Dépistage du Covid-19 : peut-on faire un autotest par la bouche plutôt que par le nez ?

Prélever un échantillon dans la bouche est actuellement autorisé pour détecter la présence du coronavirus, mais uniquement dans le cadre d'un test PCR.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Un écouvillon utilisé pour un dépistage PCR du Covid-19, le 20 janvier 2022 à Berlin (Allemagne). (BRITTA PEDERSEN / DPA-ZENTRALBILD / AFP)

Un autotest avant les devoirs. A la faveur de l'assouplissement du protocole sanitaire dans les écoles, les dépistages du Covid-19 à effectuer soi-même ont fait irruption dans la vie de nombreux Français. Afin de ne pas fermer trop de classes face à la vague de contaminations liée au variant Omicron, les parents ont ainsi été invités à faire subir à leur enfant cas contact trois autotests, sans obligation de test antigénique ou PCR. Leur progéniture peut ensuite continuer à aller en classe, après avoir ramené une attestation sur l'honneur de test négatif.

Introduire un écouvillon dans le nez d'un enfant n'est toutefois pas forcément aisé. Pour rendre la tâche moins difficile, certains parents expliquent sur les réseaux sociaux qu'ils utilisent les autotests pour effectuer des prélèvements dans la bouche des plus jeunes. A raison ? Eléments de réponse.

Une méthode autorisée, mais seulement pour les PCR

Prélever un échantillon dans la bouche plutôt que dans le nez n'est pas une nouveauté. La pratique est même parfaitement acceptée depuis un avis publié par la Haute Autorité de santé (HAS) fin septembre 2020. La HAS soulignait à l'époque que les personnes pour lesquelles le prélèvement nasopharyngé était contre-indiqué pouvaient se voir proposer un prélèvement salivaire, ou bien, pour les patients asymptomatiques, un prélèvement oropharyngé (dans la gorge).

"En laboratoire, nous proposons d'abord le prélèvement nasopharyngé classique. Si le patient y voit un inconvénient, ou qu'il y a une impossibilité (par exemple après une opération du nez), nous pouvons procéder à un prélèvement salivaire. Enfin, en troisième intention, on peut effectuer un prélèvement dit oropharyngé, au cours duquel on va faire le prélèvement au fond de la gorge, comme on le ferait pour la recherche d'une angine", confirme à franceinfo François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes.

Ces modes alternatifs de dépistage sont toutefois réservés à un seul type d'analyse : les tests PCR. "Ce type de prélèvement n'est pas adapté aux autotests ou aux tests antigéniques actuels", explique Jean-Claude Azoulay, président du Syndicat national des médecins biologistes. Ces dépistages n'affichent en effet un résultat positif que si la quantité de virus dans le matériau prélevé atteint un certain niveau, là où une analyse par PCR amplifie le contenu du prélèvement pour détecter des traces de virus, même en faible quantité.

"Aujourd'hui, ces prélèvements salivaires ou buccaux ne peuvent être révélés qu'avec un test PCR, qui ont une sensibilité plus importante et ne passeront pas à côté d'une présence rare du virus."

Jean-Claude Azoulay, président du Syndicat national des médecins biologistes

à franceinfo

"La Haute Autorité de santé a confirmé la bonne sensibilité des tests RT-PCR salivaires. La sensibilité de ces tests est estimée à 85%, ce qui est légèrement inférieur (3% à 11%) à celle des tests RT-PCR, qui utilisent le prélèvement nasopharyngé", souligne pour sa part la Direction générale de la santé. Elle ajoute sur son site internet que "les autotests et les tests antigéniques sur prélèvement salivaire ne sont pas autorisés en France par la HAS en raison de leurs performances jugées insuffisantes".

Le risque de passer à côté d'un cas positif est particulièrement important si le patient est asymptomatique. "Les autotests et tests antigéniques sont par défaut moins sensibles, et si en plus le malade est porteur de moins de virus qu'une personne fortement symptomatique, vous aurez moins de possibilités de le détecter", détaille François Blanchecotte.

Vers un changement de politique ?

La doctrine pourrait toutefois évoluer avec le variant Omicron. Une étude publiée fin décembre par des chercheurs sud-africains (article en anglais) avance en effet qu'un test PCR salivaire serait efficace à 100% pour détecter Omicron, contre 86% pour un simple PCR nasal (et non naso-pharyngé, pour lequel le prélèvement est plus profond). Des résultats qui "suggèrent une excrétion virale plus élevée dans la salive par rapport au nez avec Omicron", écrivent les auteurs.

Cette étude, qui n'a pas encore été évaluée par des pairs, a en outre l'inconvénient d'avoir testé le prélèvement salivaire avec un protocole très strict, rapporte Le Parisien, qui s'en faisait l'écho mi-janvier. Les participants devaient en effet s'abstenir de manger, de boire ou de fumer pendant 30 minutes avant le test, puis tousser au moins trois fois, avant de passer un écouvillon à l'intérieur des deux joues, sur la langue, les gencives et le palais pendant au moins 30 secondes. "Une procédure sans doute moins douloureuse que d'aller profondément dans les narines, mais pas évidente en pratique", écrivait le quotidien.

Ces résultats vont toutefois dans le sens d'une observation globalement facilitée de ce variant. "Omicron est très présent partout : dans la salive, comme dans les prélèvements naso-pharyngés", confirme Jean-Claude Azoulay, qui assure que la production de tests antigéniques salivaires plus fiables est "en bonne voie".

Contactée par Le Parisien, la HAS indiquait mi-janvier "étudier de nouvelles données sur l'efficacité des différents types de tests face à Omicron", et notamment des antigéniques et des autotests salivaires. En fonction de ses observations, les parents pourraient bientôt éviter les crises de larmes quand vient l'heure du désormais incontournable test.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Tests de dépistage du Covid-19

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.