Le défi de la vaccination contre le Covid-19 des sans-abri : "Quand on vit dans la rue, prendre rendez-vous sur Doctolib, c'est très compliqué"

Parmi les prochaines étapes de la campagne de vaccination contre le Covid-19, il y aura celle des plus précaires. Le ministère de la Santé envisage avec les acteurs associatifs de leur proposer le vaccin unidose de Janssen.

Article rédigé par
Erwan Chassin - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Illustration vaccination contre le Covid-19. (CHRISTOF STACHE / AFP)

Roger, au grand manteau kaki, a l’habitude de s’assoir devant l’entrée de la gare Montparnasse. À 50 ans, la vaccination contre le Covid-19 ce n’était pas sa priorité, mais il y a eu accès par un concours de circonstances. "C'est parce que j'ai fait un malaise donc j'ai atterri à l'hôpital Saint-Joseph et ils m'ont vacciné direct", explique le sans-abri. Il reconnaît qu'il ne serait certainement pas vacciné s’il n’était pas tombé.

Alors qu'Emmanuel Macron a annoncé, jeudi 6 mai, que toutes les personnes majeures pourront prendre rendez-vous à partir de mercredi si des doses de vaccin sont disponibles, la question de la vaccination des plus précaires et notamment des sans-abris se pose.

>> "On est déjà des virus pour les gens" : les sans-abris, grands oubliés de la crise sanitaire du Covid-19

Par exemple, Odette a 70 ans. Cette sans-abri est donc éligible à la vaccination mais faudrait-il déjà qu’elle puisse y avoir accès. "Je n'ai pas Internet, ça ne m'intéresse pas du tout. Je suis de l'ancienne école", lance-t-elle. 

Sans internet, quelquefois sans téléphone, c'est souvent mission impossible pour les sans-abris de prendre rendez-vous pour se faire vacciner dénonce Euphrasie Kalolwa, de l’association Médecins sans frontière : "Le rendez-vous en ligne ou les appels téléphoniques, quand on est à la rue ce sont des choses qui sont très compliqués. On ne s'en rend pas compte parce que l'on vit avec internet à la maison ou au travail. On peut recharger notre téléphone comme on veut, autant qu'on veut. On a des forfaits qui ne nous restreignent pas sur le nombre d'appels. Mais quand on vit dans la rue, qu'on n'a pas de téléphone, qu'on n'a pas d'électricité pour recharger son téléphone et qu'on n'a pas Internet, prendre rendez-vous sur Doctolib, c'est très compliqué."

Méfiance envers les autorités

D'ici une dizaine de jours, avec l’appui des acteurs associatifs, le ministère de la Santé assure que les publics les plus précaires accèderont à la vaccination grâce au vaccin Janssen à une dose. Un vaccin très attendu. "Comme on est, sur la plupart des vaccins, sur des doubles doses, comment faire pour s'assurer qu'ils auront accès à leur deuxième dose ? C'est pour ça que ce vaccin porte un peu des espoirs puisqu'effectivement, si on peut vacciner avec une seule dose cela règle le problème de la deuxième dose et du suivi entre les deux doses", explique Euphrasie Kalolwa.

Mais ce n’est pas tout d’avoir en sa possession le vaccin, il faudra ensuite convaincre. "Ce n'est pas forcément très simple avec des publics qui, comme ils ont été délaissés par les autorités publiques pendant des années, ont développé une méfiance envers les autorités publiques, explique Euphrasie Kalolwa. Il y a aussi cette thématique de la sensibilisation qui peut poser problème."

Reste maintenant à définir leur nombre exact, les associations parlent de 350 000 personnes en grande précarité dans le pays, mais tout cela sans certitude.

La difficile vaccination des sans-abri : reportage d'Erwann Chassin
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