Vidéo "Ils ont créé des pénuries artificielles de médicaments" : comment un laboratoire aurait spéculé sur les tarifs des anticancéreux

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Complément d'enquête. "Ils ont créé des pénuries artificielles de médicaments" : comment un laboratoire aurait spéculé sur les tarifs des anticancéreux

Quand un laboratoire pharmaceutique distribue un anticancéreux au compte-gouttes pour faire accepter d'incroyables augmentations de prix... Dans cet extrait d'un document à voir le 9 septembre 2021, "Complément d’enquête" révèle comment ce laboratoire aurait organisé une pénurie pour faire exploser les tarifs.

"Je ne peux pas supporter l'idée que mon mari soit décédé parce qu'il y avait une rupture d'approvisionnement", se révolte Claudette. Atteint d’un cancer du sang, il est décédé en 2016 suite à la rupture de stock d’un des médicaments de son protocole de soins. Le 9 septembre 2021, "Complément d’enquête" révèle comment le laboratoire qui détenait le monopole de la commercialisation de cet anticancéreux dans toute l’Europe aurait volontairement organisé sa pénurie pour faire exploser les prix.

Comment expliquer les pénuries à répétition d’Alkeran, un traitement anti-cancer ? Après quatre ans d'enquête, la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne vient de mettre au jour un vaste système de chantage utilisé par la firme pour faire flamber les prix de plusieurs anticancéreux. Ce système concernait 25 pays en Europe.

"Take it, or leave it" ("A prendre ou à laisser")

La commission d'enquête a découvert "un document interne qui résumait assez clairement la stratégie, pour toute l'Europe, de négociation avec les autorités nationales", explique Rainer Becker, chef d'unité de la Direction de la concurrence de la Commission européenne. Une stratégie résumée dans cette consigne envoyée, par mail, par un cadre d'Aspen à ses commerciaux : "Les prix doivent être augmentés (...). C'est à prendre ou à laisser. (...) Si les ministères de la Santé, dans chaque pays, n'acceptent pas les nouveaux prix, on retire les médicaments de la liste des produits remboursables ou on arrête d'approvisionner. Aucune négociation possible."

Ces menaces ont-elles été mises à exécution ? Voici ce qui s'est passé en Italie, où les pénuries d'Alkeran ont débuté en 2013. Elles ont été suivies d'étranges augmentations de prix. L'autorité de la concurrence italienne a été alertée, une cellule dédiée créée. Ses trois enquêtrices ont passé au crible la correspondance d'Aspen. Elles ont découvert l’ultimatum lancé par le laboratoire dans cette lettre adressée à l’agence de santé italienne : "C'est une priorité pour Aspen d'augmenter rapidement les prix de vente (...). Si aucune décision n'est prise dans la limite de temps indiquée (...) nous procéderons rapidement (...) à la suspension de la commercialisation des produits en Italie, à partir de janvier 2014."

"C'était une sorte de chantage"

"C'était une sorte de chantage : 'Si vous n'acceptez pas ma proposition, on quitte le marché italien', explique Andrea Pezzoli, le directeur de l'agence de santé italienne. Et les augmentations de prix qu'ils demandaient allaient de 300%, 400%, jusqu'à 1 500% pour certains traitements."

Officiellement, le laboratoire met en avant un manque de rentabilité. Comme en France, il invoque des problèmes de production. Sous ce prétexte, Aspen met en place des quotas d'allocation des stocks par pays. 

"Ils ont créé des pénuries artificielles de médicaments sur le marché italien, poursuit Andrea Pezzoli, en les justifiant avec leur système de quotas. Comme par hasard, juste pendant la négociation des prix, ils ont livré moins de médicaments sur le marché italien." Selon lui, "un levier très puissant pour forcer l'agence sanitaire à accepter l'augmentation des tarifs".

Extrait de "Pénuries de médicaments : à quoi jouent les labos ?", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 9 septembre 2021.

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