Coronavirus : "Laissez-nous travailler avec 100% de notre jauge et avec des masques obligatoires", réclament les théâtres privés en régions

Face aux difficultés rencontrées par les théâtres pour accueillir du public, le président de l’association des théâtres privés Loïc Bonnet réclame au gouvernement le port obligatoire du masque dans les salles et la fin de la règle "d'un siège entre groupes de spectateurs".

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Une représentation du Lac des cygnes au théâtre de l'Archevêché à Aix-en-Provence le 23 juillet 2020. (CLEMENT MAHOUDEAU / AFP)

"Laissez-nous travailler avec 100% de notre jauge et avec des masques obligatoires", réclame lundi 17 août sur franceinfo Loïc Bonnet, directeur du 'Théâtre à l’Ouest' à Rouen et président de l’association des théâtres privés en région qui regroupe 820 théâtres. Il souhaite un nouveau protocole sanitaire pour les espaces de spectacles fermés pour mettre fin à la règle du siège libre entre les groupes. Le représentant des théâtres privés demande également une aide d'urgence : "Si vous donnez 15 millions à l'Association de soutien du théâtre privé, vous sauvez une filière".

franceinfo : Qu'attendez-vous du gouvernement aujourd'hui ? Faut-il assouplir les mesures en place ?

Loïc Bonnet : Le problème c'est qu'on mélange tout dans ce dossier. J'entendais la ministre Roselyne Bachelot s'exprimer sur le Puy du Fou, c'est très particulier puisque c'est est en extérieur. Nous, on est des théâtres et forcément ce sont des lieux clos. Aujourd'hui la règle c'est une distanciation d'un siège entre groupe de spectateurs mais pas de masque obligatoire dans la salle. Ce qu'on demande depuis longtemps, c'est : pourquoi ne pas mettre des masques à tout le monde et pouvoir remplir notre jauge en totalité ?

On est des théâtres privés, ça veut dire qu'on n'a pas de subvention. On n'en a jamais demandé, on n'en veut pas. Mais aujourd'hui, on ne peut pas travailler, d'abord parce que nos jauges avec cette distanciation ne sont pas rentables pour la plupart. Et puis surtout, qui veut aller dans un théâtre aujourd'hui ? Entre les médias et les informations que le gouvernement distille toutes les semaines, c'est très compliqué.

Les chiffres de la rentrée dans les théâtres parisiens qui rouvrent à partir de demain sont catastrophiques.

Loïc Bonnet

à franceinfo

Donc, ce qu'on demande c'est d'abord un discours clair. Roselyne Bachelot parlait ce matin, des cinémas et des théâtres en disant qu'on était opposés et qu'on ne voulait pas la même chose. Mais on ne fait pas le même métier, c'est tout. Les cinémas veulent garder le masque non obligatoire et pas à 100% de la jauge, parce qu'ils ont des pop-corns, ils ont des glaces, ils font sept séances par jour. Nous, les théâtres, on fait une séance par jour d'un spectacle vivant, comme son nom l'indique. Il suffit juste de mettre deux protocoles en place.

Depuis le 5 juin, on a le droit de rouvrir. Il y a à peu près 40 théâtres qui ont rouvert depuis le 5 juin et chacun de ces théâtres a accueilli déjà au moins 5 000 spectateurs. Il n'y a pas un seul cluster dans un théâtre depuis la réouverture. Cela veut dire qu'on a pris nos responsabilités, qu'on a bossé avec le gouvernement sur des protocoles sanitaires d'accueil du public. On est tous des professionnels, il faut arrêter d'infantiliser les patrons de théâtre et les clients. On parle d'une filière entière. Alors nous, on veut bosser tranquillement et normalement avec un masque pour tout le monde, à condition que le public vienne, mais surtout on a besoin d'aide.

Nous qui ne demandions jamais d'aide, on a besoin d'aide.

Loïc Bonnet

à franceinfo

Aujourd'hui, on a été aidés pour dix semaines, il y a un fonds d'urgence qui a été mis en place, qui nous a pris un pourcentage de nos frais fixes du 15 mars à fin mai. Et depuis, plus rien. On nous dit : on est à l'étude d'un deuxième fonds d'urgence, on va vous aider à la reprise, on va vous recevoir. Nous, on est reçus le 28 août. Pourquoi ne pas recevoir tout le monde en même temps, tous les gens du théâtre, à la fois les théâtres privés de régions, les théâtres privés à Paris ? Nous on est des petites jauges, les théâtres privés en région c'est entre 40 et 300 personnes. Donc venez au théâtre, sortez si on a le droit d'ouvrir et laissez-nous travailler avec 100% de notre jauge avec des masques obligatoires, voilà ce qu'on demande.

Est-ce que vous avez le sentiment d'avoir été les oubliés de ce déconfinement ?

Bien sûr qu'on est les oubliés. Depuis cinq mois, on demande à être reçus, on a été entendus d'une oreille plus ou moins attentive. Il y a deux cultures en France, la culture publique et la culture privée. Moi, j'ai vraiment l'impression qu'aujourd'hui, on a envie de tuer le théâtre privé. Mais le théâtre privé, c'est des impôts, c'est des taxes. Donc, il y a de l'argent du théâtre privé qui va aider les subventions pour le théâtre public. Mais aujourd'hui, on a l'impression qu'on ne veut pas aider le théâtre privé, on a l'impression qu'on ne veut pas nous sauver !

Ca ne coûte pas très cher. Nous, cinq millions d'euros ont suffi à nous sauver pendant dix semaines. Ça veut dire que si vous donnez 15 millions à l'Association de soutien du théâtre privé, vous sauvez une filière. Mais vous ne sauvez pas que des théâtres, nos lieux emploient des comédiens, des régisseurs.. C'est toute une filière qu'on peut sauver. Aujourd'hui, on n'est pas entendus. Alors que dès demain, on reçoit d'autres filières, pourquoi on nous renvoie au 28 août ? C'est aujourd'hui qu'on a besoin d'aide, c'est maintenant la reprise. Ça fait des mois qu'on nous balade et qu'on ne nous donne pas d'infos sur comment on peut reprendre notre activité.

Et en attendant les mesures dont vous parlez, elle se présente comment cette rentrée ? Est-ce que tous les théâtres vont rouvrir ?

Si je prends l'exemple de mon théâtre, je rouvre mercredi, mais aujourd'hui, j'ai 30 réservations dans une salle qui peut contenir 140 personnes avec les nouvelles réglementations, et 200 personnes si la jauge est à 100%. Donc, bien sûr, il y a des spectacles complets pour des têtes d'affiche. On entendait Jérémy Ferrari faire une lettre ouverte et tout le monde en parle. Mais ce qu'il demande, ça fait quatre mois que nous, on le demande et qu'on n'est pas entendus. Pourquoi les autres artistes ne parlent pas ? Où sont les autres artistes ?

On est un peu tout seul, nous les directeurs de théâtre, dans cette lutte on n'est pas très aidés. Aujourd'hui, les théâtres vont rouvrir petit à petit entre cette semaine et fin septembre, mais dans quel état d'esprit ? Bien sûr qu'on a envie de travailler, mais si c'est pour recevoir 20, 30 spectateurs... On est privé, on n'a pas de subvention. Donc si on n'a pas de recettes en face, on ferme et on crève.

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