Qu'est-il possible de faire pour venir à bout de la grippe ?

La grippe saisonnière affecte chaque année 2,5 millions de personnes en moyenne. Existe-t-il des solutions pour s'en débarrasser ?

La vaccination obligatoire du personnel soignant pourrait faire reculer l\'épidémie de grippe.
La vaccination obligatoire du personnel soignant pourrait faire reculer l'épidémie de grippe. (DAVID ADEMAS / MAXPPP)

Il y a des maladies virales dont on parle (presque) au passé en France : le tétanos, la fièvre jaune, ou encore la rubéole. La grippe, elle, est tenace, et revient tous les hivers. Elle affecte chaque année en moyenne 2,5 millions de personnes. L’épidémie est particulièrement virulente cet hiver, et les hôpitaux sont engorgés par l’affluence de personnes âgées qui développent des complications. Face à cette "situation préoccupante", la ministre de la Santé a demandé aux hôpitaux de libérer des lits pour les patients atteints de grippe.

Mais au-delà de cette épidémie, serait-il possible, à terme, d’éradiquer complètement le virus et la maladie ? Franceinfo a interrogé des spécialistes. 

Des gestes d’hygiène à adopter au quotidien pour éviter la contamination

Pour limiter la contagion de la grippe, Sylvie Behillil, responsable adjointe du Centre national de référence du virus influenzae à l’Institut Pasteur rappelle quelques gestes à adopter : "Il faut éviter les contacts rapprochés avec les personnes malades. Il faut soit porter un masque, soit que la personne malade porte un masque, car si elle éternue sur un objet, que quelqu’un d’autre touche cet objet et porte ensuite ses mains à proximité de ses voies respiratoires, elle est contaminée. Il faut aussi que la personne malade utilise des mouchoirs en papier, et les jette dans une poubelle fermée immédiatement après les avoir utilisés."

Ce sont des gestes d’hygiène basique qui vont permettre de se protéger et de protéger les autres.Sylvie Behillilfranceinfo

Se faire vacciner

"La première manière de se protéger est la vaccination", affirme également Sylvie Behillil. Celle-ci est recommandée pour les personnes à risque, c’est-à-dire les personnes de plus de 65 ans, les personnes souffrant de certaines maladies chroniques, les femmes enceintes et les personnes obèses. La vaccination est également recommandée pour le personnel soignant.

Pour toutes ces personnes présentant un risque élevé de contracter la grippe ou de développer des complications, la vaccination est intégralement remboursée par la Sécurité sociale.

"Il faut 15 jours en moyenne pour qu’un vaccin fasse effet, donc il ne faut pas s’imaginer que l’on est déjà protégé le lendemain de sa vaccination", explique Sylvie Behillil. 

Certes, il vaut mieux, tout de même, se faire vacciner maintenant que pas du tout, mais il vaut mieux le faire avant le début de l’épidémie.Sylvie Behillilfranceinfo

Renouveler son vaccin chaque année

Il est également conseillé de renouveler son vaccin contre la grippe. D’une part car son effet est d’un an au maximum chez les personnes âgées ou immunodéprimées. Mais également parce que les souches virales circulant d’une année à l’autre varient. La composition du vaccin contre la grippe est actualisée chaque année à partir des recommandations de l’OMS, de sorte à contenir les particules inactivées des trois souches virales les plus récemment observées en circulation.

"Pour espérer pouvoir éradiquer complètement la grippe, il faut que toute la population soit vaccinée", assure Sylvie Behillil, "mais ça ne me paraît vraiment pas envisageable."

Les gens n’aiment pas se faire vacciner en France.Sylvie Behillilfranceinfo

"Déjà, parmi les personnes à risque, beaucoup de gens ne se vaccinent pas, donc parmi les personnes bien portantes…", ajoute Sylvie Behillil. En effet, lors de la campagne de vaccination 2015-2016, moins de 50% des personnes à risque ont reçu le vaccin.

Vers un vaccin universel ?

Une seule injection, qui protègerait contre toutes les souches virales, existantes et futures, et qui ne devrait pas être renouvelée chaque année… un vaccin universel aurait certainement de quoi motiver beaucoup plus de personnes à aller se faire vacciner.

Mais peut-on se permettre de rêver à un tel vaccin, ou est-ce un projet complètement irréaliste ? De nombreuses équipes de chercheurs ont l'espoir d'en trouver la clé ; aucune n'a encore vu ses efforts porter leurs fruits. 

Il y a cependant des avancées. En juillet 2016, une étude parue dans la revue Bioinformatics présentait un plan pour un vaccin qui protègerait contre 88% des souches virales recensées dans le monde. Ce vaccin ne ciblerait pas les protéines externes du virus, qui varient constamment, mais ses protéines internes, beaucoup plus stables.

"Cela améliorerait considérablement notre préparation face aux risques de pandémies, qui sont difficilement prévisibles", explique Derek Gatherer, spécialiste de bioinformatique, et l'un des auteurs de cette étude.

Un vaccin universel serait plus sûr et plus économique pour les pouvoirs publicsDerek Gathererà franceinfo

Mais ce vaccin universel n'existe pas encore et il n'est pas près d'exister. Les résultats de l’équipe de Derek Gatherer sont de l'ordre du calcul théorique, le vaccin n’a pas encore été synthétisé. Les scientifiques cherchent un partenariat avec un laboratoire pour pouvoir le tester in vitro.

Une fois cette étape passée, cela pourrait encore prendre plusieurs années avant qu'un vaccin universel soit produit et commercialisé.