Vidéo Covid-19 : le nouveau président de la Ligue contre le cancer "en colère" face aux "retards au diagnostic" et aux "prises en charge"

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Le professeur Daniel Nizri a succédé à Axel Kahn, décédé au début du mois de juillet, à la présidence de la Ligue contre le cancer. Il alerte sur franceinfo sur les conséquences de la crise sanitaire du Covid-19 sur la situation des malades du cancer.

Le Pr Daniel Nizri, président national de la Ligue contre le cancer, qui a succèdé à Axel Kahn mort d'un cancer le 6 juillet, s'est dit mardi 27 juillet sur franceinfo "en colère" face à la dégradation des acquis des malades au motif de la crise sanitaire lié au Covid-19. Selon lui, "tous les patients qu'on aurait pu dépister, diagnostiquer et traiter aujourd'hui" le "paieront en termes de pronostic de qualité de vie à l'issue des traitements dans plusieurs années". 

franceinfo : Vous reprenez le flambeau en succédant à Axel Kahn. Dans quel état d'esprit êtes-vous ?

Je vais essayer d'en être digne. Je succède à Axel avec des sentiments très partagés. D'abord, la reconnaissance envers Axel Kahn, qui en 2 ans, a fait un travail prodigieux au sein de la ligue pour la renforcer et lui permettre d'accomplir ses missions. Un sentiment de confiance, car la Ligue est une association importante, forte de 103 comités qui sont sur le terrain au contact des populations. Près de 600 000 adhérents, 15 000 bénévoles, 600 salariés. C'est donc une véritable machine de guerre pour accompagner les populations et contre le cancer.  En même temps, de la détermination parce que les enjeux sont importants, indépendamment de la crise, mais aggravée par la crise. Et puis, mitigé parce qu'en fait, je suis assez en colère. Les trois plans cancer dont on oublie souvent que le premier est issu des États généraux des patients organisés par la Ligue en 1998, sous l'autorité de notre président d'honneur d'aujourd'hui, Henri Pujol, ont permis d'énormes avancées. Nous savions que ces avancées étaient inégales sur tout le territoire national, que ce soit la France hexagonale, la Corse ou l'outre-mer. Mais on en prend encore plus conscience aujourd'hui avec la dégradation de ces acquis au motif de la crise. 

Vous observez une forte dégradation ces derniers mois ?

 Axel Kahn en a parlé, y compris sur votre antenne, les retards au diagnostic, les retards aux prises en charge avec les déprogrammations. Il y a eu aussi les arrêts de l'éducation et la santé, les arrêts de toutes les procédures de dépistage, les arrêts de tout ce que l'on était capable faire avec les autres associations. Je mesure la difficulté de ceux qui ont réellement à gérer ces crises. Il est facile de porter des jugements de valeur sur ce qu'ils font quand on n'est pas aux affaires. J'ai eu la chance pendant une partie de ma carrière d'être aux côtés de ces décideurs et franchement, je ne me permettrais pas de critiquer ce qu'ils font en utilisant une expression triviale la tête dans le guidon. Ce qui me met en colère, c'est que tous ces progrès ne sont pas rentrés dans les usages. Finalement, les maladies chroniques, la prise en charge des patients chroniques, c'est devenu une espèce de variable d'ajustement de ce qu'on était capable de faire au motif de la priorisation de la crise.

La Ligue a pu chiffrer les conséquences dans la lutte contre le cancer ?

Ce que nous disons depuis un certain nombre de mois, c'est qu’en plus de tout ce que ça représente sur le plan humain et psychologique pour les personnes à qui on annonce des reports de rendez-vous, des reports d'interventions chirurgicales, les conséquences, on va les sentir dans 3-4 ans. Tous les patients que l'on aurait pu dépister, diagnostiquer et traiter aujourd'hui ou que l'on traite avec douze ou dix-huit mois de retard le paieront en termes de pronostic de qualité de vie à l'issue des traitements dans plusieurs années.

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