Immunité collective : "Le vaccin aide, mais ne suffit pas", estime le chercheur Samuel Alizon

Samuel Alizon estime que les vaccins contre le Covid-19 ne suffisent pas à "assurer une disparition du variant Delta", mais le chercheur spécialisé dans la modélisation des maladies infectieuses estime qu'ils protègent "à 80,90%" contre les formes sévères de la maladie. 

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Radio France
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 Une soignante prépare une seringue pour la vaccination contre le Covid-19. (JÉRÔME COLLIN / FRANCE BLEU BERRY)

"Ce qui est certain, c'est que le vaccin aide mais ne suffit pas", a affirmé mardi 7 septembre sur franceinfo Samuel Alizon, directeur de recherches au CNRS, spécialisé dans la modélisation des maladies infectieuses, alors que l'Institut Pasteur a publié lundi de nouvelles prévisions mitigées sur l'évolution de l'épidémie de Covid-19.

Le grand nombre de vaccinés limite la circulation du virus, mais ces effets risquent d'être annulés par la contagiosité du nouveau variant. L'Institut souligne que le variant Delta résiste plus que ses prédécesseurs aux vaccins anticovid, même si ces derniers évitent toujours largement les formes graves. Pour Samuel Alizon, il faut "investir dans la prévention" pour espérer "atteindre une immunité collective".

franceinfo : Est-ce que l'espoir d'une immunité collective a disparu ?

Samuel Alizon : Ce qui est certain, c'est que le vaccin aide mais ne suffit pas. On pense aujourd'hui que le vaccin divise par deux le risque d'être infecté. Il divise aussi par deux le risque de transmettre le virus si vous êtes infectés. Donc cela fait une division par quatre. Ce n'est pas suffisant pour assurer une disparition du variant Delta. Mais le vaccin est très efficace sur les formes sévères. Là, vous avez 80 à 90% de protection.

Par rapport à l'ambition initiale d'une immunité collective, qu'est-ce qui a tout changé ? Le variant Delta, la trop lente campagne de vaccination ou un peu des deux ?

C'est un peu des deux. Le variant Alpha était déjà plus transmissible que les variants originels. Ce n'était déjà pas gagné. Mais il faut voir que la notion d'immunité collective dépend du contexte. Si on investit dans la prévention, dans la ventilation, dans l'aération, tout cela va rendre la transmission du virus plus compliquée. Tout cela peut aider à atteindre une immunité collective. La vaccination seule ne suffit pas. Il est urgent d'investir dans la prévention. Et c'est de l'argent qui ne sera pas perdu de toute façon. Ce sera efficace aussi contre les autres infections respiratoires comme la grippe.

Qu'est-ce que change le fait de ne pas atteindre l'immunité collective ?

Il faut explorer les pistes. La prévention, c'est celle qui nous semble la plus juste, socialement, économiquement, démocratiquement. Il y a d'autres pistes. On peut envisager d'investir dans le système hospitalier pour pouvoir laisser passer des vagues. Il y a évidemment la recherche, que ce soit en immunologie, mais aussi pour le développement de traitements. A partir du moment où l'on a des traitements qui permettent de limiter les formes graves, cela soulage aussi les services hospitaliers. Il y a plusieurs pistes qu'il faut explorer d'urgence pour éviter d'en revenir à une situation attentiste où l'on attend le dernier moment, de ne plus avoir d'autre possibilité que de confiner. Il faut vraiment anticiper cela.

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