Le pass sanitaire à l'hôpital "va créer des tensions inutiles", affirme l'urgentiste Christophe Prudhomme

Le porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France estime qu' "aujourd'hui, l'hôpital est une cocotte-minute".

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Radio France
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Christophe Prudhomme, médecin urgentiste et porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), lors d'une conférence de presse le 12 septembre 2019 à Paris. (LUC NOBOUT / MAXPPP)

Le pass sanitaire à l'hôpital "va créer des tensions inutiles", a affirmé vendredi 6 août sur franceinfo Christophe Prudhomme, médecin au Samu 93, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France, et membre de la direction CGT Santé, alors que Sud Santé et la CGT ont appelé à une grève nationale contre l'obligation vaccinale et le pass sanitaire. Pour Christophe Prudhomme, que le Conseil constitutionnel "n'ait pas invalidé cette décision d'imposer le passage sanitaire aux patients" s'apparente à un "refus de soins". S'il y a "quelques anti vaccins", parmi les soignants, "ils sont très minoritaires", assure par ailleurs l'urgentiste. "Le problème, c'est la méthode utilisée par le gouvernement qui choque les soignants", souligne Christophe Prudhomme.

franceinfo : Est-ce que vous comprenez les appels à la grève ?

Christophe Prudhomme : Tout à fait. Bien sûr, il faut que les soignants se fassent vacciner. Mais l'obligation a été très mal ressentie par les soignants. Les soignants ont été obligés de travailler quand ils étaient positifs. On leur expliquait qu'en respectant les gestes barrières, on ne risquait pas de contaminer les patients. Il fallait continuer à travailler. Un autre sujet nous inquiète. Je suis assez étonné que le Conseil constitutionnel n'ait pas invalidé cette décision d'imposer le pass sanitaire aux patients qui viendraient pour des rendez-vous programmés à l'hôpital. C'est quasiment un refus de soins. Et qui va gérer l'accès à l'hôpital ? Quelle est la qualification de l'agent de sécurité pour vérifier que le patient peut rentrer ou pas dans l'hôpital ? C'est complètement irresponsable de la part du Conseil constitutionnel d'avoir validé cette mesure. Et c'est particulièrement étonnant que le ministre de la Santé, qui est lui-même médecin, ait imposé cette mesure qui est contestée, y compris par le Conseil de l'Ordre des médecins.

Craignez-vous que la mise en place de cette mesure créée des complications ?

Cela va créer des tensions inutiles à l'hôpital. Aujourd'hui, l'hôpital est une cocotte-minute. Les personnels sont très énervés d'être maltraités par le gouvernement. Le Ségur n'a rien réglé. Le service statistique du ministère vient de sortir hier des données qui montrent que le nombre de personnels à l'hôpital a diminué en 2017 et en 2018. On attend encore les chiffres pour 2019 et 2020. Ce sont les chiffres du ministère : -0,3 % de personnel à l'hôpital en 2017, -0,4 % en 2018. C'est une des raisons pour lesquelles l'hôpital aujourd'hui est en difficulté. Donc, il faudrait qu'on ait un peu plus de bienveillance et d'écoute de la part du gouvernement pour les revendications des personnels qui étaient présents avant même l'épidémie.

Les soignants vont-ils venir à la vaccination ?

Oui, les soignants vont y venir. Les soignants sont représentatifs de la population. Nous avons quelques anti-vaccins, mais ils sont très minoritaires. Le problème, c'est la méthode utilisée par le gouvernement qui choque les soignants, ce n'est pas l'objectif. Je travaille en Seine-Saint-Denis. Le problème, c'est que les pauvres, et en particulier les pauvres les plus âgés, sont moins bien vaccinés que les riches. Dans mon département, on a un taux de vaccination de la population, et en particulier la population de plus de 80 ans qui est particulièrement à risque, qui est très inférieur à la moyenne nationale. Il serait bien que le gouvernement se focalise sur ces trous dans la raquette qui sont dénoncés y compris par l'Organisation mondiale de la santé. La France n'est pas le bon élève de la vaccination.

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