"Il est très peu probable qu'une épidémie d'ampleur se propage en France" : un épidémiologiste de l'Inserm a répondu à vos questions sur le coronavirus

L'Organisation mondiale de la santé a qualifié jeudi d'urgence internationale de santé publique l'épidémie de coronavirus qui a fait 213 morts en Chine.

Le personnel médical marche jusqu\'au centre national des maladies infectieuses à Singapour le 31 janvier 2020.
Le personnel médical marche jusqu'au centre national des maladies infectieuses à Singapour le 31 janvier 2020. (ROSLAN RAHMAN / AFP)

Les inquiétudes se propagent plus vite encore que l'épidémie de coronavirus, dont le dernier bilan est de 213 morts en Chine. Critiquée pour ses atermoiements, l'Organisation mondiale de la santé a déclaré, jeudi 30 janvier, l'urgence internationale, mais elle se dit confiante dans la capacité de Pékin à enrayer la contagion.

Le coronavirus et ses éventuelles conséquences en France vous inquiètent ? Jeudi 30 janvier, l'épidémiologiste et coordinateur scientifique à l'Inserm Eric D'Ortenzio a répondu aux interrogations des internautes de franceinfo. Voici cet échange.

@ems : On entend des spécialistes annoncer un pic dans dix jours et d’autres un pic en mai avec des centaines de milliers de contaminés... Quels sont les scénarios les plus probables ? Sommes-nous en danger ? Je suis enceinte et je me sens vulnérable, cela m’amène à me poser beaucoup de questions... Parfois on est rassuré par certains discours et la minute d’après, on tombe sur un article dramatique… Comment discerner le vrai du faux ? 

Eric D'Ortenzio : Nous sommes dans une phase de croissance plutôt exponentielle de l'épidémie en Chine. A l'heure actuelle, il est très difficile de prédire le moment du pic épidémique et tout dépendra de l'efficacité des mesures préventives mises en place en Chine.

@Za : Bonjour, savez-vous quelle est la période d’incubation du coronavirus ? 

Eric D'Ortenzio : Avec les données dont on dispose aujourd'hui, le délai d'incubation varie entre deux et quatorze jours, avec une moyenne de six jours environ.

@Gen : Je voudrais savoir combien de temps une personne infectée est contagieuse et combien de temps dure la maladie avant guérison. Le sait-on ?

Eric D'Ortenzio : En général, lors d'une infection virale, la personne est contagieuse pendant la durée des symptômes. Mais dans le cas de ce nouveau coronavirus, nous attendons toujours des données sur les patients pour mieux affiner la période de contagiosité.

@Breton29 : Une transmission entre individus n'étant pas allés en Chine est-elle aujourd'hui possible sur le territoire français ? Sur le modèle de ce qu'il s'est passé en Allemagne ?

Eric D'Ortenzio : Oui, cette transmission est possible si la personne malade a été en contact avec d'autres personnes avant sa mise en isolement. C'est donc probable.

@emilie : Y a-t-il des personnes qui ont guéri du virus ?

Eric D'Ortenzio : Oui. Nous avons des données de patients en Chine qui montrent que les personnes guérissent dans la plupart des cas.

@Waina : Le virus serait-il plus enclin à toucher les hommes que les femmes ?

Eric D'Ortenzio : Vous faites peut-être allusion à une étude récente sur 99 patients parue dans la revue scientifique The Lancet. Ces résultats nécessitent d'être étayés par d'autres études, notamment avec une plus grande série de patients.

@Hiram : Pouvez-vous confirmer les informations provenant de médias chinois concernant l'efficacité de trois médicaments contre le coronavirus ?

Eric D'Ortenzio : Des essais cliniques évaluant un traitement antiviral réalisés en Chine ont été annoncés, mais les résultats n'ont pas encore été publiés. Nous n'en savons donc pas davantage pour le moment. 

@chym : En quoi ce virus est-il différent d'autres virus tels qu'Ebola, H1N1… Qu'est-ce qui justifie de telles mesures de confinement ?

Eric D'Ortenzio : A la différence du virus Ebola, qui se transmet par les fluides (comme le sang), le nouveau coronavirus se transmet par voie aérienne directe ou indirecte, ce qui nécessite un isolement des malades et des mesures particulières comme le port du masque pour les patients et les personnes soignantes qui les prennent en charge.

