Covid-19 : on a vérifié cinq affirmations d'Emmanuel Macron lors de son interview télévisée

Couvre-feu, tests antigéniques, applications de traçage... Franceinfo a passé à la loupe plusieurs déclarations du chef de l'Etat au cours de son interview, mercredi.

Article rédigé par
Thomas Pontillon, Antoine Deiana - Benoît Zagdoun
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Emmanuel Macron, le 14 octobre 2020 à la télévision, à l'occasion d'une interview sur la crise du Covid-19. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Des annonces très attendues et quelques déclarations sujettes à caution. En pleine reprise de l'épidémie de Covid-19, Emmanuel Macron s'est exprimé pendant 45 minutes, mercredi 14 octobre, au cours d'un entretien diffusé sur TF1 et France 2. Le chef de l'Etat a annoncé une série de mesures, notamment l'instauration d'un couvre-feu dans toute l'Ile-de-France et dans huit métropoles, pour tenter de freiner la progression du coronavirus. Mais le président de la République a aussi livré quelques affirmations qui méritaent d'être vérifiées.

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"Le couvre-feu est pertinent et on en a vu la pertinence en Guyane" : vrai

Ce qu'a dit Emmanuel Macron. "Le couvre-feu est pertinent. On en a vu la pertinence, très concrètement en Guyane. C'est ce qu'on a fait en Guyane et ça a permis de ralentir les choses."

Pourquoi c'est vrai. Depuis le 25 mars, les Guyanais doivent respecter un couvre-feu avec des modalités qui ont évolué au cours des mois. Au départ très strict, il a depuis été progressivement assoupli et, depuis le 25 septembre, l'interdiction de déplacement s'étend désormais de minuit à 5h du lundi au dimanche.

La mesure a été très efficace selon Clara de Bort, directrice de l'Agence régionale de santé Guyane : "On s'attendait à avoir fin juin 70 patients atteints du Covid-19 en réanimation (…) Et du fait du couvre-feu, nous avons bénéficié d'une réduction de moitié du pic d'hospitalisations en réanimation. Le couvre-feu a réduit immédiatement d'un tiers la circulation du virus et ça a eu un effet immédiat, c'est-à-dire que le jour même du couvre-feu vous commencez à être efficace"

A noter que, selon les chiffres de Santé publique France, le taux d'incidence guyanais la semaine dernière était de 41 pour 100 000 habitants alors qu'il était de 379 pour 100 000 habitants à Paris.

"Personne n'a réussi à faire de l'application un vrai outil d'alerte" : plutôt vrai

Ce qu'a dit Emmanuel Macron. "Quand je regarde nos voisins aujourd'hui et les cas qui ont été identifiés, par une telle application, même en Allemagne ou en Angleterre, [il y en a eu] très peu. Personne n'a réussi à faire de l'application un vrai outil d'alerte."

Pourquoi c'est plutôt vrai. A l'instar de la Française StopCovid, les applications de traçage des cas contacts connaissent des fortunes diverses en Europe. Elles rencontrent toutefois un certain succès dans plusieurs pays. En Islande, Rackning C-19 avait ainsi été téléchargée par 38% des 364 000 habitants de l'île, rapportait le magazine MIT Technology Review (page en anglais) en mai. En Suisse, pays de 8,6 millions d'habitants, SwissCovid a été téléchargée près de 2,5 millions de fois, selon le chef du Département fédéral de l’intérieur (qui gère notamment les questions de santé publique dans le pays) sur Twitter, début octobre. Plus de 1,6 million de personnes l'activent quotidiennement, d'après la RTS. Avec l'augmentation des contaminations, l'application est de plus en plus utilisée.

Mais une application très téléchargée n'est pas forcément une application très utilisée. En Italie, pays de 60,4 millions d'habitants, l'application Immuni a été téléchargée 8,1 millions de fois. Depuis mi-juillet, elle n'a pourtant envoyé que 7 361 notifications d'exposition à un risque de contamination. En Allemagne, la Corona-Warn-App cumule, elle, plus de 18 millions de téléchargements, mais sur les plus de 300 000 personnes contaminées, moins de 3% se sont enregistrées comme telles sur l'application, d'après Libération.

