Vaccination contre le Covid-19 : comment des personnes souffrant d'une comorbidité ont dû présenter un certificat pourtant pas obligatoire

La vaccination est désormais ouverte à tous les adultes présentant au moins une comorbidité, sans qu'ils aient besoin de présenter un certificat médical. Pourtant, certains centres demandent ce justificatif, comme le racontent les personnes interrogées par franceinfo.

Article rédigé par
Charlotte Causit - franceinfo
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 5 min.
Une salle d'attente pour les patients venus se faire de vacciner dans un centre parisien, le 27 avril 2021. (AMAURY CORNU / AFP)

La situation vire au casse-tête. Faut-il présenter un justificatif pour se faire vacciner contre le Covid-19 afin d'attester de son éligibilité, si on a entre 18 et 49 ans et qu'on présente une ou plusieurs comorbidités ? Non, affirme le gouvernement. Oui, d'après certains centres de vaccination.

Ce flou angoisse plus d'un patient depuis l'ouverture de la vaccination contre le Covid-19 à cette catégorie de la population, samedi 1er maiSur la liste mise en ligne par le ministère de la Santé figurent, entre autres, les personnes en situation d'obésité ou encore celles atteintes de diabète ou de problèmes cardio-vasculaires. Par ailleurs, il y est précisé que l'accès à la vaccination se fera sur "déclaration de leur(s) comorbidité(s)" et "sans nécessité d'une prescription médicale."

Une "attestation obligatoire" dans certains centres

Pourtant, des centres demandent de tels justificatifs. Pour Sophie, Parisienne de 45 ans interrogée par franceinfo, il a ainsi été très compliqué d'accéder à la vaccination. Après avoir cherché en vain un créneau libre, le 30 avril, sur Doctolib, la quadragénaire se décide à appeler des centres. Le premier lui répond qu'elle n'est pas prioritaire. "Je me suis permis de dire gentiment que, selon les annonces de monsieur Véran, j'étais éligible car j'avais un IMC à 32", rapporte-t-elle. Son indice de masse corporelle traduit en effet une obésité considérée comme modérée par l'Assurance-maladie, soit un des critères d'éligibilité retenus par le ministère de la Santé.

La secrétaire du centre se renseigne et finit par lui attribuer un créneau de vaccination. Las, quelques minutes plus tard, un mail informe la quadragénaire que le rendez-vous est annulé, le personnel lui affirmant de nouveau au téléphone qu'elle n'est "pas prioritaire". Sophie tente alors sa chance auprès d'un autre centre. La réponse s'avère différente.

"La personne du secrétariat m'a dit qu'il n'y avait aucun problème, mais qu'ils auraient en revanche besoin d'une attestation de mon médecin traitant."

Sophie, 45 ans

à franceinfo

Sophie profite d'un rendez-vous prévu avec son généraliste pour lui demander ledit papier. En arrivant au centre de vaccination, le 4 mai, elle lit l'affiche placardée à l'entrée : "Les patients de moins de 60 ans doivent obligatoirement avoir une ordonnance de leur médecin traitant." "On me l'a bien réclamée", assure-t-elle. 

Le scénario est similaire pour Maïté. La jeune femme de 33 ans pouvait prétendre à la vaccination compte tenu de sa surcharge pondérale, mais aussi de son rôle d'assesseuse lors des prochaines élections. Un centre de vaccination en Vendée accepte de lui donner un rendez-vous du fait à son IMC, mais, "à condition d'avoir un certificat médical", rapporte-t-elle à franceinfo. "On m'a dit que l'attestation sur l'honneur ne suffisait pas."

Maïté se tourne donc elle aussi vers son médecin généraliste qui lui fournit une attestation "d'éligibilité à la vaccination". Le lendemain, ce document lui est demandé par le médecin du centre. Ce dernier apprécie que ce soit une attestation Ameli et non une "simple ordonnance",  rapporte-t-elle, encore surprise.

Un "certificat d'éligibilité" qui agace

"J'ai été confronté à ces demandes", confirme à franceinfo Jacques Battistoni, président du syndicat de médecins généralistes MG France. "Il semble que certains centres de vaccination réclament ce certificat d'éligibilité." La situation agace le dirigeant syndical, car elle complique aussi selon lui la tâche des praticiens. "Ce n'est pas facile de le refuser aux gens. Ils ont peur d'être refoulés. Mais on ne peut pas prendre une ou deux heures par jour pour remplir ces certificats."

Le médecin juge qu'il est "tout à fait suffisant de faire une déclaration sur l'honneur stipulant qu'on présente une comorbidité et de venir au cas où avec ses ordonnances de traitement".

"C'est un abus. Le règlement ne dit pas ça. Il dit clairement qu'on fait appel à la responsabilité des gens."

Jacques Battistoni, président du syndicat de médecins généralistes MG France

à franceinfo

Agnès Maurin, présidente de la Ligue contre l'obésité, qui s'est engagée dès le début de la campagne vaccinale, fait part également de son mécontentement. Depuis vendredi, le standard de l'association reçoit les appels de personnes perdues, confrontées à des injonctions qui mènent parfois à des impasses.

"Cela n'a pas de sens, c'est une honte", tempête la directrice, qui voit là une énième expression d'une "grossophobie médicale". "On a eu plusieurs retours de gens à qui on a refusé la vaccination."

Des consignes contradictoires

Si la nouveauté que représente l'élargissement de la vaccination explique en partie cet imbroglio, un doute subsiste sur les consignes qui ont été fournies aux centres de vaccination. Christian Lehmann, médecin dans les Yvelines, a dévoilé le 2 mai sur Twitter un document de l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France mentionnant que l'accès à la vaccination se faisait pour ce public "sur présentation d'une attestation établie par un médecin".

A cette date, le site de l'Assurance-maladie faisait lui aussi mention d'une vaccination sur "prescription médicale". Une information retirée depuis, après une mise à jour. Contactée par franceinfo, l'ARS dit pourtant avoir demandé dès le 30 avril aux centres de vaccination de la région de ne pas demander de justificatif supplémentaire. Sur Twitter, le service de prise de rendez-vous Doctolib a rappelé le 3 mai qu'il n'y avait "pas besoin de prescription médicale".

Interrogée par franceinfo, l'Assurance-maladie renvoie vers le ministère de la Santé. Celui-ci, questionné sur les différences de traitement précise que si, en pratique, "une déclaration sur l'honneur suffit, rien n'empêche un médecin [d'un centre], par exemple si une consultation prévaccinale est nécessaire, de demander une preuve en cas de doute, sans que la démarche ne soit systématique". Le ministère poursuit : "Pour simplifier et fluidifier le parcours du patient, il est préférable de se munir d'un justificatif (ordonnance, prescription, etc.) lorsque le patient peut s'en procurer un facilement mais cela n'est pas une obligation."

Ces nombreuses consignes, parfois contradictoires, sont préjudiciables aux publics éligibles, estime Sophie. "Si je n'avais pas insisté, ni pris le temps d'appeler et d'aller chez mon généraliste, j'aurais abandonné et aurais attendu pour me faire vacciner."

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