Covid-19 : pourquoi la plupart des discothèques ont renoncé à ouvrir le 9 juillet malgré la levée des restrictions

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France Télévisions
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Ici le 20 novembre 2020, La Suite, à Rennes (Ille-et-Vilaine), fera partie des nombreuses discothèques françaises à garder leurs portes closes le 9 juillet 2021. (MAXPPP)

Environ quatre boîtes de nuit sur cinq resteront fermées vendredi soir. L'obligation du pass sanitaire a dissuadé nombre d'exploitants.

Réveil difficile pour le monde de la nuit. Après 16 mois de fermeture forcée, les discothèques françaises sont de nouveau autorisées à ouvrir leurs portes, vendredi 9 juillet, avec un protocole sanitaire négocié avec le gouvernement (PDF). Dans les faits, seulement 20% des boîtes de nuit devraient franchir le pas dès le premier soir, selon les syndicats du secteur. L'immense majorité des responsables de clubs et discothèques ont renoncé à ouvrir à ce stade.

Parce que le protocole sanitaire est jugé trop contraignant

A l'entrée de leurs établissements, les exploitants doivent exiger la présentation d'un pass sanitaire à leurs clients. En clair, trois possibilités s'offrent à ces derniers : disposer d'un test PCR ou antigénique négatif de moins de 48 heures (réalisé en ville ou devant la discothèque), être entièrement vaccinés depuis au moins deux semaines ou présenter un test positif réalisé entre 15 jours et six mois auparavant. A l'intérieur, où la jauge est fixée à 75% du nombre maximal de clients autorisés, le masque est obligatoire pour le personnel, mais seulement "recommandé" pour les fêtards.

"On ne peut pas rouvrir dans ces conditions", tranche Ivan Poupardin, patron de La Brocherie, à Roumare (Seine-Maritime), et président de l'Association française des exploitants de discothèques et dancings (Afedd). "On se voit mal refuser 200 ou 300 personnes devant la porte à cause de la jauge ou du pass", dit-il. Au Play Boy Club de Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), la direction redoute "des rassemblements et des nuisances" à l'extérieur, qui donneraient lieu à "des fermetures administratives" et à "notre disparition pure et simple".

Parce que les patrons de clubs craignent une faible affluence

Les clients seront-ils vaccinés ou assez organisés pour aller en boîte de nuit ? A ce jour, seul un Français sur cinq âgé de 18 à 29 ans est entièrement vacciné, selon le ministère de la Santé. Dans cette classe d'âge, il faudra donc massivement passer par la case "test" pour obtenir le pass sanitaire. "Les jeunes, une fois ou deux, se mettront un coton-tige dans le nez pour sortir en discothèque, mais ils ne le feront pas tous les week-ends", anticipe Morgan Dalle, à la tête de L'Antique, à Béthune (Pas-de-Calais), sur France Bleu Nord.

Dans certains territoires, l'été est perçu comme le pire moment de l'année pour rouvrir. C'est le cas des zones rurales ou des grandes métropoles, qui se dépeuplent pendant les vacances, à l'inverse des littoraux. "A Paris, les clubs s'appuient beaucoup sur les touristes étrangers pendant l'été, une clientèle qu'on n'aura que très peu cette année", souligne Aurélien Dubois, président de la Chambre syndicale des lieux musicaux festifs et nocturnes (CSLMF). L'ancien patron du célèbre Concrete s'interroge aussi sur d'éventuelles réticences du public : "Certains n'auront-ils pas peur d'aller dans nos lieux clos, des lieux de rapprochement social, où on danse et on s'embrasse ?"

Parce que le délai pour rouvrir est trop court

L'annonce de la réouverture des discothèques a eu lieu le 21 juin, à l'issue d'un entretien entre Emmanuel Macron et les représentants du monde de la nuit. Les exploitants ont eu moins de trois semaines, depuis, pour s'organiser. "Pour les établissements qui fonctionnent avec des artistes connus, les programmations se font trois mois voire un an à l'avance, donc ce ne sera pas avant septembre pour eux", souligne Renaud Barillet, cofondateur de La Bellevilloise et président du Réseau des musiques actuelles de Paris.

Outre la question "intenable" des artistes à programmer, les boîtes de nuit ont "beaucoup de mal à retrouver les salariés en poste", assure Ivan Poupardin. Malgré le chômage partiel, certains ont changé d'emploi ou de secteur, parfois usés par les horaires de nuit à rallonge. Quant aux saisonniers, beaucoup ont déjà retrouvé du travail dans les bars ou les restaurants, qui peinent aussi à recruter.

Parce que les aides sont maintenues en cas de fermeture

Sur le plan financier, certains ont plus à perdre en rouvrant qu'en restant fermé. Avec une jauge à 75% et un éventuel surcoût lié au personnel affecté aux contrôles sanitaires à l'entrée, "de petits établissements pourraient ne pas être rentables", avance Aurélien Dubois, de la CSLMF. De plus grandes discothèques pourraient aussi regretter d'ouvrir si l'affluence n'est pas au rendez-vous.

Face à ces incertitudes, les syndicats ont obtenu que les aides versées aux boîtes de nuit depuis des mois continuent à être accordées à celles qui feraient le choix de rester fermées, au moins jusqu'à la fin de l'été. Pour les autres, le gouvernement prévoit "une sortie progressive et adaptée des aides". "Le mieux est de rouvrir un week-end et de refermer si ça ne marche pas, pour rester éligible aux aides en intégralité", suggère Thierry Fontaine, responsable de la branche Nuit du syndicat professionnel Umih. Pour Ivan Poupardin, de l'Afedd, rien ne sert de courir : "On a patienté 16 mois, on peut bien attendre deux de plus, et pourquoi pas tous redémarrer en fanfare le 1er octobre ?"

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