"Le gouvernement me demande de vendre à perte, c'est intenable" : le casse-tête des pharmacies face à l'encadrement des prix des gels hydroalcooliques

Le gouvernement a décidé d'encadrer le prix des gels hydroalcooliques dans les pharmacies et les grandes surfaces. Un décret a été publié en ce sens vendredi au journal officiel. Mais la limite n'est pas toujours respectée...

Article rédigé par
Antoine Jeuffin, édité par Théo Hetsch - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Une pharmacienne vendant un flacon de gel hydroalcoolique dans une pharmacie, à Amsterdam. (DINGENA MOL / ANP)

Près de 600 bouteilles de gels hydroalcooliques qui restent dans les cartons, alors qu'en rayon, aucun flacon n'est disponible. C'est la scène absurde observée dans une pharmacie parisienne vendredi, quelques heures après la parution du décret imposant des prix maximums pour la vente de gel hydroalcoolique : deux euros le flacon de 50 ml et trois euros pour celui de 100 ml. Les contrevenants s'exposent à une amende de  7 500 euros.

On a acheté ces flacons de 300 ml de gel à 7,5 euros l'unité et là, on nous demande de les vendre à 5 euros, donc on est censé vendre à perte. C'est irréalisable.

un pharmacien parisien qui refuse de vendre son stock de gels

à franceinfo

"Tous les pharmaciens dans notre cas, qui ont acheté des produits à des prix supérieurs à celui auquel ils doivent le vendre, vont garder leurs produits dans leurs stocks et donc ça va créer une pénurie", anticipe ce pharmacien parisien.

Des flacons de 200 ml à près de 10 euros, soit plus du double du plafond autorisé

Quelques rues plus loin, cette pharmacienne vend bien ses gels... à 9,90 euros les 200 ml, soit bien au-dessus du plafond autorisé. Mais la vendeuse assume : elle n'arrive pas à trouver des fournisseurs aux prix demandé par l'Etat. "Nous n'avons pas ces prix-là ! Moi ce que j'ai pu commander est beaucoup plus cher, plus de six euros le flacon de 300 ml", explique la vendeuse. "Je veux bien que le gouvernement me vende des gels hydroalcooliques pas chers, ainsi je pourrai les vendre au prix indiqué. Si le gouvernement me rembourse ce que j'ai payé, aucun problème, je baisse mes prix", assure-t-elle.

Dans le même quartier, la grande surface respecte les prix, qui n'ont d'ailleurs pas bougé : 2,50 euros les 75 ml. Par conséquent, tous les gels ont été vendus. En face, la pharmacienne n'en a plus depuis plusieurs jours. Lorsqu'elle a voulu passer commande vendredi matin, une fois le décret publié, son fournisseur lui a soumis une proposition intenable : "J'ai reçu un fax d'achat de gel à 2,50 euros hors taxe pour un flacon de 50 ml. Or le gouvernement me demande de le vendre à deux euros, donc c'est intenable."

Un site internet pour dénoncer les vendeurs qui maintiennent des prix excessifs

Cette proposition est illégale depuis vendredi, puisque les revendeurs doivent revendre à un prix fixe pour éviter les abus. Les pharmacies doivent faire de même. "Le problème, c'est qu'on a passé des commandes avant que les prix soient plafonnés", se désole cette pharmacienne parisienne, rappelant que "le gouvernement nous a annoncé la nouvelle seulement deux jours avant l'entrée en vigueur."

Quand on a fait des précommandes, au prix fort, comment on fait maintenant ?

une pharmacienne parisienne

à franceinfo

Au ministère de l'Économie, on assure faire preuve de flexibilité. Les pharmacies et grande surfaces pourront vendre au dessus du plafond pour éviter de vendre à perte, si elles peuvent prouver que les commandes sont récentes.

Mais attention aux contrevenants : le site internet signal.conso.gouv.fr permet de dénoncer à la répression des fraudes les fabriquants ou pharmacies qui vendent des gels à un prix excessif.

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