionnelles, c'est-à-dire que lorsque vous avez cinq ou six patientes à gérer simultanément et que vous faites au plus vite, vous n'avez pas forcément le temps d'expliquer la situation. La réalité du quotidien des sages-femmes, c'est d'avoir la vie d'une femme et au moins d'un bébé entre les mains plusieurs fois par jour, toute l'année.

Il y a donc un problème d'effectif, de reconnaissance, de statut et de salaire aussi ?

Pour une raison obscure, les sages-femmes n'ont pas aujourd'hui le statut qu'elles devraient avoir à l'hôpital. Seule la compétence médicale n'est pas respectée dans leur fonction. Une sage-femme, aujourd'hui en début de carrière, gagne 1 750 euros nets par mois pour cinq ans d'études après le bac, un concours quand même très sélectif, et une responsabilité extrêmement importante. On a obtenu avec le "Ségur de la santé" la même revalorisation que les secrétaires médicales, par exemple, que nous respectons évidemment, 183 euros par mois. Mais pas du tout la même revalorisation que les autres professions médicales.

Pourquoi cette forme de dénigrement à l'égard du métier de sage-femme ?

Selon moi, ce n'est pas très compliqué. Les sages-femmes, ce sont 98% de femmes. Elles s'occupent de femmes et, en plus, il y a "femme" dans le nom de leur métier. Donc, c'est ce que j'appelle la triple peine. J'allais dire voilà dans l'inconscient collectif probablement que encore aujourd'hui, lorsqu'on fait un métier féminin et qu'on s'occupe de femmes, on n'a pas droit à la même respectabilité que les hommes. Je le dis d'autant plus facilement que je suis un homme dans ce milieu de femmes.

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