Coronavirus : "Il y a une perte des mesures barrières", alerte le président du Conseil scientifique, évoquant "un risque de deuxième vague non négligeable"

Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, alerte sur franceinfo sur le risque d'une deuxième vague de contamination mais ne se dit pas favorable au fait de rendre obligatoire le masque dans tous les lieux fermés.

Jean-Francois Delfraissy, le 26 avril 2020.
Jean-Francois Delfraissy, le 26 avril 2020. (JOEL SAGET / AFP)

"Il y a une perte des mesures barrières", a alerté Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, jeudi 9 juillet sur franceinfo, évoquant "un risque de deuxième vague non négligeable à l’automne". "J’ai l'impression que tout est en train de se perdre beaucoup trop vite" alors que "rien n'est gagné encore", a-t-il ajouté. Selon lui, les Français doivent "prendre conscience" que le coronavirus "est toujours là" et qu’il est en train de "circuler à bas bruit". Jean-François Delfraissy n’est en revanche pas favorable au fait de rendre obligatoire le masque dans tous les lieux fermés, car le "ras-le-bol" des citoyens face à ces mesures contraignantes est aussi une "forme de risque", selon lui.

franceinfo : Les parlementaires ont décidé de prolonger votre mission jusqu'à l'automne, alors qu'elle devait s'achever cette semaine. Cela traduit-il la crainte grandissante d'un retour de l'épidémie ?

Jean-François Delfraissy : Je ne sais pas. C'est le choix des parlementaires de nous avoir prolongés. Moi, je souhaitais plutôt qu'on termine parce qu'il fallait qu'il y ait un début et une fin à ce comité. Je peux comprendre qu'avec la période d'été et peut-être en raison d’un certain nombre de signaux qu'on a en particulier à l'international, ils aient souhaité qu'il y ait un comité scientifique durant les mois d'été qui se poursuive.

Ces signaux sont-ils inquiétants ?

Regardons au niveau international : globalement, l'Europe a eu une bonne réponse et la France fait partie probablement des bons élèves en Europe. Néanmoins, on voit bien qu'il y a des clusters, donc des foyers importants qui sont survenus en Espagne qui a été obligée de reconfiner une ville. Même chose en Allemagne et en Angleterre. Par ailleurs, on a cette situation hors de contrôle aux Etats-Unis. Enfin, dans les pays de l'hémisphère sud, l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale, l'Afrique du Sud, l'Australie qui vient de confiner Melbourne, 5 millions d'habitants, le virus est là, c'est-à-dire que la pandémie est en train de se poursuivre. Et évidemment, ça interroge.

Il y 86 foyers de contamination en France aujourd'hui, et notamment 6 en Mayenne, où le nombre de cas a été multiplié par quatre en deux semaines. Ces signes vous font-ils redouter un retour de l’épidémie, sans forcément parler de deuxième vague ?

En France, la circulation du virus est en grande partie contrôlée. Il y a autour de 500 nouvelles contaminations par jour au niveau national. Probablement le double, parce qu'il y a une partie des gens qui ont des petits symptômes qui ne se font pas dépister. Ce qui nous inquiète, ce ne sont pas tellement les clusters parce que cela montre qu'on est capable de les dépister, d'isoler et ensuite de trouver les contacts. Non, ce qui nous inquiète plus, pour cette période d'été, c’est qu’il y a une perte des mesures barrières. Et ça, c'est très clair. Moi, je le vois à Paris. Dans le métro et les trains, les gens portent des masques, il y a bien un réflexe civique. Mais ailleurs, sur les contacts, sur le lavage des mains, j'ai l'impression que tout est en train de se perdre beaucoup trop vite. Rien n'est gagné encore.

Le message ne passe plus, selon vous ?

Il va repasser. C'est pour ça que nous mettons un peu de pression avant les vacances, j'en ai pleinement conscience. Les Français ont été admirables, ils ont subi un confinement extrême, strict. Ils l'ont finalement beaucoup mieux respecté qu'on ne pouvait le penser. Et donc, c'est normal et en particulier que la jeunesse ait envie de vivre. Je peux le comprendre. Ce qu'il faut aussi qu'ils comprennent, c'est que le virus, est toujours là. Il n'est pas parti. Il est en train de circuler à bas bruit.

Pourquoi le masque n'est-il pas obligatoire dans les lieux fermés ?

Sur la notion d'obligatoire, on peut être pour ou contre. Pour les grands magasins, qu'on le rende obligatoire ne me choquerait pas. Attention, néanmoins, le fait d’imposer à nos citoyens, après cette phase extrêmement difficile, a aussi une forme de risque. J'ai peur du ras le bol. Le meilleur médecin de nos concitoyens, c'est eux-mêmes. Ils doivent prendre conscience que c'est à la fois pour eux-mêmes et leur entourage qu'il faut qu'ils respectent ces mesures barrières (...) Notre grand point au niveau du comité scientifique, c'est que tout ce qui a été réalisé, que toutes les agences de l'État, ne s'endorment pas pendant l’été, qu'on reste extrêmement actifs parce qu'on a quand même un risque de deuxième vague non négligeable à l'automne, en octobre-novembre. Il faut donc que tout soit prêt pour qu'on puisse y répondre.