Trop de médicaments sont présentés comme à risque pour les femmes enceintes, estime l'Académie nationale de médecine

Depuis octobre, il est obligatoire d'apposer la mention "danger" ou "interdit" sur l'emballage des médicaments qui risquent d'être toxiques pour le fœtus. L'Académie de médecine craint que cela crée une inquiétude auprès des femmes.

Les rayons d\'une pharmacie à Orléans (Loiret), le 11 janvier 2018.
Les rayons d'une pharmacie à Orléans (Loiret), le 11 janvier 2018. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

La multiplication des pictogrammes "danger" ou "interdit" pour les femmes enceintes sur les médicaments inquiète l'Académie nationale de médecine. Environ les deux tiers des médicaments sont concernés depuis octobre et la mise en place d'une nouvelle réglementation. Une nouvelle politique qui provoque "une vague d'inquiétude infondée", a déploré l'instance, vendredi 16 février.

Depuis mi-octobre, il est obligatoire d'apposer sur l'emballage, s'il y a un risque de toxicité pour le foetus, la mention "danger", avec la silhouette d'une femme enceinte dans un triangle rouge, ou "interdit", avec cette silhouette barrée de rouge. Le décret laisse aux industriels une vaste marge d'interprétation pour décider d'apposer ou non ces pictogrammes.

"Pas de distinction entre les niveaux de risques"

Au moment de faire le bilan, l'Académie nationale de médecine salue "une intention louable", mais critique "des effets préjudiciables". "Ce sont 60 à 70% des spécialités qui pourraient être concernées au lieu de 10%" avec la réglementation antérieure, a-t-elle souligné dans un communiqué.

Selon elle, cette démultiplication des pictogrammes "ne permettra pas de claire distinction entre les niveaux de risque des substances et diluera l'objectif initial". Et pire, certaines femmes enceintes "pourraient préférer s'abstenir de tout traitement, même indispensable".

L'instance scientifique a appelé le gouvernement à revoir le décret, signé en avril par l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve. "Seules les substances ayant fait la preuve de leur effet délétère pour la grossesse humaine devraient être visées (...) avec apposition d'un pictogramme 'Interdit'. Pour les autres substances, aucun pictogramme ne devrait être apposé", a-t-elle recommandé, estimant que les discussions avec les pharmaciens et les médecins "devraient suffire".