"Pour l’instant je n’ai pas confiance" : en Russie, le vaccin Spoutnik V contre le Covid-19 suscite encore beaucoup de réticences

Seules six millions de doses ont été administrées en trois mois alors que l'objectif des autorités est 20 millions de Russes vaccinés d'ici fin mars. Le vaccin russe, toujours soumis à étude par l'Union européenne, a été homologué trop vite estiment de nombreux Russes.

Article rédigé par
Claude Bruillot - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Un soignant palestinien montre une boîte de vaccin russe Spoutnik V. Ces doses ont été fournies par les Émirats arabes unis, en mars 2021. (SAID KHATIB / AFP)

L'Europe n'a pas besoin du vaccin russe Spoutnik V, estime Thierry Breton, le commissaire européen au marché intérieur, alors que le vaccin russe est toujours à l'étude par l'Agence européenne du médicament. Et même en Russie, Spoutnik V suscite encore bien des réserves : seules huit millions de doses ont été administrées dans le pays en trois mois de campagne quand l’objectif de départ était de 20 millions de russes vaccinés fin mars. Dans un pays déconfiné depuis juin 2020, la motivation pour se faire vacciner est au plus bas.

>> Spoutnik V : reportage dans le laboratoire de fabrication du vaccin russe

Dans le café où nous rencontrons Alexei, sur Prospekt Vernadskovo, au sud-ouest de Moscou, l’atmosphère est détendue. Ni la serveuse, ni le barman ne portent leur masque. Danseur professionnel de 39 ans au sein de la compagnie Stanislavski, Alexei raconte qu’il a été l’un des premiers à recevoir un SMS de sa direction l’invitant à se faire vacciner. Une année de Covid est passée. Alexei dit qu’il n’a jamais été malade. Et il se reconnaît parfaitement dans les 62% de Russes qui déclaraient en février à l’institut d’études indépendant Levada ne pas être prêts à se faire vacciner avec Spoutnik V : "Concernant le vaccin, je veux encore regarder les gens qui sont vaccinés pour voir s’il y a des effets secondaires. Pour l’instant, je n’ai pas confiance. Parce que ce vaccin a été fabriqué de manière précipitée, pour être les premiers au monde à le présenter."

La Russie avait annoncé dès août, avant même des essais cliniques à grande échelle, l'efficacité de Spoutnik V, suscitant des doutes au sein de la communauté scientifique internationale. Depuis, une étude publiée en février par la revue médicale The Lancet et validée par des experts indépendants a estimé que le Spoutnik V était efficace à 91,6% contre les formes symptomatiques du Covid-19.

Aucune campagne massive appelant à se faire vacciner

Pourtant, trois mois après le début de la campagne de vaccination, seuls 700 000 Moscovites ont, par exemple, été vaccinés. Le docteur Sophie Andréoli, installée depuis 20 ans dans la capitale russe, a suivi, en lien avec la pandémie, près de 600 patients en 12 mois. Pour elle, les réticences locales vis-à-vis du vaccin russe n’ont rien de surprenantes et ne sont que temporaires : "Il faut revenir à ce qu’a été la politique des autorités sanitaires russes qui a consisté à laisser circuler le virus dans une certaine tranche de la population, raconte-t-elle. Décembre, janvier et février sont des mois où on a eu beaucoup de malades. Ces gens ne se font pas vacciner, et cette grande quantité de malades explique que nous avons eu ici une vaccination plus lente. Mais dans les mois à venir, ce sont des gens qui peut-être vont se faire vacciner pour continuer à être immunisés."

Pourtant, aucune campagne massive appelant les Russes à se faire vacciner n’est véritablement développée aujourd’hui pour accélérer le processus. À cela une raison très simple, c’est la pénurie de Spoutnik V qui pose problème dans une quinzaine de régions, dont la Crimée. À ce rythme-là, l’objectif de Vladimir Poutine de vacciner 20 millions de Russes avant la fin mars, ne sera atteint que fin juillet. 

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