Vaccination contre le Covid-19 : "Est-ce qu'il ne serait pas temps d'accélérer ?", s'interroge l'épidémiologiste Philippe Amouyel

Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, plaide pour une accélération de la stratégie vaccinale en France. Moins de 100 personnes ont été vaccinées sur les trois premiers jours de la campagne de vaccination.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Daniel, 80 ans, se fait vacciner contre le Covid-19 à Dijon dans l'EHPAD de Champmailot. (PHILIPPE DESMAZES / POOL)

"Est-ce qu'il ne serait pas temps d'accélérer" la campagne de vaccination, s'interroge sur franceinfo l'épidémiologiste Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, et directeur de la Fondation Alzheimer. Il plaide pour une accélération de la stratégie vaccinale, pour "faire front sur plusieurs feux", notamment en ciblant "les soignants" et "les médecins" et "d'autres personnes qui sont âgées, qui sont à risque et qui ne sont pas nécessairement Ehpad".

franceinfo : Faut-il aller plus vite dans la stratégie vaccinale française ?

Philippe Amouyel : À mon avis, oui, il faut aller plus vite puisque c'est quand même le début de la fin du tunnel qu'on voit se projeter avec cette vaccination. Alors, je comprends tout à fait le plan qui a été fait, en particulier en ciblant les plus vulnérables, pour essayer d'alléger un peu la charge des hôpitaux et des services de réanimation. Cela aurait été intéressant, pour faire face à une troisième vague, de vacciner les soignants, de faire en sorte qu'un certain nombre de personnes exemplaires politique puissent se faire vacciner publiquement comme cela s'est fait dans d'autres pays. Et surtout, de mettre en œuvre un plan peut être plus rapide. Je comprends qu'il y a tout un tas de prévention, en particulier dans les Ehpad, mais est ce qu'il ne serait pas temps d'accélérer ? Comme le font d'autres pays, comme le fait Israël, comme le fait le Royaume-Uni, comme le font les Américains, comme le font les Allemands maintenant.

Selon le professeur Alain Fisher, cette vaccination au compte-goutte est due à un problème logistique, vous le comprenez ?

On peut comprendre que le problème est logistique quand on veut vacciner les gens dans les Ehpad. Mais est-ce qu'on ne pourrait pas avancer les autres phases un peu plus rapidement? Ou alors est-ce qu'on manque de vaccins, et on ne peut pas le faire maintenant. L'idée, c'est réellement de faire front sur plusieurs feux. Je pense que l'idée de vacciner les gens dans les Ehpad est une très bonne initiative. Mais la seule chose c'est qu'il ne faut pas que ce soit un frein à cause des problèmes logistiques. De plus on voit que les Anglais viennent d'approuver le vaccin d'AstraZeneca qui, lui, est plus simple à manipuler et en plus moins cher. Alors, est ce qu'il ne faudrait pas qu'on prenne une décision de ce type-là ? On a du mal à comprendre pourquoi on ne peut pas aller plus vite ou monter plutôt des phases en parallèle, puisqu'on pourrait commencer à vacciner les soignants.

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, lui explique aussi ce choix par le scepticisme de la population française, êtes-vous d'accord avec ce constat ?

Je crois qu'il y a des Français qui n'accepteront jamais la vaccination. On peut les comprendre, ils ont des raisons. C'est un pourcentage de la population. Ce qu'il faut, c'est qu'on atteigne deux tiers de la population française vaccinée. Du coup, il y a 40% qui semblent prêts à être vaccinés, alors profitons-en. Plus on en aura vaccinés en France, plus la perception du faible risque de ce vaccin, du grand rapport bénéfice risque sera évidente. Et il reste tous les indécis. Il y a une chose qui me marque pour cette année, c'est qu'on est tombé en rupture de stock de vaccins anti-grippe. Cela n'était jamais arrivé en France. Ça veut donc dire que les gens, quoi qu'on en pense, ont quand même une appétence par rapport à ces vaccins, un besoin de se faire vacciner parce qu'ils ont bien compris que c'était la seule façon de se sortir de ce cauchemar qu'on vit maintenant depuis bientôt un an. Il faudrait peut-être avancer là-dessus et présenter plus qui se passe à l'étranger. Parce qu'il y a déjà près de 4 millions de personnes qui ont été vaccinées, avec un nombre d'évènements compliqués extrêmement faible.

Est-ce qu'on est trop prudents, par exemple quand il s'agit de recueillir le consentement ?

On n'est jamais trop prudent. La seule chose, c'est que c'est compliqué. Est-ce qu'il faut faire des procédures accélérées? On sait que dans les Ehpad, on a un certain nombre de personnes qui ont des troubles des fonctions cognitives et intellectuelles qui nécessitent plus de temps, qui nécessitent de contacter des membres de la famille. Mais est-ce qu'on ne pourrait pas avoir un canal parallèle qui permette de vacciner d'autres personnes qui sont âgées, qui sont à risque, qui ne sont pas nécessairement Ehpad, mais qui pourraient bénéficier de cette vaccination? Il y a beaucoup de gens qui se disent prêts à être vaccinés, y compris les soignants, y compris les médecins. C'est vraiment un enjeu important sur les Ehpad, on est d'accord. La stratégie est probablement la bonne. Mais pourquoi ne pas l'étendre aux autres groupes ?

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.