Au Royaume-Uni, NHS Covid-19 a certes été téléchargée par plus de 10 millions d'utilisateurs en seulement quelques jours, d'après Libération. Mais elle n'a été lancée que fin septembre, le pays ayant abandonné la première mouture jugée inefficace, et elle n'est active qu'en Angleterre et au pays de Galles, l'Ecosse et l'Irlande du Nord ayant des outils à part. 

"Les Pays-Bas ont plus de cas rapportés à leur population que nous" : vrai

Ce qu'a dit Emmanuel Macron. "Les Pays-Bas sont aussi dans une situation très préoccupante avec même plus de cas rapportés à leur population que nous, ils ont pris ces derniers jours des mesures très restrictives."

Pourquoi c'est vrai. C’est vrai concernant le nombre de cas rapportés à la population. Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (page en anglais), au 14 octobre, la France enregistre 307 cas positifs pour 100 000 habitants contre 412 cas aux Pays-Bas sur 14 jours.

Il est également vrai que les Néerlandais viennent de prendre des mesures restrictives. Depuis mercredi 14 octobre, les bars et les restaurants ont fermé leurs portes. Par ailleurs, les habitants ont l'obligation de porter le masque dans tous les espaces clos, alors que le gouvernement avait auparavant refusé d'adopter cette mesure. Le Premier ministre, Mark Rutte, a été clair : "Cela va faire mal, mais c'est la seule solution. Nous devons être plus stricts".

"On est aujourd'hui l'un des pays qui testent le plus en Europe" : vrai, mais...

Ce qu'a dit Emmanuel Macron. "On est aujourd'hui l'un des pays qui testent le plus en Europe."

Pourquoi c'est vrai, mais... La France pratiquait au 9 octobre 2,7 tests pour 1 000 habitants, selon les statistiques compilées par le projet Our World in Data (page en anglais), piloté par l'université d'Oxford. Ce niveau de dépistage la place certes parmi les pays européens qui testent le plus. Mais elle fait tout de même moins bien que l'Irlande (2,8), le Royaume-Uni (3,7), le Danemark (6,3) ou l'Islande (7,3). 

Hors du continent européen, d'autres nations font encore mieux. Les Etats-Unis réalisent 2,8 tests pour 1 000 habitants, la Russie 3,3, Israël 5,4 et les Emirats arabes unis 11,5.

Les tests antigéniques, "une innovation reconnue par l'OMS et la Haute Autorité de santé" : vrai

Ce qu'a dit Emmanuel Macron. "On a une innovation qui est arrivée ces derniers jours, reconnue par l'Organisation mondiale de la santé, la Haute Autorité de santé. Ce sont ce qu'on appelle ces tests antigéniques. (...) C'est en 15 à 30 minutes qu'on a le résultat."

Pourquoi c'est vrai. L'Organisation mondiale de la santé et la Haute Autorité de santé en France se sont prononcées en faveur de ces tests. Comme pour les PCR, il y aura toujours un prélèvement dans le nez, voire la gorge, avec un écouvillon mais ces tests ne nécessitent pas d'analyse en laboratoire, ainsi que l'expliquait franceinfo le 2 octobre.

Les résultats sont disponibles plus rapidement en "10 à 30 minutes", selon l'OMS (contre plusieurs jours pour les RT-PCR). Votre prélèvement sera mélangé à des réactifs puis appliqué sur une bandelette qui changera de couleur en fonction de la présence ou non du virus. Cependant, la fiabilité de ces nouveaux tests varie d'un modèle à l'autre. La Haute Autorité de santé recommande ce nouveau procédé dans les quatre premiers jours après l'apparition des symptômes, période durant laquelle ils sont les plus performants.

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