Vaccination contre le Covid-19 : "Nous sommes la risée du monde entier", regrette le directeur médical du Samu de Seine-Saint-Denis

"On devrait vacciner contre le Covid comme on vaccine contre la grippe et arrêter avec toutes ces procédures de précaution que l'on a avant de vacciner les gens", affirme Frédéric Adnet, directeur médical du Samu de Seine-Saint-Denis.

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Une dose de vaccin  Pfizer-BioNTech contre le Covid-19 (illustration). (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

"Nous sommes la risée du monde entier", regrette sur franceinfo Frédéric Adnet, directeur médical du Samu de Seine-Saint-Denis et chef des urgences de l’hôpital Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis), samedi 2 janvier, à propos de la lenteur de la campagne vaccinale en France contre le Covid-19. Il considère qu'il y a en France "un retard à l'allumage évident" en raison de "lourdeurs" administratives.

franceinfo : Que pensez-vous du retard de la France sur la campagne de vaccination ?

Frédéric Adnet : Nous sommes non seulement la risée de l'Europe, mais la risée du monde entier. J'ai regardé ce matin les statistiques mondiales des taux de vaccination, et de tous les pays du monde, on est les derniers. Pas seulement de l'Europe, mais du monde entier. C'est à mon avis catastrophique. Il y a un retard à l'allumage qui est évident avec, à mon avis, des procédures administratives qui sont surévaluées sur un médicament qui devrait être traité comme un médicament comme un autre. On devrait vacciner contre le Covid comme on vaccine contre la grippe et arrêter avec toutes ces procédures de précaution que l'on a avant de vacciner les gens.

Cela devient délirant, on commence à être ridicules. Je crois que la stratégie était la bonne. On commence par vacciner les gens les plus fragiles, les plus à risque, parce qu'on va commencer par sauver des vies. Et dans une deuxième phase, on va essayer d'arrêter l'épidémie en vaccinant tout le monde. Ce que je n'avais pas imaginé, c'est qu'en vaccinant les sujets les plus fragiles, on a une espèce de lourdeur, le consentement, les visites médicales, le temps de réflexion, qui fait que ça devient inefficace parce qu'on n'arrive pas à vacciner en masse ces patients. Donc, je pense qu'il faut complètement simplifier.

La stratégie adoptée par la France d'administrer deux doses du vaccin à chaque patient, contrairement au Royaume-Uni qui mise sur une dose unique, est-elle la bonne ?

Ce que l'on sait de manière sûre, c'est qu'après deux doses, on a une immunité qui est très solide et qui est même supérieure à l'immunité que l'on obtient si l'on contracte la maladie. L'autorisation de mise sur le marché a été donnée pour les deux doses. On ne possède pas, à l'heure où je vous parle, d'études qui compareraient l'immunité acquise après une dose versus deux doses. Ce que l'on peut imaginer, c'est peut-être de retarder la deuxième dose pour vacciner le plus de monde possible en urgence. Mais ce que j'ai lu dans les phases 3 des deux vaccins Moderna et Pfizer, c'est que les résultats solides ont été obtenus après deux doses. On n'a pas de résultats solides après une seule dose. Donc, je suis un peu étonné qu'on abandonne la deuxième dose au Royaume-Uni. Je comprends l'urgence de la situation. Peut-être qu'une solution intermédiaire serait de retarder simplement la deuxième dose pour vacciner au maximum la population de manière urgente.

Le ministre de la Santé a annoncé jeudi que les soignants de plus de 50 ans pourront finalement être vaccinés dès lundi, est-ce une bonne nouvelle selon vous ?

Il aurait même fallu commencer dès maintenant. On va être obligés d'attendre lundi, mais heureusement qu'on va un petit peu élargir les indications de la première phase. Je pense qu'il faut carrément le proposer à tous les soignants volontaires et faire ça très rapidement en donnant des lots aux hôpitaux. Moi, je suis prêt à mettre un box de mes urgences à disposition pour faire une vaccination H24 de tout le personnel de l'hôpital, ça ira vite. J'ai les moyens, j'ai le box et il manque simplement les doses des vaccins.

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