L'enseigne de chaussures André, première entreprise victime du coronavirus

Rachetée par Spartoo en 2018, l'entreprise a été placée en redressement judiciaire après avoir dû fermer tous ses magasins. Quelque 600 emplois sont menacés.

Un magasin André à Dunkerque (Nord), en janvier 2017.
Un magasin André à Dunkerque (Nord), en janvier 2017. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Elle est la première entreprise française victime de l'épidémie de coronavirus. L'enseigne de chaussures André, plus que centenaire, a été placée en redressement judiciaire après avoir dû fermer tous ses magasins et perdu près de quatre millions d'euros en quinze jours. Achetée il y a dix-huit mois par le site de vente en ligne Spartoo, l'enseigne, qui a dégagé en 2019 un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros mais essuyé 10 millions de pertes, compte quelque 600 salariés dont l'emploi est désormais menacé.

André a déposé son bilan le 23 mars et la décision de placement en redressement judiciaire a été validée mardi par le tribunal de commerce de Grenoble, où se trouve le siège de Spartoo, a affirmé mercredi 1er avril le PDG du groupe, Boris Saragaglia. "Nous perdons 250 000 euros par jour de chiffre d'affaires" depuis la décision gouvernementale de fermer les commerces "non essentiels", a-t-il expliqué.

L'enseigne fragilisée par les mouvements sociaux

Depuis le rachat de l'enseigne par Spartoo, "on a subi les 'gilets jaunes'", avec un trafic en baisse de 20 à 25%, "puis, en pleine période de soldes en janvier, les grèves liées à la réforme des retraites", et maintenant la pandémie de Covid-19, explique le PDG.

L'entreprise a "anticipé" les problèmes liés au coronavirus dès la fin février en s'engageant dans une procédure de conciliation "pour essayer de trouver un peu d'air", souligne-t-il, "malheureusement la fermeture nette et franche [des points de vente] a précipité" la chute d'André, créée en 1896.

En janvier 2018, quand la vente d'André avait été annoncée, Spartoo, fondé en 2006, s'était engagé à reprendre tous les magasins, sauf un à Paris, ainsi que l'ensemble du personnel, et à maintenir l'enseigne, dont les boutiques devaient servir de point de "click and collect" pour les clients du site de vente en ligne. Son objectif était d'exploiter "pleinement le potentiel d'André pour créer le seul groupe de distribution de taille significative avec un chiffre d'affaires réparti à égalité entre son réseau de magasins physiques et son activité internet".

Mais la distribution a dû faire face à de multiples crises depuis plusieurs mois : outre les différents mouvements sociaux, le secteur a subi une baisse drastique de la consommation de vêtements et de chaussures neufs, une tendance nette des consommateurs à se tourner vers le marché de l'occasion ainsi que la mode des baskets ou "sneakers".