La fin du remboursement des médicaments anti-Alzheimer va "déstabiliser profondément les familles"

Le président de la Fondation pour la recherche sur la maladie d'Alzheimer a déploré vendredi sur franceinfo ces "économies de bouts de chandelle" au détriment des patients.

Une personne âgée prenant un médicament
Une personne âgée prenant un médicament (MAXPPP)

A partir du 1er août, les médicaments permettant de lutter contre la maladie d'Alzheimer ne seront plus remboursés. Ils sont jugés peu efficaces par la Haute Autorité de santé. "Lorsque ces médicaments sont prescrits à bon escient, c’est-à-dire avec un suivi régulier, ils sont utiles", a contesté, vendredi 1er juin sur franceinfo, Olivier De Ladoucette, psychiatre et gériatre à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris et président de la Fondation pour la recherche sur la maladie d'Alzheimer. "En tirant le tapis comme le fait la ministre de la Santé, je crois qu'on est en train de déstabiliser complètement une filière de soins" et de "déstabiliser profondément les familles", a-t-il déploré.

franceinfo : La Haute Autorité de santé conteste l'efficacité de ces médicaments. Etes-vous d'accord avec ce constat ?

Olivier De Ladoucette : On peut toujours regretter qu'ils n'aient pas été davantage efficaces mais je pense que la mesure qu'on nous propose aujourd'hui est très dommageable pour les patients, pour leurs familles et pour la filière.

On soumet une triple peine aux malades d'Alzheimer, qui est non seulement d'avoir une maladie terrible, mais en plus on leur dit que le traitement qu'on leur propose est dangereux et inefficace, et pour ceux qui voudraient quand même persister, ils vont devoir payer la note de leur traitementOlivier Deladoucettefranceinfo

L'efficacité de ces médicaments existait dans quelques cas et cela méritait qu'on propose un traitement à ces patients. Je trouve cela fâcheux.

Sur quoi ces médicaments sont-ils censés agir, justement ?

Ils freinent le déclin cognitif et permettent de retarder la dépendance. Mais ce qui est important de comprendre, c'est que la prise en charge de la maladie d'Alzheimer n'est pas uniquement médicamenteuse, elle est médico-psycho-sociale. Et ces traitements avaient une certaine efficacité. Je peux vous dire, pour être prescripteur depuis très nombreuses années, qu'il m'est arrivé plus d'une fois chez un patient où on avait dû arrêter le traitement de voir un déclin accéléré dans le mois qui suit. Ce qui prouve rétroactivement qu'il y avait un certain intérêt. Si on le prescrit en suivant régulièrement le patient, en éliminant les contre-indications, cela permet un ancrage de ce patient dans une filière de soins, de le voir régulièrement, de parler avec sa famille.

La ministre avait posé comme préalable à un éventuel déremboursement la mise en place d'un "protocole de soins élaboré par les scientifiques en lien avec les associations de patients". Ce protocole a été dévoilé le 25 mai par la Haute Autorité, via un guide et des fiches pratiques. Ce n'est pas suffisant ?

On va voir, j'en doute un peu. On est dans un pays où quand il n'y a pas de médicament il n'y a pas de médicalisation ou de suivi. On est en train de faire des économies de bouts de chandelle, et on est en train de déstabiliser profondément les familles. Je reçois plein d'appels de mes familles qui me disent : "Mais que se passe-t-il ? Que doit-on penser de ces traitements ?" Encore une fois, je pense qu'il y a certainement des patients qui prennent ces médicaments de manière disproportionnée et erronée, mais pour beaucoup, dès lors que le suivi se fait régulièrement, ces traitements sont intéressants.