Réforme des études de santé : l'examen d'admission en deuxième année de médecine perturbé par la nouvelle épreuve orale

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Salle d'examen pour le concours de première année commune aux études de santé à Reims en temps de pandémie de coronavirus, le 22 juin 2020. (STÉPHANE MAGGIOLINI / FRANCE-BLEU CHAMPAGNE)

Depuis le mois de septembre et la mise en place de la réforme des études de santé et du numerus clausus, les couacs se multiplient aux examens d’admission en deuxième année de médecine. Exemple à l’université de Tours.

Ce devait être une première année d'études de médecine avec moins de bachotage, où l'on évaluerait les étudiants également sur leur personnalité... Mais depuis septembre 2020 et la mise en place de la réforme des études de santé et du numerus clausus, les couacs se multiplient. 

À l'université de Tours, par exemple, après les écrits de médecine, les étudiants de première année ont passé un oral il y a quelques jours, avec des sujets pour le moins décalés : la situation de la Grande Barrière de corail, par exemple... Des étudiants qui avaient excellé aux écrits ont ainsi été recalés à cause du coefficient appliqué à cette épreuve orale, ne portant pourtant pas sur une de leurs matières principales.
Jeanne avait obtenu d'excellentes notes à l'écrit, sur des sujets de médecine, récompense de nombreuses heures de travail tout au long de l'année. "Avant le concours, je pouvais être à 10 ou 11 heures par jour, témoigne l'étudiante. Je ne prenais jamais de soirée..."

Une épreuve orale de même coefficient que les épreuves écrites

Admissible en deuxième année après l'écrit, il y avait encore l'oral à passer. Un oral de dix minutes sur un sujet qui n'a rien à voir avec la médecine, censé évaluer les capacités oratoires du candidat, sa personnalité et son empathie. Un oral auquel les étudiants jugent avoir été à peine préparés et qui pourtant, côté coefficient, valait à Tours autant que l'écrit. "Je suis tombée à l'oral sur la préservation de la barrière de corail, sourit, amère, l'étudiante. J'en avais entendu parler, mais je ne m'étais jamais intéressée à la barrière de corail. J'ai lu le texte, je l'ai compris, donc j'ai su l'expliquer. Mais quand l'examinateur me posait des questions sur la barrière de corail, je n'en avais vraiment aucune idée."

Résultat, la jeune fille de 18 ans tient seulement six minutes sur la barrière de corail et sa note est mauvaise. Cet oral balaie en quelques minutes les résultats écrits d'un an de travail : elle est recalée et n'ira pas en médecine l'an prochain, comme d'autres étudiants classés même parmi les dix meilleurs à l'écrit. "Jeanne a été, les premiers jours, absolument inconsolable, se souvient Pierre, le père de l'étudiante. Il y a eu de nombreux étudiants dans son cas, y compris des étudiants qui étaient classés dans les dix premiers de ce classement qui comptait plus de 1 100 étudiants."

"Comment peut-on déclasser sur un oral de dix minutes un jeune de 18 ans qui a investi un an et qui a réussi à l'écrit de manière incroyable ?"

Pierre

à franceinfo

Patrice Diot est le président de la faculté de médecine de Tours et président des doyens de médecine. Selon lui, les étudiants n'étaient pas jugés sur leurs connaissances sur la barrière de corail. "On n'attend pas d'un étudiant de connaître la problématique de la barrière de corail, assure-t-il. On attend de lui qu'il manifeste un intérêt pour l'état du monde dans lequel on vit et dans lequel on va vivre, d'être capable de prendre des positions, d'argumenter, mais pas de connaître le fond. Ce n'était pas du tout cela."

Le but de la réforme est pourtant de diversifier les profils

Le but de la réforme, de ces nouvelles études, est justement d'élargir, de diversifier les profils des futurs médecins. "On nous reprochait de ne pas prendre en compte les compétences et les qualités humaines dans l'évaluation et dans l'entrée dans les études de santé, poursuit-il. C'est vraiment cela, la motivation de la réforme de l'entrée dans les études de santé. Il était donc assez naturel de donner la possibilité aux étudiants d'exprimer leurs qualités au travers d'oraux et entretiens." 

"On nous reproche aujourd'hui l'inverse de ce qu'on nous reprochait hier."

Patrice Diot, président de la fac de médecine de Tours

à franceinfo

Le ministère de l'Enseignement supérieur vient tout juste d'ouvrir des places supplémentaires en deuxième année de médecine dans une quinzaine d'universités. Certains recalés de Tours pourraient donc finalement être admis. Si ce n'est pas le cas pour Jeanne qui rêvait de faire médecine, la jeune fille s'est résignée : elle ira en deuxième année de pharmacie.

L'examen d'admission en deuxième année de médecine perturbé par une série de couacs - un reportage de Solenne Le Hen
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