Covid-19 : "Populisme électoral" ou mesure "logique et cohérente", les médecins partagés sur la suspension du pass vaccinal et du port du masque

Le gouvernement a annoncé jeudi la fin du port du masque, excepté dans les transports, et la suspension du pass vaccinal à compter du 14 mars. Les médecins sont partagés sur la question. Trois d'entre eux exposent leur avis sur franceinfo. 

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Contrôle du pass vaccinal (illustration). (MARTIN ROCHE / OUEST-FRANCE / MAXPPP)

"Ce n'est pas le bon moment" pour suspendre le pass vaccinal et lever le port du masque selon Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau et co-fondateur du collectif Stop-Postillons. Pour lui, les annonces de Jean Castex jeudi 3 mars sur l'allègement des mesures permettant de lutter contre le Covid-19, "c’est du populisme électoral pour faire plaisir aux gens".

>> Port du masque, pass vaccinal… Quelles seront les nouvelles règles à partir du 14 mars

Le Premier ministre a expliqué sur TF1 que le pass vaccinal sera suspendu à partir du lundi 14 mars partout où il s’applique. Jean Castex a aussi annoncé la fin du masque obligatoire en intérieur, à cette même date, sauf dans les transports et les établissements de santé. L’obligation vaccinale continue cependant de s’appliquer pour les soignants. "Ce n’est pas le bon moment, répète le docteur Rochoy. Le pass vaccinal n’est pas une prévention pour limiter l’infection, c’est une prévention pour limiter les formes graves."

"Ce qui est efficace pour limiter la contamination en intérieur, c’est le masque, la ventilation, l’aération, la limitation des brassages par le télétravail."

Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau

à franceinfo

Or, pour le docteur Rochoy, la fin du masque au travail et à l'école notamment, "c’est du populisme électoral pour faire plaisir aux gens. Sur le plan sanitaire cela n’a aucun intérêt". Le médecin s'inquiète : "Il n’y a aucune chance qu’en retirant le masque on n’ait pas une vague qui arrive. Les gens vont porter le masque dans les transports, puis aller au travail et le retirer, se partager le virus entre eux. Ils vont remettre le masque dans les transports comme ça ils ne contamineront pas d’inconnus, puis ils vont ramener le virus à la maison, contaminer les enfants. Les enfants vont contaminer les élèves, qui vont contaminer leurs propres parents… C’est comme ça que l’épidémie fonctionne depuis le début."

Ldocteur Rochoy rappelle que le variant Omicron a fait "14 000 morts en deux mois", malgré les mesures en vigueur. Il indique aussi que des questions se posent concernant les personnes immunodéprimées. "Elles vont devoir porter un masque FFP2", ce qui soulève selon lui le problème du "secret médical".

"Très peu de nouvelles admissions"

Benjamin Rossi, infectiologue au Centre hospitalier Robert-Ballanger à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), n'est pas du même avis et estime pour sa part qu'"il faut alléger les mesures" sanitaires, comme l'a annoncé le Premier ministre. "Je crois qu'on est passé à une phase endémique du virus, indique Benjamin Rossi. On a baissé fortement le taux de formes graves et de mortalité de cette infection virale. Ce virus est là et restera là".

Le ministre de la Santé, Olivier Véran avait évoqué un seuil de 1 500 patients en réanimation pour lever le port obligatoire du masque, alors qu'ils sont actuellement 2 329. L'infectiologue Benjamin Rossi estime pourtant qu'il n'est pas trop tôt pour alléger les mesures : "C'est vrai que les patients Covid peuvent rester très longtemps en réanimation, mais on a quand même très peu de nouvelles admissions, avance-t-il. Dans notre service, l'unité Covid a fondu comme peau de chagrin".

"Logique et cohérent"

Cet avis est partagé par Robert Cohen, le vice-président de la Société française de pédiatrie. "C'est tout à fait logique et cohérent, réagit-il sur franceinfo, alors qu'à partir du 14 mars, le port du masque ne sera plus obligatoire dans les établissements scolaires. Depuis maintenant deux semaines, tous les indices vont vers l'amélioration, sans exception : le taux d'incidence, le taux de réanimation, le taux d'hospitalisations."

"Pour nous, les pédiatres, c'était essentiel", de retirer le masque, explique le docteur, "parce qu'il y a beaucoup de gêne, notamment pour les plus jeunes qui apprennent à lire et à écrire. Porter un masque, c'était quand même extrêmement gênant". Robert Cohen ajoute que "les enfants ont suffisamment de sujets d'inquiétude aujourd'hui pour qu'en faisant tomber le masque, ça améliore leur apprentissage et leur santé psychologique".

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