Covid-19 : "Le reconfinement est la seule mesure crédible pour contenir l'épidémie", estime le professeur Djillali Annane

Aujourd'hui dans son service de réanimation de l'hôpital de Garches, "quasiment 100%" des patients souffrent du Covid-19. "On se prépare à une déferlante", assure le chef de service.

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Dans les rues quasi désertes de Paris en plein confinement, 8 avril 2020. (VICTOR VASSEUR / RADIOFRANCE)

"Sur le plan médical, le reconfinement est la seule mesure crédible pour contenir l'épidémie" de Covid-19, a déclaré mercredi 27 janvier sur franceinfo le professeur Djillali Annane, chef du service de réanimation de l'hôpital Raymond Poincaré à Garches, dans les Hauts-de-Seine. Dans le bilan avantages-inconvénients, le professeur Annane est "convaincu que la balance penchera du côté des avantages et que l'on va reconfiner, le plus tôt sera le mieux"

franceinfo : À quoi ressemble votre service de réanimation ces derniers jours ?

Djillali Annane : Il ressemble de plus en plus à ce qu'il ressemblait il y a presqu'un an, au moment où l'épidémie démarrait, il s'est à nouveau rempli de patients ayant des formes graves de la Covid-19. Depuis un an, on a connu des moments de tensions très vives, des moments plus calmes. Depuis à peu près un mois, on est de nouveau dans un moment de tension très vive qui nous amène à redoubler de vigilance. La principale différence, c'est que nous avons maintenant cette année de fatigue et d'épuisement sur nos épaules. Et puis, assez peu de perspectives sur la capacité de renfort. On est resté sur le pont pendant les fêtes de fin d'année parce qu'on était déjà dans une montée progressive du nombre de cas et du nombre d'admissions. Fin décembre, environ 60 % de nos patients étaient déjà des patients atteints du Covid-19, contre aujourd'hui quasiment 100%. On devrait pousser les murs. Malheureusement on ne peut pas le faire parce qu'on n'a pas les renforts humains pour le faire.

Pensez-vous que le couvre-feu tel qu'il est en place aujourd'hui ne suffira pas à freiner l'épidémie ?

Le couvre-feu est une mesure qui est partiellement efficace. Elle a permis de ralentir, de contenir un peu la progression de l'épidémie. Et ça se fissure maintenant, ça commence à s'accélérer, on le voit sur le nombre de sollicitations qu'on a dans le service qui, chaque jour, sont plus nombreuses. On se prépare à une déferlante.

D'après vous, on n'échappera pas à des mesures plus dures ?

Sur le plan médical, le reconfinement est la seule mesure crédible pour contenir l'épidémie. A un moment donné, dans la balance des avantages et des inconvénients à reconfiner, je suis convaincu que la balance penchera du côté des avantages et que l'on va reconfiner, le plus tôt sera le mieux.

Pensez-vous qu'un reconfinement serait accepté aujourd'hui par l'opinion publique ?

Personne ne peut se réjouir d'un confinement ou d'un couvre-feu. Mais on peut l'accepter dès lors qu'on le comprend, parce que l'on a toutes les informations, toutes les données, qu'il y a de la transparence sur les mesures, que l'on comprend pourquoi les mesures sont prises. Aujourd'hui, on a cette difficulté : les décisions sont prises à huis clos au niveau du conseil de défense. On ne connaît pas tous les éléments et tous les déterminants qui ont abouti à la décision qui est prise. Et ça, je pense que c'est générateur d'angoisse dans la société et dans la population et que c'est probablement un des éléments qui fait que les décisions de confinement sont aujourd'hui redoutées par une majorité de Français. La seule mesure que je connaisse du point de vue médical et scientifique, c'est le confinement. Et le confinement doit être associé à des mesures qui vont permettre un déconfinement efficace. Et notamment dans ces mesures, il y a le recours à la vaccination massive, qui est une condition sine qua non de l'efficacité du confinement, y compris sur son impact psychologique, social et économique.

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