Tribune "Quels secteurs souhaitons-nous soutenir ?" : des entrepreneurs demandent un fonds d'urgence pour une "économie durable et humaine"

Face à la crise du coronavirus, les entreprises de la transition demandent "la création d'un fonds de soutien d'urgence dédié d'un milliard d'euros, accompagné de mesures de sauvegarde pour le secteur de l'impact environnemental et social", qui revendique 400 000 structures et trois millions d'emplois en France.

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France Télévisions
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"Si les efforts se concentrent actuellement sur la crise sanitaire, la question qui occupe de plus en plus les esprits est celle du monde d'après", écrivent les signataires de la tribune. (JULIEN PHILIPPY / MOMA EVENT)

"Ceux dont nous aurons besoin pour construire un monde d'avenir ne surmonteront pas les mois à venir sans un soutien d'urgence." C'est l'alerte qu'adressent au président de la République et au gouvernement des entrepreneurs de la transition, acteurs de "l'économie d'impact", engagés pour un "avenir durable, résilient et écologique".

Alors que les secteurs comme l'aéronautique ou l'industrie automobile pourraient recevoir des aides massives de l'Etat, pour faire face à la crise provoquée par le coronavirus, ces entrepreneurs, qui veulent voir dans la France un "leader mondial de l'économie durable", demandent un fonds d'aide d'urgence d'un milliard d'euros pour leur secteur.

Ils s'expriment ici librement.


Il faut sauver les entreprises de la transition.

Appel à un fonds d’urgence.

Le coronavirus a déjà tué plus de 20 000 personnes en France et 200 000 dans le monde. Il pourrait également faire disparaître ceux qui construisent l'avenir dont notre monde a besoin : un avenir durable, résilient et écologique. C'est l'alerte que nous sonnons aujourd'hui.

Si les efforts se concentrent actuellement sur la crise sanitaire, la question qui occupe de plus en plus les esprits est celle du monde d'après. Poussés par notre tendance naturelle à espérer, à envisager des jours meilleurs, nous trouvons du réconfort en imaginant un plan de relance, comme un antidouleur face à la situation qui nous accable. Un plan de relance sera nécessaire. Oui. Celui-ci devra favoriser l'essor d'une économie durable et humaine. Oui.

Mais à horizon trois ans, un an ou même six mois dans les hypothèses les plus optimistes, il sera déjà trop tard.

Les signataires de la tribune

Car ceux dont nous aurons besoin pour construire un monde d'avenir ne surmonteront pas les mois à venir sans un soutien d'urgence.

400 000 acteurs économiques menacés

La seule chose qui nous rapproche aujourd'hui d'atteindre nos objectifs de transition écologique, ce sont les solutions qui existent déjà et les hommes et les femmes engagés qui les portent. Il y a trois mois, Paris accueillait au Grand Palais le plus grand rassemblement historique de solutions pour la planète, pour un monde plus durable, plus résilient, plus inclusif. Une dose d'action et d'espoir dans un monde en proie à ses limites qui s'apprêtait à se mettre à l'arrêt.

Des milliers d'entreprises et d'entrepreneurs engagés dans la construction d'un nouveau monde font déjà leurs preuves et deviennent des champions nationaux et internationaux, à l'image de Phenix, 1083, Too Good To Go, Ynsect, Pandobac, Fleurs d'ici, La Ruche qui dit Oui ! et tant d'autres. Ils sont la partie émergée d'un mouvement profond, d'un renouveau porté par 400 000 acteurs économiques de la transition en France*, qui représentent trois millions d'emplois, d'après le Boston Consulting Group (BCG).

Ces structures développent des modèles économiques pérennes au service de l'intérêt général et du bien commun et recrutent 2,5 fois plus que les entreprises classiques*, avec des emplois de qualité, non délocalisables et porteurs de sens. Or, si les plus historiques d'entre elles arrivent à faire face à la crise, une majorité la subit de plein fouet, avec des baisses d'activité proches des 80%.

Ces organisations en plein développement ont en moyenne un horizon financier de trois mois en cette période de crise**. La moitié d'entre elles pourrait bien disparaître dans les prochains mois, sans soutien concret. Au-delà des pertes économiques, nous pourrions perdre la valeur inestimable qu'elles apportent pour la planète, la société, ainsi que le leadership mondial qu'elles procurent à la France en matière d'innovation sociale et environnementale.

Un fonds d'urgence d'un milliard d'euros est nécessaire

A l'heure où chaque industrie s'agite en coulisse pour obtenir des soutiens particuliers, notre demande est claire. Avec de nombreux acteurs de l'écosystème, nous demandons la création d'un fonds de soutien d'urgence dédié d'un milliard d'euros, accompagné de mesures de sauvegarde pour le secteur de l'impact environnemental et social. C'est un soutien de l'Etat que nous demandons, car il n'est pas acceptable, face aux urgences écologiques et sociales, que l'économie de demain œuvrant pour le bien commun doive se sauver toute seule, quand l'économie d'hier sera, elle, sauvée par l'Etat, comme en attestent déjà les milliards d'euros qui semblent être débloqués, sans conditions ni contreparties significatives.

Le scénario le plus probable qui se dessine est que l'on subventionne les grandes industries du monde d'hier, qui sont les mieux installées, les plus organisées, et qui ont les accès et les moyens de se faire entendre.

