Vaccins : "La stratégie française est plutôt bonne, il faut être prudent", assure un virologue

Yves Gaudin, virologue, directeur de recherches CNRS à l’Institut de biologie intégrative de la cellule invite à la prudence alors que le Royaume-Uni est devenu mercredi le premier pays à approuver l'utilisation du vaccin de Pfizer - BioNTech.

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Le Royaume-Uni a été le premier pays à autoriser le vaccin de Pfizer-BioNTech, début décembre. (JOEL SAGET / AFP)

Yves Gaudin, virologue, directeur de recherche CNRS à l’Institut de biologie intégrative de la cellule, a estimé samedi 5 décembre sur franceinfo que "la stratégie française est plutôt bonne" vis-à-vis des vaccins contre le coronavirus. Alors que le Royaume-Uni est devenu mercredi le premier pays à approuver l'utilisation du vaccin de Pfizer - BioNTech, le gouvernement français préfère rester prudent. "C'est vrai qu'il faut être prudent, il faudra être très vigilant" , souligne le virologue notamment sur les effets secondaires possibles.

franceinfo : De quoi est-on sûr aujourd'hui pour les vaccins les plus avancés ?

Yves Gaudin : On a trois mois de phase 3. C'est sur la phase 3 qu’on va estimer l'efficacité des vaccins, c'est-à-dire qu’on va regarder non pas si les gens font juste des réponses anticorps, mais on va regarder si effectivement les gens dans une grande population, il y en a 30 000 à l'heure actuelle, ne vont pas développer la maladie. On a maintenant des évidences après trois mois qu’effectivement il y a une efficacité de ces vaccins qui varie, mais qui est plutôt bonne en général. Néanmoins, on a trois mois de recul, donc on ne sait pas ce qu'il en sera à six mois, un an. Pour l'instant, c'est encourageant, mais il faut s'assurer qu'il y a une efficacité sur la durée, au moins un an quand même. On ne va pas vacciner les populations tous les trois, quatre mois. Ce sera juste impossible.

Pour l'instant, on n'a pas eu d'effets secondaires, sinon les choses classiques lors de l'injection vaccinale. Parfois un peu de fièvre, parfois un peu de maux de tête. Mais ça, c'est assez classique. Ce n'est pas un vrai problème. Ce dont on veut aussi s'assurer, c'est qu'il n'y a pas d'effets secondaires qui pourraient apparaître avec le temps. Et donc, c'est pour cela que je trouve que globalement, la stratégie du gouvernement, celle qu'a présentée Emmanuel Macron, la stratégie française, est plutôt bonne. On avance prudemment et on va commencer à distribuer le vaccin dans les populations qui sont les plus à risque et qui sont bien sûr les personnes les plus âgées chez qui, de toute façon, le Covid-19 est très grave. Donc, le vaccin, pour elles, c'est vraiment un gros bénéfice.

Comment éviter de devoir faire des rappels trop fréquents dans la stratégie vaccinale ?

D'abord, c'est juste une question de difficulté logistique. On voit bien que déjà vacciner une population complète, c'est compliqué, alors s'il faut le refaire tous les trois, quatre mois, tous les six mois ou même tous les ans, c'est quand même assez lourd. Donc si effectivement on a une protection sur la durée, c'est bien. Mais encore une fois, il y a deux aspects dans ces phases 3, il y a l'aspect efficacité du vaccin et on commence à avoir des évidences qu'effectivement ces vaccins sont efficaces. Et ça, c'est plutôt une bonne nouvelle.

Dans la période actuelle, il faut prendre les bonnes nouvelles, mais, ce dont on veut aussi s'assurer, c'est qu'il n'y a pas d'effets secondaires. En général, les vaccins qui sont sur le marché à l'heure actuelle, je voudrais rassurer la population, ce sont des vaccins où on a un très grand recul dessus et ils sont très sécurisés. On voudrait avoir la même sécurité pour le vaccin coronavirus. La situation fait qu'on accélère un peu. Et c'est vrai qu'il faut être prudent quand même. Il faudra être très vigilant. Après les phases 3, il y a les phases 4 ce qu'on appelle les phases de pharmacovigilance où on s'assure qu'il n'y a pas de problèmes qui apparaîtraient dans la population, auquel cas évidemment, le vaccin serait retiré.

Il faut aussi s’assurer que les patients vaccinés puissent ne pas transmettre la maladie ?

Oui et cela reste à vérifier. Pour l'essai de BioNTech et Pfizer il y a 30 000 personnes, 15 000 ont reçu le placebo et 15 000 ont reçu le vaccin. Et donc, on regarde comment cela évolue : la population vraiment vaccinée versus la population placebo. Et on regarde si effectivement, ils développent moins la maladie. Effectivement, on va regarder à un moment si finalement il ne pourrait pas quand même contaminer leur entourage. Donc là, il y a beaucoup de suivis et beaucoup d'analyses à faire. Et puis, évidemment, au fur et à mesure que les vaccins vont être installés dans la population, progressivement, on va avoir des chiffres qui vont conforter ou infirmer certaines de nos observations. C'est pour ça que je trouve que la stratégie d'avancer avec prudence est plutôt bonne, de commencer par les Ehpad où de toute façon, on a vu, cela a été une catastrophe. Cette maladie est vraiment très violente. Quelqu'un de plus de 80 ans qui développe la maladie, son risque d'en décéder, est vraiment très élevé. Donc, le vaccin dans les Ehpad sera de toute façon un bénéfice important.

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