Covid-19 : cinq questions sur le variant Delta, dont le nombre de cas augmente chaque semaine en France

Si les chiffres de l'épidémie de Covid-19 sont encourageants sur le territoire français, le variant Delta, identifié en Inde, inquiète. Plus contagieux que le variant jusqu'alors dominant dans l'Hexagone, le variant Alpha identifié au Royaume-Uni, cette version du virus a été détectée dans plusieurs foyers de contamination en France. 

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Des soignants de la Protection civile dans un centre de dépistage, à Broons (Côtes-d'Armor), le 5 mai 2021.  (MARTIN BERTRAND / HANS LUCAS / AFP)

Il sévit de plus en plus en Espagne, en Allemagne, en Belgique, au Portugal... Après s'être imposé en Inde puis en Angleterre, où il est désormais dominant, le variant Delta du Covid-19 – autrefois surnommé "variant indien" – semble s'installer lentement mais sûrement sur le territoire français. Voici les réponses à cinq questions que vous vous posez peut-être sur lui. 

1Quelle est sa prévalence sur le sol français ? 

Le variant Delta représente actuellement "entre 2 et 4% des cas positifs" de Covid-19 dépistés en France, soit "50 à 150 nouveaux diagnostics" par jour, a indiqué mardi le ministre de la Santé, Olivier Véran. Il concernait 0,5% des cas trois semaines plus tôt. "C'est peut-être encore peu, mais c'était la situation anglaise il y a quelques semaines", a-t-il ajouté, rappelant que le variant Delta "représente plus de 90% des cas en circulation" outre-Manche, où l'épidémie est repartie "sur une trajectoire ascendante", avec "quasiment deux fois plus de cas quotidiens" que dans l'Hexagone.

Dans le dernier point épidémiologique hebdomadaire daté du 10 juin, Santé publique France assure que le variant Alpha (autrefois baptisé "variant anglais", en raison de son apparition au Royaume-Uni) est toujours majoritaire en métropole. Le variant Delta était quant à lui "très rarement détecté au 25 mai" mais avec une "tendance à l'augmentation du nombre de cas et de clusters liés à des transmissions autochtones". Ainsi, une campagne de dépistage massif a été organisée à Evry (Essonne) après la découverte vendredi 11 juin de six cas de ce variant dans un collège. A Strasbourg, la Haute Ecole des arts du Rhin a fermé ses portes jeudi 10 juin au soir, après que des professeurs et des élèves ont été testés positifs au variant Delta. De même, deux personnes ont été testées positives mardi 15 juin au CHRU de Tours.

Enfin, ce variant représente environ 30% des contaminations dans les Landes, a expliqué la préfète Cécile Bigot-Dekeyzer lors d'un point-presse, mardi. A l'échelle du département, "on a 114 cas avérés, c'est-à-dire séquencés et criblés", et 134 cas "probables", contre une trentaine de cas avérés une semaine plus tôt, a détaillé Didier Couteaud, délégué départemental de l'Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine. "Le variant Delta progresse mais on est dans une baisse du nombre de cas positifs dans le département. C'est que ce variant 'mange les autres'", a-t-il expliqué, n'écartant pas "la théorie d'une mutation locale de ce variant".

Ainsi, pour l'épidémiologiste Pascal Crépey, cité par l'AFP, ces clusters ne sont que "la partie émergée de l'iceberg". "Si on détecte ce variant sans lien avec l'étranger, cela indique qu'il y a peut-être un début de circulation sur le territoire". Il rappelle notamment que le variant Alpha avait démarré de façon similaire : "On en avait moins de 1% en janvier et aujourd'hui il est largement dominant", rappelle-t-il.

2Est-il plus dangereux que le variant Alpha ? 

En Angleterre, où le variant a été observé de près, les autorités ne relèvent pas d'augmentation significative du nombre de cas graves. Cela peut notamment s'expliquer par le taux de vaccination important outre-Manche chez les personnes âgées et vulnérables. Plus jeunes et en meilleure santé, les personnes infectées par ce variant ont de toute façon moins de risque de faire une forme sévère de la maladie.

En revanche, sa contagiosité est bien supérieure à celle du variant Alpha, ce qui le rend particulièrement redoutable. D'autant qu'il se distingue par des symptômes proches du rhume classique ou de la grippe : des maux de tête, de gorge, ainsi qu'un écoulement nasal et de la fièvre. Pour Tim Spector, professeur d'épidémiologie génétique au King's College de Londres, et auteur d'une étude sur le sujet relayée par The Guardian*, "les gens peuvent penser qu'ils ont juste un rhume saisonnier, donc ils se rendent à des fêtes… On pense que cela alimente une grande partie du problème." 

3Peut-il entraîner une nouvelle vague ? 

C'est un risque. Et pour cause, "le variant indien a comme caractéristique un taux de transmission qui est nettement plus élevé, 50% de plus", a précisé Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique, invité le 8 juin sur le plateau du "20 heures" de France 2. Néanmoins, l'Angleterre, où le variant Delta est dominant, "reste avec un taux relativement bas de circulation du virus. On a un nouveau variant [mais] c'est en partie contrôlé", notamment en raison de la vaccination.

