Au Bénin, la guerre contre les faux médicaments est déclarée

Dans ce pays, l’un des plus importants points de trafic de faux médicaments au monde, la justice a condamné les principaux acteurs du secteur pharmaceutique.

Près d’un tiers des faux médicaments distribués en Afrique sub-saharienne transitent par le port de Cotonou. D-Stanley on Visual Hunt
Près d’un tiers des faux médicaments distribués en Afrique sub-saharienne transitent par le port de Cotonou. D-Stanley on Visual Hunt

"Vente de médicaments falsifiés, exposition, détention en vue de vente, mise en vente ou vente de substances médicamenteuses falsifiées" : voilà de quoi ont été jugés coupables les cinq plus grands distributeurs de médicaments béninois. Leurs peines vont jusqu’à quatre ans de prison ferme. Le Bénin est une grande zone de trafic de faux médicaments : près d’un tiers de ces produits distribués en Afrique sub-saharienne transitent par le port de Cotonou, selon l'OMS. Chaque année, la prise de ces médicaments factices causerait la mort de 100 000 personnes.

S’attaquer directement à l’approvisionnement

Aussi la justice béninoise a-t-elle décidé de prendre le problème à bras-le-corps. Au cours de l’année écoulée, les autorités ont saisi plusieurs tonnes de médicaments, et certains commerçants ont été mis en examen. Mais cette fois-ci, la justice a choisi de s’attaquer directement à l’approvisionnement.

Au Bénin, l'industrie pharmaceutique est en situation de sous-développement. Le pays importe ses traitements, notamment de République Démocratique du Congo, où est basé le laboratoire New Cesamex, qui fournit les pharmacies et les revendeurs de rue. Son représentant béninois, le député Atao Hinnouho, reste introuvable, bien que plusieurs centaines de cartons de médicaments aient été saisis à son domicile fin décembre. Deux de ses collaborateurs ont néanmoins été condamnés à six et 18 mois de prison ferme.

"Je me demande si nous avons encore des garanties à payer les médicaments aux pharmacies"

Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, il est devenu difficile de différencier les produits distribués en officine ou achetés à la sauvette. "Je me demande si nous avons encore des garanties à payer les médicaments aux pharmacies si leurs sources d'approvisionnement sont devenues douteuses", confie à l’AFP Alfred Aklassato, Béninois de 60 ans. Pourtant, pour Ernest Gbaguidi, responsable d’une association de consommateurs, "les pharmacies qui doivent nous garantir l’accès aux médicaments de qualité ne devraient pas avoir des soupçons qui leur pèsent dessus […] Cela ne rassure pas et porte un coup à leur crédibilité". Toujours à l’AFP, un responsable de l’Ordre des pharmaciens du Bénin fait part de son "incompréhension" et évoque une "injustice dans cette affaire". D’après lui, tous les pharmaciens ne sont pas coupables.

Avant la vaste opération de régularisation lancée par les autorités béninoises, les faux médicaments étaient vendus en nombre au marché d'Adjégounlè, à Cotonou. Aujourd’hui, il devenu bien plus difficile d’en trouver. Alima Adédjouma, commerçante, confie : "Je ne pense pas refaire le commerce des produits pharmaceutiques." Mais d’après un témoin, les médicaments incriminés "sont toujours dans le circuit", bien que "les vendeuses n’exposent plus les produits".