Mort de Naomi Musenga : la jeune femme "aurait pu être sauvée si on avait fait le diagnostic" de l'intoxication au paracétamol

"Le paracétamol, comme tous les médicaments, connaît des contre-indications", rappelle jeudi sur franceinfo le professeur de pharmacologie clinique Jean-Paul Giroud.

Photo non datée de Naomi Musenga, diffusée par ses proches le 10 mai 2018. 
Photo non datée de Naomi Musenga, diffusée par ses proches le 10 mai 2018.  (CATHERINE FABING / MUSENGA FAMILY)

La mort de Naomi Musenga est "la conséquence d'une intoxication au paracétamol absorbé par automédication sur plusieurs jours", a indiqué le procureur de Strasbourg, sur la base des "éléments médicaux" obtenus. Il précise que "la destruction évolutive des cellules de son foie a emporté une défaillance de l'ensemble de ses organes conduisant rapidement à son décès". Invité de franceinfo jeudi 12 juillet, le professeur de pharmacologie clinique Jean-Paul Giroud rappelle que "le paracétamol peut devenir toxique" si son utilisation n'est pas encadrée.

franceinfo : Dans quel cas le paracétamol peut-il être dangereux, voire mortel ?

Jean-Paul Giroud : Il faut savoir que le paracétamol, comme tous les médicaments, connaît des contre-indications : ce sont les maladies graves du foie, l'alcoolisme chronique, l'allergie au paracétamol. Vous pouvez être allergique au paracétamol et avoir des chocs anaphylactiques, ou un œdème de Quincke, c’est-à-dire un gonflement du visage. Et il y a les risques de déshydratation. Si vous êtes déshydraté, le paracétamol peut devenir toxique, ainsi que chez des personnes dénutries. Chez les personnes âgées qui ne mangent plus et qui sont dénutries, les doses de paracétamol doivent être très fortement diminuées.

Quels sont les principes à respecter lorsque l'on prend du paracétamol ?

En automédication, il ne faut jamais dépasser trois grammes par 24 heures. C'est essentiel. Et il faut s'assurer que l'on ne prend pas du paracétamol sous différents noms de marque. Je me bats depuis 30 ans pour faire comprendre qu'il faudrait que le nom paracétamol, le principe actif, soit écrit en beaucoup plus gros sur les boîtes de Doliprane et d'Efferalgan.

Est-ce que les autres antidouleurs sont moins dangereux ?

Non. Tous les autres antidouleurs, à base d'aspirine ou d'ibuprofène, présentent plus d'effets indésirables que les autres médicaments à base de paracétamol. Donc il faut privilégier le paracétamol, mais l'utiliser en faisant très attention qu'il n'y ait pas d'utilisation de deux médicaments contenant du paracétamol. C'est comme cela que se font les intoxications. Malheureusement, Naomi Musenga, qui est morte d'une intoxication par le paracétamol, aurait pu être sauvée si on en avait fait le diagnostic. Une substance, l'acétylcystéine, si elle est administrée dans les dix premières heures, peut sauver le foie d'une patiente.