Soignants non-vaccinés : "Cette réintégration n'est pas une réhabilitation", tempère Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale

Pour le professeur d'éthique médicale, l'éventuelle réintégration des soignants non-vaccinés contre le Covid-19 ne signifierait pas "une réhabilitation". Il plaide l'apaisement et souligne le "besoin de retrouver de la cohésion, du lien social, du respect réciproque".

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Alors que le Conseil scientifique se déclare "réservé" sur une éventuelle réintégration des soignants non vaccinés contre le Covid-19, leur réintégration "n'est pas une réhabilitation", a tempéré mercredi 20 juillet sur franceinfo Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale. Le Conseil souligne dans son avis rendu au gouvernement, publié mercredi, que la septième vague de l'épidémie reste "très présente". 700 infirmiers et moins de 80 médecins et pharmaciens sont concernés par cette question. Ce mercredi sur franceinfo, Mathias Wargon, chef des urgences Smur de l'Hôpital Delafontaine à Saint-Denis a dénoncé "le populisme" et "la démagogie" de LFI et du RN. De son côté, Emmanuel Hirsch estime que cette réintégration est "un choix politique" et n'est pas "une question populiste". Il plaide l'apaisement et souligne le "besoin de retrouver de la cohésion, du lien social, du respect réciproque".

franceinfo : Que pensez-vous de cette idée de réintégrer les soignants non vaccinés ?

Emmanuel Hirsch : C'est une question politique, un choix politique, dans la mesure où cela engage aussi l'image et le sérieux de ce qu'a été la gouvernance de la pandémie jusqu'à présent. Il faudrait que l'on anticipe les événements futurs et qu'il y ait un débat réel sur l'obligation vaccinale pour tous. Et d'un point de vue éthique, quand vous abordez toutes ces questions, quatre critères sont importants. C'est la nécessité. Est-ce que c'est nécessaire aujourd'hui ? Deuxième point, c'est la proportionnalité. Et puis vous avez aussi un critère qui est important, c'est la réversibilité d'une mesure, donc, la possibilité de discernement dans un contexte d'évolution, où l'on doit se préparer à nouveau à vivre avec le Covid-19. Et ce n'est pas apporter une caution aux gens qui ne se sont pas fait vacciner. Dernier point : vous avez un avis du Comité consultatif national d'éthique de septembre 2021qui porte sur la santé publique, qui dit, pour qu'il y ait consentement, il faut qu'il y ait concertation. Peut-être que l'urgence, c'est la concertation. Et quand j'ai entendu Mathias Wargon parler du côté populiste, ce n'est pas une question populiste. C'est une question d'acceptabilité de mesures qui sont difficiles.

Est-ce que vous plaidez plus l'apaisement pour réintégrer ces soignants ?

On est dans une société fragilisée, fracturée. On a besoin de retrouver de la cohésion, du lien social, du respect réciproque, de la responsabilisation, et je ne pense pas que cela se fasse en jetant le discrédit et l'anathème sur des personnes qui, au tout début de la crise, sont allés sur le terrain, dans les Ehpad, dans les services hospitaliers sans le moindre soutien, sans les moindres moyens. 

"Ces soignants ont été souvent considérés comme des héros. Et du jour au lendemain, les répudier d'une manière aussi rapide et brutale me pose problème".

Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale

franceinfo

Vous ne relativisez pas l'efficacité vaccinale ?

Je ne la relativise pas. J'ai été attentif à la position de l'Académie nationale de médecine. Très rapidement, elle disait en mars 2021 que la vaccination des soignants est quelque chose d'obligatoire. Et rappelez-vous que même le 25 mai 2021, on parlait d'obligation. Elle disait que l'obligation pour l'ensemble de la population ne doit pas être considérée comme un gros mot. Donc je comprends cette logique. Je comprends cette rigueur et cette fermeté. D'autant plus qu'il y a eu quand même 300 décès de personnes à la suite d'infections nosocomiales, c'est-à-dire de personnes hospitalisées. Que l'on ne donne pas dans mon intervention le sentiment de regarder à la légère une situation difficile qui est délicate. Mais je pense que l'on a besoin d'apaisement. Et sachez qu'il y a aujourd'hui des professionnels qui, parce que l'on manque d'équipes, sont quelquefois contaminés eux-mêmes, portent des masques, certes, mais qui sont amenés à intervenir alors que logiquement, ils ne devraient pas le faire. Il faut aujourd'hui un petit peu de discernement.

Est-ce que l'argument qui consiste à dire que ces personnels sont "indispensables" tient encore ? On parle de 700 infirmiers, de moins de 80 médecins et pharmaciens.

D'autant plus que vous avez parmi ces personnes des gens qui ont refait leur vie, c'est-à-dire qu'ils ne reviendront plus dans la sphère de la santé. Donc, je pense qu'il y a un désenchantement général. Il ne s'agit pas de dire à ces personnes, vous n'avez pas assumé une responsabilité. Il s'agit en rien de les excuser. Dans la position de l'Académie nationale de médecine, on dit que ça serait une faute de revenir sur cette position. Je ne dis pas que je conteste cette position, mais il n'y a pas à culpabiliser les gens. Ce sont des gens qui, à un moment donné, ont pris une décision et je pense qu'ils seraient susceptibles de voir les choses différemment, si on leur témoignait une certaine forme de sollicitude aujourd'hui. Cette réintégration n'est pas une réhabilitation. C'est la possibilité de ne pas laisser les personnes exclues du débat que nous devons avoir tous aujourd'hui par rapport au futur.

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