Covid-19 : réutilisables ou pas ? Le lavage des masques chirurgicaux ne fait pas l'unanimité

Les masques chirurgicaux pourraient être lavés plusieurs fois, et donc réutilisés, avant d’être jetés, affirme l’association UFC-Que choisir dans une étude publiée mardi. De leur côté, l'Académie nationale de médecine et la direction générale de la santé préfèrent attendre de nouveaux tests.

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France Télévisions
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Un masque chirurgical passé sous l'eau, le 25 avril 2020, à Paris (photo d'illustration). (MARIE MAGNIN / HANS LUCAS / AFP)

La publication, mardi 10 novembre, des résultats d'un test réalisé par l'UFC-Que choisir sur les masques chirurgicaux relance le débat sur leur réutilisation. Selon l'association, ils resteraient efficaces après plusieurs lavages. En septembre, Philippe Vroman, enseignant-chercheur au laboratoire Gemtex de l'Ecole nationale supérieure des arts et industries textiles de Roubaix (Nord), soutenait déjà cette pratique. 

Sur son site internet, l'Association française de normalisation recommande pour sa part de jeter les masques chirurgicaux après quatre heures d'utilisation ou dès qu'ils sont humides. Pourtant, des usagers les réutilisent pour des raisons pratiques ou économiques. Au final, l'incertitude demeure quant aux dangers soulevés par une réutilisation après lavage. Franceinfo revient sur les arguments avancés par les uns et les autres.  

Trois modèles testés par l'UFC-Que choisir 

C'est une "bonne nouvelle pour le porte-monnaie et la planète", se réjouit l'UFC-Que choisir sur son site. L'association a réalisé un "test express sur trois modèles" de masques chirurgicaux "achetés en grandes surfaces et en parapharmacie". Chaque masque a été lavé, passé au sèche-linge et repassé à faible température. Sur le critère de la filtration, les capacités des trois modèles "se sont maintenues à un niveau suffisant pour un usage grand public", indique l'association qui conclut que les masques testés "conservent de très bonnes capacités de filtration après dix lavages en machine à 60°C"

Même lavés, ces masques chirurgicaux feraient donc "jeu égal, et au-delà, avec les plus performants des masques en tissu portant la garantie Afnor/DGA". Pour ce qui est de la respirabilité, deux modèles sur trois "se situent très au-delà du minimum requis". "Tous les critères sont réunis pour pouvoir les réutiliser jusqu'à dix lavages", conclut Anne-Sophie Stamane, journaliste santé à Que choisir, auprès France Inter. "A l'issue du test que nous avons réalisé, les masques étaient tout à fait intègres. Les élastiques tiennent le coup." 

Comme le rappelle le site Futura, les masques chirurgicaux sont constitués d'une couche de meltblown, un "textile non tissé très filtrant", et deux couches de spunbond, un tissu "aux fibres beaucoup plus grosses". Ils sont équipés d'une charge électrostatique qui "'retient' les particules virales" et permet ainsi leur filtration. Quand on mouille le masque, les tissus perdent leur charge électrostatique et donc une partie de leur capacité à filtrer le virus. Cependant, "comme ce masque a une efficacité globalement supérieure aux autres masques, même après avoir été lavé et donc perdu sa charge électrostatique, il reste globalement plus efficace", assure Philippe Vroman à France Bleu Nord

Des médecins y sont plutôt favorables

"Réutiliser les masques chirurgicaux avec ce lavage à 60°C est une option qui est très sécuritaire, à condition bien sûr que les personnes les utilisent pour elles-mêmes", affirme Daniel Garin, médecin du travail, auprès de France 2. Les masques chirurgicaux doivent toujours être changés toutes les quatre heures, mais ils pourraient être lavés et réutilisés. Cette pratique en milieu hospitalier reste toutefois compliquée car "les lavages permettent d'éliminer les virus de type Sars-CoV-2, mais pas certaines bactéries", précise le spécialiste à franceinfo.

"Des études préalables avaient montré qu'un masque à usage médical résistait à des opérations de lavage, y compris à 60°C, et qu'il gardait son intégrité (...) au bout de quelques lavages", souligne Bruno Grandbastien, médecin hygiéniste et président de la Société française d’hygiène hospitalière, sur franceinfo. Le spécialiste pointe toutefois les limites de l'étude de l'UFC-Que choisir : il faudrait que ces tests soient faits "sur l'ensemble des masques et que les fabricants s'engagent à garantir une intégrité et les mêmes résultats que cette étude pour l'ensemble des masques", explique-t-il, rappelant qu'il y a "aujourd'hui les masques en tissu qui répondent à ce besoin pour le grand public".

Les autorités restent prudentes 

En septembre, le président de la cellule Covid-19 de l'Académie nationale de médecine, Yves Buisson, avait expliqué à franceinfo que l'institution ne conseillerait pas le lavage et la réutilisation des masques jetables "tant qu’on n’a pas d’essais validés". L'institution considère que "dans l'espace public, les masques en tissu, lavables, doivent être préférés aux masques jetables pour d'évidentes raisons économiques et écologiques". 

Après la publication de l'étude de l'UFC-Que choisir, la direction générale de la santé (DGS), est restée prudente. "En principe, et selon les recommandations du Haut Conseil de la santé publique, les masques chirurgicaux à usage unique doivent être jetés dans une poubelle après utilisation", a-t-elle réaffirmé jeudi à France Télévisions. La DGS précise que "des travaux sont en cours en France pour étudier si une éventuelle réutilisation est possible garantissant leur efficacité et leur capacité de filtration"

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