TRIBUNE. "Monsieur Macron, vaincre le sida en une génération dépend de vous" : dix ONG lancent une pétition pour interpeller les chefs d'Etat

A l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, dix associations – parmi lesquelles Aides, Sidaction et Médecins du monde – publient une tribune sur franceinfo.

A l\'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre 2018, dix associations – parmi lesquelles Aides, Sidaction et Médecins du monde – publient une tribune sur franceinfo pour interpeller les chefs d\'Etat.
A l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre 2018, dix associations – parmi lesquelles Aides, Sidaction et Médecins du monde – publient une tribune sur franceinfo pour interpeller les chefs d'Etat. (AARON FAVILA/AP/SIPA / AP)

"Faites preuve d'ambition et de courage politique : les moyens à mobiliser ne représentent que 0,0025% de la richesse mondiale." A la veille de la Journée mondiale de lutte contre le sida, samedi 1er décembre, dix ONG qui luttent contre le VIH, la tuberculose et le paludisme publient une tribune sur franceinfo et le HuffPost, pour interpeller le président français Emmanuel Macron et ses homologues étrangers. Lançant également une pétition sur Change.org, ces associations – parmi lesquelles Aides, Sidaction ou encore Médecins du monde – , demandent aux chefs d'Etat de "tout mettre en œuvre" pour faire cesser "un désastre humain". Elles s'expriment ici librement.


Mesdames et messieurs les chefs·fes d'Etat et de gouvernement,

Dans plus de 300 jours, vous vous réunirez à Lyon pour mobiliser des ressources pour le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ces pandémies sont encore responsables de 2,6 millions de morts par an, 7 300 par jour, 5 par minute ! Il est urgent d'agir.

Ce désastre humain, vous pouvez l'éviter. Pour quelques dollars par mois, des outils de diagnostic adaptés, des traitements efficaces permettent de sauver des vies et d'enrayer les transmissions. Mais ils restent insuffisamment accessibles. Plus d'un million d'enfants séropositifs attendent encore un traitement pédiatrique et risquent donc de mourir du sida. Plus de 3 millions de personnes ne sont pas diagnostiquées de la tuberculose et ne peuvent donc pas être traitées.

Les populations les plus pauvres, premières victimes

Ces trois pandémies affectent de façon tragique le monde entier, et en particulier l'Afrique. Elles frappent en premier lieu les populations les plus pauvres, les plus vulnérables et les plus discriminées. Les adolescentes et les jeunes femmes, les hommes homosexuels et bisexuels, les personnes trans, les usagers·ères de drogues, les détenus·es et les travailleurs·ses du sexe sont toujours disproportionnellement affectés·es par ces pandémies.

A lui seul, le sida reste la première cause de mortalité pour les femmes de 15 à 49 ans dans le monde.Les signataires de la tribune

Cette situation n'a pourtant rien d'inéluctable, au contraire. Les solutions pour éviter les nouvelles infections et sauver des vies existent : il faut partout généraliser l'accès à la prévention (éducation complète à la sexualité, préservatifs, PrEP), au dépistage et aux traitements. Et lutter contre les discriminations et les inégalités liées au genre, qui sont autant d'entraves à l'accès aux soins. C'est la seule voie possible si nous voulons mettre fin à ces épidémies.

Pour y parvenir, des investissements supplémentaires sont indispensables. Si nous n'intensifions pas nos efforts, nous risquons de faire face à une résurgence rapide de ces épidémies et nous ne serons plus en mesure de les éliminer d'ici 2030. Il y a urgence : cette résurgence, nous la constatons déjà dans certains pays.

Vaincre le sida, la tuberculose et le paludisme,
un enjeu historique

Aujourd'hui, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme finance la moitié des traitements anti-VIH dans les pays à revenus faible et intermédiaire. Il assure 65% des financements disponibles pour la lutte contre la tuberculose et 57% pour le paludisme. Ces fonds ont permis de formidables progrès mais ils restent insuffisants : de nombreux experts estiment à 6 milliards de dollars par an les besoins du Fonds mondial pour répondre aux défis posés, contre 4 milliards actuellement disponibles.

Il est temps pour vous, dirigeants et dirigeantes du monde, d'entrer dans l'Histoire en mettant fin à ces trois pandémies. Vous pouvez y arriver en une génération.Les signataires de la tribune

Quarante ans après l'éradication de la variole, l'Humanité peut franchir un nouveau cap pour le progrès et la santé. Faites preuve d'ambition et de courage politique : les moyens à mobiliser ne représentent que 0,0025% de la richesse mondiale. Des moyens dérisoires au regard de l'espoir suscité : un monde débarrassé du sida, de la tuberculose et du paludisme.

Monsieur Macron, une opportunité unique se présente à vous : mobilisez vos homologues

Monsieur le président de la République française,

Le 10 octobre 2019, vous accueillerez à Lyon la 6e conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial. C'est un signal fort, une opportunité unique pour faire de la France la cheffe de file d'un monde plus juste, plus stable et plus égalitaire.

Nous, acteurs et actrices de la lutte contre ces trois pandémies, personnalités de la société civile, scientifiques, représentants·es d'associations, et citoyens·nes, vous demandons de tout mettre en œuvre pour mettre un terme aux épidémies de VIH/sida, de tuberculose et de paludisme.Les signataires de la tribune

Pour cela, nous vous appelons à mobiliser vos homologues pour assurer le succès financier de la conférence en 2019.

Mesdames, messieurs, il faut agir maintenant. Ne vous laissez pas contaminer par l'indifférence : vous avez le choix, vous avez le pouvoir de débarrasser le monde de ces fléaux. Nous comptons sur vous.

Signez la pétition "Sida : une minute pour agir" sur Change.org !

Les signataires :
- Bruno Rivalan, directeur exécutif adjoint d'Action Santé Mondiale ;
- Aurélien Beaucamp, président d'Aides ;
- Aurélie Gal-Régniez, directrice exécutive d'Equilibres & Populations ;
- Philippe de Botton, président de Médecins du Monde ;
- Friederike Röder, directrice UE et France de ONE ;
- Florence Thune, directrice générale de Sidaction ;
- Luc Barruet, directeur-fondateur de Solidarité Sida ;
- Louis Pizarro, directeur général de Solthis ;
- Hakima Himmich, présidente de Coalition PLUS ;
- Véronique Séhier, présidente du Planning familial.