#EtAprès. "Nous étions là, sans flancher, pour qu’ils puissent se nourrir" : une caissière espère que les regards sur son métier changeront

Christiane Leredoux, hôtesse de caisse dans une grande surface, rappelle que sa profession, comme tant d'autre, est restée au travail face à la crise du coronavirus. "J’espère que les gens se souviendront que nous n’avons pas abandonné nos postes", dit-elle. 

Un tapis de caisse dans un supermarché du Finistère.
Un tapis de caisse dans un supermarché du Finistère. (THOMAS BIET / RADIO FRANCE)

Coronavirus : et après ? franceinfo ouvre le débat. Un échange à grande échelle pour stimuler et partager des questions, des idées, des témoignages et ouvrir le débat le plus largement possible sur les solutions de demain : #EtAprès, qu’est-ce qui doit changer ? Cette contribution via la Fondation pour l'innovation politique est signée
Christiane Leredoux, hôtesse de caisse dans un commerce à Clermont-Ferrand.


#EtAprès. Je suis hôtesse de caisse depuis plusieurs années. Avec la crise sanitaire, le métier, déjà anxiogène à la normale, l’est encore plus devenu. La plupart de nos clients arrivent gantés et portent généralement des masques. Cela a changé au cours des semaines car beaucoup de personnes ne prenaient pas cela au sérieux au début. Rapidement, on a eu l’impression que c’était la fin du monde. Les clients se battaient pour des pâtes ou du papier toilette. Cependant, il est frappant de voir qu’un certain nombre d’entre eux continuent à se comporter de manière puérile : non-respect de la distanciation sociale, familles qui viennent avec leurs enfants… Cela donne l’impression qu’ils se sentent intouchables.

Bien que notre employeur ait pris certaines mesures pour nous protéger, telles que la mise à disposition de gel hydroalcoolique, de gants, de masques ou encore l’installation de vitres en plexiglas, nous ressentons beaucoup de peur. Nous faisons partie des personnes qui s’exposent chaque jour afin de répondre aux besoins alimentaires de tous. On assure un service public. Nous sommes en communication directe avec le virus.

Plus les jours passent, plus nous ressentons les effets du confinement, aussi bien au sein même de l’équipe que des clients que nous croisons : énervement, moral en baisse, questionnements, ce qui augmente le stress. 

Parfois, quand c’est trop long, les clients s’agacent. Mais s’il fallait qu’ils prennent notre place, combien de temps tiendraient-ils ?Christiane Leredoux

Il est vrai que beaucoup de personnes nous encouragent et nous remercient d’être là. Un regard meilleur est porté sur notre profession, ô combien difficile ! Cela me fait vraiment chaud au cœur et j’espère que les gens se souviendront, après la pandémie, que nous étions là, sans flancher, que nous tenions les caisses pour qu’ils puissent se nourrir. J’espère aussi que cette pandémie redonnera aux gens le sens de certaines valeurs et qu’ils se poseront les bonnes questions concernant notre métier.