"La maladie, une fois que ça va rentrer, ça va se propager comme une traînée de poudre" : FO veut fermer l'accès aux prisons

Certains établissements pénitentiaires continuent à fonctionner "comme s'il n'y avait pas de virus", dénonce Emmanuel Baudin, secrétaire général de FO Pénitentiaire qui "espère que le confinement dans le pays va être annoncé" pour "régler le problème".

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Radio France
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 Emmanuel Baudin, secrétaire général de FO Pénitentiaire, le 10. octobre 2018 à Grasse. (PATRICE LAPOIRIE / MAXPPP)

"Il faut vraiment fermer les portes des prisons pour pouvoir protéger tout le monde", a expliqué lundi 16 mars sur franceinfo, Emmanuel Baudin, secrétaire général de FO Pénitentiaire, alors que la France traverse une crise sanitaire à cause du coronavirus. "La maladie, une fois que ça va rentrer, ça va se propager comme une traînée de poudre" en prison où "il y a la saleté, la promiscuité", s'inquiète-t-il.

franceinfo : Comment ça se passe en prison pour les détenus en pleine crise sanitaire de coronavirus ?

Emmanuel BaudinIl y a eu plusieurs notes après les différentes annonces du Premier ministre et du président de la République. Le problème c'est qu'on a une disparité. Une note de l'administration pénitentiaire est sortie hier soir [dimanche], mais les chefs d'établissement ne l'appliquent pas tous de la même manière. Il y a des établissements où les activités à l'intérieur ont été réduites, où on a interdit l'école, les ateliers, le travail des détenus. On a limité le travail des détenus, le nombre de visites au parloir. Il y a d'autres établissements où on ne fait rien, où tout continue à fonctionner comme s'il n'y avait rien, pas de virus.

Les gestes barrières en prison sont compliquées à respecter, car il y a une promiscuité qui est inévitable, la distance d'un mètre est difficile à tenir ?

Si vous prenez les parloirs, il y a des boxs dans certains établissements qui font 4m2, quand vous mettez 5 personnes dans 4m2, on ne peut pas respecter cette distance de 1m entre les gens. Les détenus retournent ensuite en cellule, notamment dans les maisons d'arrêt, il y a une surpopulation. Vous avez parfois en cellule des matelas au sol et trois à quatre détenus. Certains établissements ont encore des dortoirs. Le surveillant quand il ouvre la porte il est au contact. Quand on a un détenu difficile à gérer on est au contact du détenu, on n'est pas à plus d'un mètre.

Est-ce qu'il faut maintenir les parloirs ?

Non. Je pense qu'on en est plus là. Aujourd'hui, j'espère que le confinement dans le pays va être annoncé, comme ça, ça va régler le problème. Cela va permettre d'avoir une gestion identique sur tous les établissements pénitentiaires. 

Il faut absolument qu'on arrive à interdire l'accès aux établissements pénitentiaires, hormis aux seuls personnels qui permettent de les faire fonctionner. Les familles doivent le comprendre, c'est pour protéger les détenus, c'est pour protéger tout le monde. On ne peut pas continuer à fonctionner comme si rien ne se passait.

Emmanuel Baudin, secrétaire général de FO Pénitentiaire

à franceinfo

Vous a-t-on signalé des malades parmi les surveillants, parmi les détenus ?

Oui ça commence. On a du personnel médical à Fresnes, on a des collègues dont les épouses ou de la famille sont malades et qui sont confinés. On a des cas mais comme on ne va plus tester, il y a des détenus qu'on isole. La maladie, une fois que ça va rentrer, ça va se propager comme une traînée de poudre. L'état sanitaire dans certains établissements vétustes est à désirer, il y a la saleté, la promiscuité. Vous avez plusieurs détenus dans la même cellule. Il faut limiter l'accès aux promenades, des activités. Tout cela pour la protection et la sécurité de tout le monde.

Aurez-vous assez de personnels dans les jours qui viennent ?

C'est la grande crainte, c'est pour ça qu'il faut anticiper. On a un peu l'habitude de travailler en système dégradé et tout ce dont j'ai parlé auparavant : limiter les mouvements, supprimer les activités, limiter les promenades en petit nombre, supprimer les parloirs, tout cela va contribuer à ce que le personnel puisse gérer au mieux les établissements en manque d'effectifs et garder de la sécurité. Car si jamais on a un mouvement ou quelque chose qui se passe, il faut toujours que les personnels puissent être en surnombre et réussir à gérer l'incident.

Il y a une inquiétude chez les détenus ?

Oui je pense et c'est bien naturel. Ils sont dans des conditions difficiles, il y a des matelas au sol dans les cellules, ce qui est inacceptable. Les détenus doivent comprendre que si demain il n'y a plus de parloirs, ce n'est parce qu'on veut les empêcher de voir leurs familles, c'est justement pour les protéger et tous ceux qui travaillent dans les établissements pénitentiaires. Il y a eu un mouvement hier dimanche à Metz d'une centaine de détenus, mais ça s'est bien passé, mais on n'est pas dans le cas que l'Italie. Si on fait de la pédagogie, si on explique, si on prend des mesures pour limiter le nombre de détenus, vous ne risquez pas la mutinerie. Une fois que les mouvements sont bien gérés et que les détenus sont en cellule, il n'y aura pas de problème. En Italie ça a été brutal, ici en France depuis un moment l'information circule, on en parle dans les médias, tout le monde se prépare. On parle dans les médias de confinement total. Tout le monde peut comprendre, dès lors que le pays va être à l'arrêt, l'important en prison c'est qu'on puisse soigner les détenus s'ils sont malades, leur apporter les médicaments nécessaires. Il faut vraiment fermer les portes des prisons pour pouvoir protéger tout le monde.

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