Reprise de la classe le 12 mai : la porte-parole du SNUipp-FSU dénonce "une école contre-nature"

Francette Popineau évoque "une rentrée précipitée" et des questions toujours sans réponse.

Une école primaire et maternelle se prépare à recevoir 40 élèves dans les classes et dans la cour le 12 mai après le confinement dû au coronavirus.
Une école primaire et maternelle se prépare à recevoir 40 élèves dans les classes et dans la cour le 12 mai après le confinement dû au coronavirus. (THIERRY COLIN / FRANCE-BLEU SUD LORRAINE)

La porte-parole et co-secrétaire du premier syndicat d'enseignants du primaire dénonce "une école contre-nature" concernant la reprise de la classe pour les élèves de France, ce mardi 12 mai. Invitée de franceinfo, Francette Popineau, co-secrétaire générale et porte-parole du SNUipp-FSU estime que des questions"restent sans réponse" sur cette rentrée post-confinement.

franceinfo : Les enseignants ont-ils une appréhension à revenir en classe ?

Francette Popineau : Oui, c'est un sentiment partagé. Nous avons mené une enquête avec Harris Interactive qui nous dit que 82% des enseignants reprennent sous l'angle de l'inquiétude. C'est une rentrée qui est précipitée. Nous n'avons pas eu assez de temps pour l'organiser de manière concrète. Beaucoup de questions restent sans réponse et effectivement, c'est ennuyeux. On ne sait pas comment on va faire appliquer les gestes barrières aux enfants les plus petits. Il y a toujours une interrogation quant au choix de faire rentrer les plus jeunes d'abord. Et on ne sait pas quel sens cela va prendre à l'école maternelle si nous n'avons pas de jeux à partager, si l'on ne peut pas échanger avec les copains. C'est très compliqué d'imaginer ce que va être cette école qui risque de se traduire par des injonctions négatives telles que "ne t'approche pas", "ne touche pas ça", "mets-toi à distance", "va te laver les mains". Toutes ces choses qui ne ressemblent pas à l'école. C'est une école contre-nature, contre la nature de l'enfant qui a envie de retrouver ses copains et envie de jouer.

La principale crainte est-ce de mal faire pour les élèves ou de voir les enseignants tomber malades ?

Il y a une multitude d'inquiétudes. Nous partageons avec l'ensemble de la population l'inquiétude d'être à l'origine d'une seconde vague épidémique. C'est l'inquiétude majeure. Et on perd un peu le sens de ce qu'est l'école. L'école c'est être ensemble, apprendre ensemble, c'est échanger et jouer ensemble. Là, il y a d'autres inquiétudes, comme les écoles en zone rouge qui se demandent pourquoi nous avons été si vigilants et si prudents dans les annonces du Premier ministre concernant les zones rouges, avec des obligations de distanciation, des déplcacements limités, des jardins et des parcs fermés. Pourquoi ouvrons-nous les écoles ? Dans ces zones rouges, les écoles ont toutes les raisons de s'inquiéter, voire même d'être un peu fâchées.

A-t-on des chiffres concernant les écoles qui ne rouvriront pas dans les prochains jours ?

Oui, nous avons un retour d'environ 13% d'écoles qui ne sont pas tout à fait en accord avec le protocole. Quand un des éléments du protocole ne peut pas être appliqué, il ne s'agit pas d'ouvrir et de mettre tout le monde en danger. Nous avons donc pour l'instant 13% d'écoles qui restent femées. Et nous allons sans doute à l'avenir que le protocole n'est pas facilement appliquable et donc ça demandera de revoir les choses. Il ne faudrait pas qu'il y ait des pressions et que l'on nous contraigne à ouvrir les écoles là où le protocole ne peut pas être appliqué. Il s'agit bien d'une question de santé publique.

Le ministre de l'Éducation assure que les mesures sanitaires ont été prises dans toutes les écoles, faut-il le croire ?

Il est toujours très optimiste. Il y a un protocole très lourd, pour la bonne raison que nous avons une date précipitées. La date du 11 mai est une date précipitée, corroborée par aucune autorité médicale, donc fatalement, nous avons un protocole beaucoup plus lourd. Nous aurions pu espérer, en rentrant un mois plus tard, avoir un protocole plus allégé. Bien sûr que le ministre est très optimiste, ça le caractérise assez bien. Mais nous sommes beaucoup plus pratico-pratiques, car les enseignants sont dans le réel, ils savent ce qu'il va se passer. Ils savent que la désinfection quotidienne sera un sujet à certains endroits. L'entrée et la sortie qui doivent se faire par des endroits différents ne seront pas faciles partout. Il reste des questions qui se posent, il y a encore des masques qui ne sont pas arrivés alors que la rentrée est demain. Tout n'est pas parfait et quand le ministre dit "on est prêts", nous le traduisons souvent par "on va devoir se débrouiller tout seuls".