Les signataires de la tribune

Plus que jamais, les moyens sont comptés, et la seule question à se poser est celle du choix. Nous nous réjouissons bien sûr de l'annonce du plan d'urgence de soutien dédié aux start-ups de la French Tech de près de quatre milliards d'euros et du prêt garanti par l'Etat (PGE). Mais de quelles technologies parlons-nous ? A l'heure où des soutiens massifs sont envisagés pour certains secteurs tels que l'industrie automobile, la publicité ou l'aéronautique, qu'en est-il des filières d'économie circulaire, de lutte contre le gaspillage alimentaire, d'énergie propre, d'inclusion, d'agriculture verte, de biodiversité, de mobilité bas carbone, de circuits-courts ? Oui, quelles industries, quels secteurs souhaitons-nous soutenir pour notre avenir ?

Monsieur le président de la République, mesdames et messieurs les ministres, apportez votre soutien à l'économie de l'impact comme vous l'avez fait pour la technologie. Quand nous sommes appelés à rester un challenger dans la technologie, la France a tout en revanche pour être le grand leader mondial de la transition écologiques et sociale… Si et seulement si vous décidez de soutenir le secteur en ce temps de crise.

Oui, la France leader mondial de l'économie durable, tel est l'avenir qui est à notre portée. Ne renoncez pas à donner au pays de la Révolution et des Lumières cette opportunité de rayonnement mondial. Autrement, vous condamnez, en toute conscience, l'avenir dont ont besoin notre pays et la planète. Peut-on espérer changer le monde, si ce sont toujours les mêmes que l'on sauve en premier ? L'avenir existe déjà. Ne le laissez pas mourir aujourd'hui.

*Source #NousSommesDemain

**Enquête ChangeNOW – avril 2020

Auteur : Santiago Lefebvre, fondateur de ChangeNOW

Avec : Rose-May Lucotte et Kevin Tayebaly (cofondateurs de ChangeNOW), Jean Moreau (fondateur de Phenix, co-président de Tech For Good France, Le Mouves), Eva Sadoun (cofondatrice de Lita, coprésidente de Tech For Good France,  Le Mouves).

Et le soutien de : Alexandre Mars (entrepreneur et philanthrope), Bertrand Piccard (président de la fondation Solar Impulse), Marie-Claire Daveu (directrice du développement durable de Kering), Thomas Huriez (fondateur de 1083), Julie Chapon (cofondatrice de Yuka), Antoine Lemarchand (directeur général de Nature et Découvertes), Joséphine Goube (Techfugees), Jean Hornain (directeur général de CITEO), Marc Ménasé et Sarah Corne (Founders Future), Christian Courtin-Clarins (président du comité de surveillance du Groupe Clarins),  Marie Sabot (directrice de We Love Green), Manuel Mallen (président de Courbet), Habiba Addi (porte-parole pour L'Ascenseur), Sébastien Folin (président d'honneur du festival Atmosphères),  Helle Liautaud et Augustin Boulot (BLab France), Lucile Brachet et Florent Ducos (50Partners impact), Sylvain Reymond (Pro Bono Lab), Corentin de Chatelperron (Low Tech Lab), Raphaëla Le Gouvelo (fondatrice et présidente de l'association RespectOcean), Stéphane Distinguin (CEO de Fabernovel), Alexandre Cadain (fondateur et CEO d'ANIMA), Hortense Harang (fondatrice de Fleurs d'ici), Jérôme Cohen (Engage), Frank Annese (So Press), Sophie Danlos (Fermes d'avenir), Olivier Raybaud et Christian Lim (Blue Ocean Partners), Shu Zhang (Pandobac), Rym Trabelsi (Clear Fashion), Vincent Ricordeau (président et cofondateur de KissKissBankBank), Michèle Sabban (présidente honoraire du R20), Elodie Grimoin (Urban Canopee), Jean-Pierre Goux (écrivain et fondateur de OneHome), Bob Vrignaud, Simon Bernard et Alexandre Dechelotte (Plastic Odyssey), Manuella Cunha Brito (cofondatrice de Good Tech Lab), Adèle Galey (cofondatrice de Ticket for Change), Paul Benoit (Qarnot), Loïc Yviquel (Ulule et So Good), Bruno Vinay (Sustainable Brands Paris), Clarisse Merlet (FabBRICK), Ludovic Vincent (Biomede), Vincent Bernatets (Airseas), Romain Schalck (Market Manager de Flying Whales), Célia Rennesson (RéseauVrac), Marie Nguyen (WeDressFair), Christian de Boisredon et Sandra de Bailliencourt (Sparknews), Eric Brac (Yoyo),  Stéphanie Ampart (So Good), Amaury Bolvin et Niels Joyeux (Zephyr et Borée), Noël Bauza (Zei), Emmanuel François (Smart Building Alliance for Smart Cities et Fonds Maj), Gérald Maradan (cofondateur et directeur général d'EcoAct), Laura Foglia (The Shift Project), Léa Thomassin (cofondatrice et présidente de HelloAsso), Dominique Pialot et Aline Robert (journalistes et cofondatrices de Climatico), Florent Guignard et Antoine Dujardin (Fondateurs Le Drenche) Victoire Satto et Thibault Satto (cofondateurs de TheGoodGoods), Aude Launay (fondatrice Flexy Moov), Anne-Sophie Berard (Breches), Hanane El Jamali et Anthony Gutman (fondateurs de REMIX Coworking). 

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