@anoro : J'ai entendu dire que le port d'un masque était inefficace. Pourquoi ? Qu'en est-il exactement ?

Eric D'Ortenzio : Le port du masque chirurgical est recommandé pour les personnes infectées par le nouveau coronavirus. Pour les soignants prenant en charge les malades, c'est un autre type de masque qui est utilisé et recommandé. En revanche, pour la population générale, le port d'un masque chirurgical n'est pas recommandé.

@Panito : Nous partons au Laos avec une escale à l’aéroport de Bangkok dans neuf jours. Nous voyagerons en famille avec des enfants et des personnes âgées. Vaut-il mieux annuler ce voyage ? Quels sont les risques ? Quelles sont vos recommandations ?

Eric D'Ortenzio : Si le voyage se déroulait en Chine, il serait préférable de le reporter. Dans votre cas, il faudra respecter les précautions d'usage, comme le lavage fréquent des mains avec une solution hydroalcoolique.

@An : Bonsoir, est-il possible que le virus prenne la même ampleur en France qu'en Chine ?

Eric D'Ortenzio : Il est très peu probable qu'une épidémie d'une ampleur similaire se propage en France. Les mesures de détection des malades, d'isolement et de suivi des contacts sont en place, permettant de limiter la transmission secondaire autour des malades.

@Paul : Peut-on penser qu'étant vacciné contre la grippe, on soit préservé, au moins en partie, du coronavirus ?

Eric D'Ortenzio : Non, le nouveau coronavirus n'est pas de la même famille que le virus de la grippe. Mais vous avez raison, il est recommandé de se faire vacciner en cette période de grippe saisonnière qui fait chaque année 10 000 morts en moyenne en France.

@V2P : Le traitement semble donc l'isolement jusqu'à la disparition du virus. Que connaît-on sur la vie de ce virus ? Vit-il dans le froid ?

Eric D'Ortenzio : Il n'y a pas eu d'étude expérimentale sur la survie du virus. Je ne peux donc pas vous répondre sur ce point.

@AdrienK : Cela fait maintenant cinq jours que les premiers cas français sont hospitalisés et ils ne sont pas guéris. Est-ce que l'on a une idée de la durée des symptômes de cette maladie ?

Eric D'Ortenzio : La durée des symptômes est variable et peut aller jusqu'à une dizaine de jours. Sur les premières études, dans un certain groupe de patients à risque, une aggravation des symptômes a pu survenir à partir du huitième ou neuvième jour.

@anonyme : Je suis étonnée de la quasi-absence de cas de contamination sur le continent africain, malgré les échanges aériens quotidiens avec la Chine. Est-ce dû au fait que certains pays n'ont pas la possibilité ni les outils de détection du virus ? Ou l'absence de suspicion et de cas avérés est-elle réelle ?

Eric D'Ortenzio : L'alerte a été lancée également en Afrique par le biais de l'Organisation mondiale de la santé. Les pays du continent sont donc en vigilance, même si certains peuvent encore manquer de kits de diagnostic. La communauté internationale est à l'œuvre pour pallier ce manque.

@anonyme : Comme vous l'avez rappelé, la grippe fait en moyenne 10 000 morts en France chaque année. Pourquoi le virus actuel implique-t-il de nombreuses mesures de grande ampleur, avec beaucoup moins de morts ?

Eric D'Ortenzio : Parce que c'est un nouveau virus et qu'il y a donc encore beaucoup d'inconnues à son sujet.

@Lalyyy : Y a-t-il un risque que des enfants soient contaminés ?

Eric D'Ortenzio : Les premières études, en effet, ne décrivent pas de cas d'infection chez les enfants. Mais encore une fois, il est nécessaire d'attendre la description d'un plus grand nombre de cas. On ne sait pas, par exemple, si ces études ont été réalisées dans des établissements accueillant des enfants.

@Williewa : Je lis que beaucoup de personnes ont pu se soigner, pourtant l'augmentation du nombre de décès est exponentielle en Chine. Les personnes décédées étaient-elles plus fragiles (âge, santé faible, immunodéficience…) ? A-t-on une idée du nombre de personnes ayant pu être soignées ?

Eric D'Ortenzio : Les personnes décédées étaient en effet plus fragiles, soit dans un âge avancé, soit avec des pathologies sous-jacentes (diabète, insuffisance cardiaque ou respiratoire…). A ce stade de l'épidémie, on ne sait pas combien de personnes ont été guéries.