Pour le professeur, nul doute que le variant Delta s'imposera également en France dans les prochaines semaines : il "va, probablement au cours de l'été, apparaître de façon plus importante, puis remplacer le variant anglais, dit Alpha, comme ce qu'il s'est passé en Angleterre", a-t-il déclaré, avant d'ajouter, rassurant : "Mais en face de lui, il va avoir une sorte de bloc qui va être les personnes vaccinées." Dès lors, s'il a estimé qu'une quatrième vague était possible à l'automne, Jean-François Delfraissy a également relevé que le taux de vaccination alors atteint devrait considérablement influer sur l'ampleur de cette vague.  

4Quelle est l'efficacité des vaccins contre ce variant ? 

Selon une étude réalisée par les autorités britanniques et publiée début juin dans la revue médicale The Lancet*, le niveau d'anticorps neutralisants chez des personnes vaccinées avec deux doses de Pfizer/BioNTech est près de six fois moins élevé en présence du variant Delta qu'en présence de la souche historique du virus – qui a servi à concevoir les vaccins. Une autre étude, menée en France par l'Institut Pasteur, va aussi dans le sens d'une protection diminuée, concluant que les anticorps neutralisants produits par la vaccination avec Pfizer/BioNTech sont trois à six fois moins efficaces contre le variant Delta que contre le variant Alpha.

Cependant, les premiers résultats en population réelle viennent relativiser ces chiffres. Ainsi, selon des données dévoilées lundi par les autorités britanniques, la vaccination avec Pfizer/BioNTech et AstraZeneca est aussi efficace pour empêcher les hospitalisations – soit une efficacité de plus de 90% – quand il s'agit du variant Delta que quand il s'agit du variant Alpha. De précédentes données officielles anglaises communiquées fin mai indiquaient que le vaccin de Pfizer/BioNTech offre une protection de 88% contre une forme symptomatique du variant Delta, contre 93,4% contre une forme symptomatique du variant Alpha. Dans le cas du vaccin d'AstraZeneca, cette protection passe de 66% à 60%.

Mais attention, après une seule injection d'un de ces deux vaccins, cette protection contre le variant Delta n'excède pas respectivement 36% et 30% – contre environ 50% contre le variant Alpha. Selon l'étude de l'Institut Pasteur, une dose unique d'AstraZeneca serait même "peu ou pas du tout efficace" contre le variant Delta. Cette nécessité de recevoir les deux doses du vaccin semble confirmée par l'expérience des clusters des Landes : 66% des positifs au variant Delta du département ne sont pas vaccinés, a précisé mardi Didier Couteaud, de l'ARS Nouvelle-Aquitaine. "Moins de 10% d'entre eux ont un schéma vaccinal complet [de deux doses] qui, pour certains, ne date pas forcément de 15 jours [avant contamination]", a-t-il précisé.

Quant au vaccin de Janssen, qui s'attribue avec une dose unique, on ne dispose pas de données spécifiques sur son efficacité contre le variant Delta.

5Qu'est-il mis en place pour arrêter sa progression ? 

Face au risque que les gens soient insuffisamment protégés contre le variant Delta si leur vaccination n'est pas complète, le gouvernement britannique a décidé lundi 14 juin de réduire l'intervalle entre les doses, de 12 à 8 semaines pour les plus de 40 ans. En France, cet écart a également été réduit mardi, pouvant descendre à trois semaines – contre un minimum de cinq semaines auparavant – pour les vaccins de Pfizer/BioNTech et Moderna. 

Mais la vaccination n'est pas le seul levier : "En France, on attend ce variant et on a de quoi le diagnostiquer, prévenait dès le 8 juin Jean-François Delfraissy. On a tous les outils [pour traquer ce variant] et, depuis cette semaine, on a une technique qui permet d'aller dépister de façon très ponctuelle ce variant." Or, repérer les cas efficacement est indispensable pour casser les chaînes de transmission. Depuis lundi, les tests PCR de criblage ciblent trois mutations du virus afin de tenir compte de la trop grande diversité des variants, explique Le Monde.

Dans les Landes, la préfète Cécile Bigot-Dekeyzer a expliqué que le "plan d'action" mis en place la semaine précédente reposait sur "trois piliers : tester-alerter-protéger". Au niveau des dépistages en milieu scolaire, 5 000 tests vont être réalisés cette semaine (6 000 la semaine dernière), a expliqué la direction académique des Landes.

Par ailleurs, l'Allemagne et la France imposent une quarantaine à tous les voyageurs britanniques pour éviter la propagation de ce variant. De même, l'Inde, le Bangladesh, le Népal, le Pakistan et le Sri Lanka figurent toujours dans la liste des pays dits "rouges" et dont les voyageurs sont soumis à de stricts contrôles ainsi qu'à un placement obligatoire à l'isolement.  

* Lien en anglais

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